Plastic Odyssey est une aventure hors-normes. Durant trois ans, son catamaran carburant aux plastiques non recyclables fera escale sur les côtes des pays en développement. Son objectif : y créer des filières locales de valorisation des plastiques pour qu’ils ne finissent plus dans les océans.

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Simon Bernard et Alexandre Dechelotte veulent faire recycler le plastique plutôt que de le retrouver dans les océans. PHOTO//Plastic Odyssey

Simon Bernard est de ces jeunes entrepreneurs qui veulent changer la face du monde. Co-fondateur de l’ONG Plastic Odyssey, il veut participer au développement du recyclage mondial des plastiques. « J’ai travaillé pendant deux ans sur le projet Nomade des mers, se rappelle-t-il. Pendant deux semaines sur le bateau à Dakar, j’ai vu qu’il y avait du plastique partout. À côté de cela, plein de gens venaient nous voir pour qu’on leur donne des petits boulots. J’ai compris qu’on pouvait mettre à leur disposition des machines open-source pour qu’ils puissent monter leur petite entreprise. » Grâce à ces nouvelles entreprises, des centaines de personnes vivront de la collecte des déchets tout en nettoyant les côtes.

Une expédition maritime contre la pollution plastique

« Une expédition maritime est l’idéal pour être confronté à la réalité du terrain », présage cet ingénieur de l’Ecole Nationale Supérieure Maritime (ENSM), officier de la marine marchande. Ainsi, Plastic Odyssey pourra adapter ses machines aux besoins locaux en Asie, en Amérique et en Afrique. Les aventuriers embarqueront sur un catamaran de 24 mètres propulsé uniquement grâce à du plastique non recyclable. Pour ce faire, les déchets seront ramassés à terre lors de chaque escale à terre. Ils seront ensuite triés et transformés pour en faire des objets ou des matériaux utiles. Le reste non recyclable (emballages fins, sacs…) sera converti en carburant pour faire avancer le navire. Objectif : collecter les plastiques pour montrer qu’ils ont une vraie valeur économique afin qu’ils ne finissent plus dans les océans.

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Durant 3 ans, Plastic Odyssey amarrera sur 4 continents pour y développer le recyclage des plastiques. PHOTO//Plastic Odyssey

90% du plastique entrant dans les océans provient d’Afrique, Amérique du Sud et d’Asie. Ce sont les trois continents où il faut agir. Ainsi, le bateau sillonnera les mers du monde et s’arrêtera sur les ports majeurs de ces continents pendant trois ans. Au total, 33 escales de 2 à 3 semaines sont prévues. Elles seront l’occasion d’organiser des ateliers, des conférences et rencontrer des acteurs locaux. Il y aura aussi 32 escales plus courtes d’une semaine pour faire des ramassages et le plein du bateau. Ce dernier avancera à 7 nœuds (13 km/h) et parcourra 40.000 miles nautiques.

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Créer des entreprises locales de recyclage

Le projet qui germe depuis avril 2016 séduit. « Nous avons les premiers accords de principes pour les sponsors », se félicite Simon Bernard. Les technologies à embarquer sont en train d’être définies. L’idée est de mettre au point des machines de base open-source, low-tech et bon marché. Il y a déjà celles des designers hollandais de Precious Plastic qui ont créé des machines très simples open-source pour broyer le plastique, le faire fondre pour en faire du filament pour imprimante 3D ou encore l’injecter dans des moules pour en faire des objets.

« Je pense qu’il faudrait en faire une version un peu plus grande », envisage Simon Bernard. Ces solutions sont adaptées pour monter une toute petite entreprise. Mais Plastic Odyssey veut en développer d’autres qui vont plus loin. Notamment, l’ONG développe veut développer une extrudeuse avec un industriel pour pouvoir traiter 50 kg/h de plastiques. Mais aussi un capteur low-tech et open-source capable d’identifier les différents types de plastique et les trier avant de les broyer. Au final, toutes ces solutions mises bout à bout permettraient de faire des meubles, des briques de construction, de l’isolation, des tuiles, des tissus…

Transformer les plastiques en carburant

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Du haut de ses 26 ans, Simon Bernard entreprend une course contre la montre pour être prêt en 2020. PHOTO//Plastic Odyssey

Le cœur du projet consiste à développer une technologie qui transforme les plastiques non recyclables en carburant. Le résultat visé est une unité low-tech et miniaturisée qui tient dans un conteneur maritime standard. Elle sera capable de transformer 1 kg de plastique jusqu’à 1 L de diesel et essence. « L’entreprise PK Clean fait déjà 10 tonnes par jour aux Etats-Unis, mais à l’échelle d’un conteneur, cela n’existe pas », précise Simon Bernard.

Le procédé est proche de celui utilisé pour faire de l’alcool. De façon simplifiée, il consiste à chauffer le plastique en absence d’oxygène. Cela permet de casser les molécules et de les convertir en essence et diesel. Pour développer son conteneur, Plastic Odyssey mise sur un partenariat public-privé entre l’entreprise Balance Energy au Costa Rica et l’Ecole d’ingénierie et de gestion du canton de Vaud en Suisse. Ces dernières disposent déjà respectivement d’une unité de 6 tonnes/jour et 300 kg/jour en activité. Pour que le bateau dispose d’une autonomie d’une dizaine de jours entre chaque escale, le procédé devra fournir autour d’une tonne de carburant par jour. Le système sera ensuite adapté avant d’être répliqué et proposé à des acteurs locaux. La solution pourrait ainsi produire du carburant pour les petits bateaux de pêche, les mobylettes ou les générateurs diesel utilisés dans les zones rurales.

Pastic Odyssey, c’est pour bientôt?

En attendant le grand départ prévu pour début 2020 du Sud de la France, Plastic Odyssey construit sur un prototype de 6 mètres. Il devrait voir le jour en février 2018. Par la suite, il sera présenté à l’occasion de l’International CleanTech Week du 19 au 24 juin 2018. Dès septembre, la construction du bateau débutera et les premiers tests seront faits un an plus tard dans la Méditerranée.

Le business model est en cours d’élaboration. « Nous voulons donner les plans et tutoriels librement, mais on vendra quand même des machines en série prêtes à l’emploi, prévient Simon Bernard. En effet, si l’on veut qu’elles soient vraiment utilisées et qu’il y ait des entreprises qui se montent, il faut faire les deux, car il reste compliqué de construire une machine de toutes pièces à partir des plans ».

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


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