« Les régulateurs du nucléaire sous-estiment énormément la potentialité d’un désastre nucléaire », assure une nouvelle étude de l’Université de Princeton et de l’Union des scientifiques concernés. Un incendie du combustible usé est probable. Les retombées radioactives d’un tel accident nucléaire seraient considérablement pires que celles de l’accident de Fukushima.

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Piscine de stockage de combustible usé de Fessenheim. Un incendie dans une telle piscine aux Etats-Unis pourrait être catastrophique. PHOTO//EDF Alsace

Selon une étude publiée le 26 mai dans Science, les Etats-Unis risquent un incendie catastrophique dans l’un de leurs 99 réacteurs nucléaire. En cause : le refus de la Commission de réglementation nucléaire des États-Unis (CNRC) d’adopter une mesure de sécurité essentielle.

Des piscines de stockage prêtes à s’incendier

Au lendemain de la catastrophe de Fukushima, le CNRC a étudié plusieurs propositions pour améliorer la sécurité des réacteurs américains. L’une d’entre elles visait à interdire la surcharge des piscines de stockage du combustible usé. C’est dans ces bassins remplis d’eau que les barres de combustible radioactif sont stockées et refroidies avant envoi pour retraitement et stockage final. Ainsi la proposition visait à transférer tout le combustible usé stocké dans ces piscines depuis cinq ans vers d’autres sites de stockage temporaires. Car, « les bassins surchargés sont très vulnérables au feu et peuvent libérer d’énormes quantités de matières radioactives dans l’atmosphère », préviennent les auteurs.

Le CNRC a estimé qu’un incendie dans une piscine de stockage de taille moyenne entraînerait des dommages évalués à 125 milliards de dollars. Elle a aussi estimé que le transfert du combustible usé pourrait réduire de 99% les rejets radioactifs en cas d’incendie. Cependant, la commission américaine a jugé qu’un tel incendie était hautement improbable. Dans ces conditions, il était injustifié pour les centrales nucléaires de payer un surcoût évalué à 50 millions de dollars par piscine.

Par ailleurs, l’analyse coût-bénéfice de la CNRC a jugé qu’un incendie n’engendrerait pas de contaminations radioactives au-delà de 50 miles (80,5 kilomètres). La commission a aussi affirmé qu’une zone contaminée pourrait être nettoyée en un an. « Ces deux suppositions sont incohérentes avec l’expérience accumulée grâce aux accidents de Tchernobyl et de Fukushima », dénoncent les auteurs.

Un accident nucléaire qui pourrait coûter très (très) cher

Selon cette nouvelle étude, l’inaction du CNRC met le public américain face à un risque élevé d’incendie. Les auteurs estiment que les piscines de stockage sont actuellement tellement remplies de combustible usé qu’un incendie pourrait libérer suffisamment de matières radioactives pour contaminer une zone deux fois plus grande que celle du New Jersey. La radioactivité libérée pourrait forcer environ 8 millions de personnes à déménager pendant plusieurs années. Et entraîner des dommages évalués à 2.000 milliards de dollars. C’est presque 20 fois plus que les évaluations de la CNRC. La responsabilité de l’industrie nucléaire étant limitée à 13,6 milliards de dollars, les contribuables américains devraient assumer la quasi-totalité des coûts.

Ces conséquences dramatiques pourraient être déclenchées par un séisme important ou une attaque terroriste. « La CNRC a été mise sous pression par l’industrie nucléaire, directement et par le biais du Congrès, pour réduire les conséquences potentielles d’un incendie, car elle craint que des coûts supplémentaires puisse entraîner la fermeture de plus de centrales nucléaires », estime Frank von Hippel, co-auteur de l’étude. « Malheureusement, s’il n’y a pas de protestation publique sur cette dangereuse situation, la CNRC continuera de se plier aux souhaits de l’industrie », présage-t-il. « L’accident de Fukushima aurait pu être cent fois pire s’il y avait eu une perte de l’eau qui recouvre le combustible usé dans les piscines de stockage associée à chaque réacteur », rappelle-t-il.

Agir aux Etats-Unis et en France

Les piscines américaines sont surchargées à cause de la prolongation de la durée de vie des réacteurs au-delà de leur durée de vie initiale fixée à 40 ans. 75 réacteurs ont même déjà eu l’autorisation d’opérer à 60 ans. Le combustible n’y étant pas traité, ils y demeurent durant de longues années. Les auteurs appellent le Congrès américain à agir. Ils suggèrent aussi que les Etats qui subventionnent les réacteurs nucléaires réagissent pour ne délivrer ces subventions qu’aux réacteurs qui acceptent de transférer leur combustible usé.

Courant 2018, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) doit donner un avis générique sur l’allongement de la durée de vie des réacteurs français à 50 ans. En revanche, une telle saturation des piscines ne devrait pas avoir lieu. En France, le combustible usé est traité. Sa durée d’entreposage en piscine de stockage proche des réacteurs varie de 12 à 18 mois, selon l’Andra. Ce combustible est ensuite transporté et entreposé dans de grandes piscines à l’usine de la Hague (50). Il y demeure en pratique en moyenne pendant 8 ans. Au bout de ce laps de temps, il est traité. L’usine récupère 95% d’uranium, 1% de plutonium et 4% de produits de fission et actinides mineurs. Ces 4% de déchets ultimes sont vitrifiés et actuellement stockés en attendant la construction du centre de stockage profond Cigéo. « L’établissement dispose de la capacité industrielle nécessaire au traitement annuel des combustibles usés provenant de 80 à 100 réacteurs nucléaires », assure Areva.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

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