Les industriels européens du plastique ont adopté il y a deux ans l’objectif  « zéro plastique en décharge en 2020 ». Le colloque international Identiplast s’est tenu à Paris les 28 et 29 novembre 2013 et a été l’occasion de faire le point sur les taux de recyclage, d’enfouissement et d’incinération des déchets plastique en France et en Europe.

recyclage plastique

En 2012, 38 % des déchets plastiques produits en Europe ont été enfouis, 36 % ont été incinérés et seulement 26 % ont été recyclés.

Près de 288 millions de tonnes de plastique ont été produites dans le monde en 2012. La même année, l’Europe en a généré 25,2 millions de tonnes, issues pour 40 % de produits à courte durée de vie (les emballages) et pour 60 % de produits à longue durée de vie (automobile, construction et bâtiment, équipements électriques et électroniques, agriculture…).

L’enfouissement des déchets plastiques est encore une option majeure dans beaucoup de pays européens. En 2012, l’Europe a généré 25 millions de tonnes de déchets plastiques. 38 % d’entre eux ont été enfouis, 36 % ont été incinérés et seulement 26 % ont été recyclés.

Douze pays européens enfouissent encore plus de 50 % de leurs déchets plastiques. Mais neuf pays ont introduit des restrictions sévères à cette mise en décharge et ont développé conjointement le recyclage et la valorisation énergétique par incinération. Ces neuf pays parviennent ainsi à enfouir moins de 10 % de leurs déchets plastiques. Il s’agit de la Suisse, l’Allemagne, l’Autriche, le Luxembourg, la Belgique, le Danemark, la Suède, les Pays-Bas  et la Norvège.  La Suisse est championne avec moins de 0,2 % de plastiques enfouis. La France est dans une situation intermédiaire, avec encore 38 % d’enfouissement.

Incinérer ou recycler les plastiques ?

Tous les pays qui présentent de faibles taux d’enfouissement présentent un taux élevé de valorisation énergétique. Le recyclage global du plastique reste faible dans tous les pays. Ainsi, la Norvège est en tête avec un taux global de seulement 36,9 % de recyclage pour l’ensemble des déchets plastiques post-consommation. Le taux moyen de recyclage européen est de 26,3 %. La France, avec un taux de 20 %, se situe bien en dessous.

« Il y a un potentiel énorme de création de valeur si on ne met pas les plastiques en décharge. Il faut améliorer la récupération de chaleur, trouver les  bons produits et les transformations qui peuvent justifier le recyclage d’un point de vue économique », affirme Carl Van Camp, directeur du secteur polymères chez Total. Mais « il faut accepter que quand le recyclage d’une résine plastique n’est pas économiquement viable, on puisse en récupérer l’énergie », défend-il.

Pour atteindre l’objectif de zéro plastique en décharge en 2020 et développer le recyclage, le recyclage se doit d’être plus compétitif. Il faut donc développer des filières pérennes de marché capables d’utiliser des matières plastiques recyclées. Mais quoiqu’il en soit, « environ 40 % du gisement ne sera pas recyclable »  par manque de rentabilité, souligne Eric Brac de La Perrière, directeur général d’Eco-Emballages. Lorsque le recyclage n’est plus économiquement viable, la chaleur de combustion doit être récupérée pour fournir de la chaleur aux réseaux de chaleur ou pour produire de l’électricité. « Les deux solutions doivent être complémentaires et non pas opposées », souligne Carlos de Los Llanos, Directeur du département recyclage d’Eco-Emballages.

Les emballages ont les moins mauvais résultats

Lorsqu’on ne considère que les emballages plastiques, les taux de recyclage sont plus élevés et la moyenne européenne s’élève à 34,7 %. La France est, encore là, bien en dessous de ce résultat, avec un taux de recyclage des emballages plastiques de 23,9 %.

Le recyclage des plastiques issus du BTP, du secteur automobile et des équipements électriques et électroniques (E.E.E.) est aussi très faible. Les taux sont respectivement de 16,1%, 16,9% et 21% en France, contre une moyenne européenne de 21,5%, 15,4% et 15,8%.

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Part du recyclage, de l’enfouissement et de la valorisation énergétique des déchets plastiques de différents secteurs en France et en Europe. Source: Consultic Marketing und Industrieberatung GmbH et PlasticsEurope

Une baisse suffisante de la mise en décharge en cours ?

Entre 2005 et 2012, les volumes mis en décharge en Europe ont largement diminué. De 13 millions de tonnes enfouies chaque année en 2005, ils sont passés à 9,6 millions de tonnes en 2012. Toutefois, la dynamique n’est pas suffisante. Avec un scénario « au fil de l’eau », le zéro plastique mis en décharge ne sera atteint qu’en 2037 selon PlasticsEurope, association européenne des producteurs de matières plastiques. Il faut donc amplifier l’effort !

Pour ce faire, plusieurs pistes sont à l’étude. En France, les consignes de tri seront  notamment progressivement élargies à des plastiques plus légers et plus souples à partir de fin 2014, comme l’ont expérimenté plusieurs régions françaises, en collaboration avec Eco-Emballages. Bien que les premiers résultats de cette expérimentation soient contrastés, ils permettent d’envisager à terme une augmentation du taux de recyclage des emballages plastiques de 23,9 % à 35-40 %, selon Eco-Emballages. La Feuille de route de la Conférence Environnementale 2013 prévoit aussi la possibilité par l’État « de limiter la mise en décharge aux seuls flux non valorisables. ». PlasticsEurope soutient cette piste, soulignant qu’il faut pousser l’Union européenne à décider une interdiction progressive de l’enfouissement des déchets plastiques.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

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