L’agriculture raisonnée cherche à assurer une gestion optimisée de l’exploitation agricole. Cette optimisation vise un impact réduit sur l’environnement, sans pour autant diminuer la rentabilité économique. Il s’agit d’un compromis entre « environnement », « social » et « économie ». Peut-on pour autant parler d’agriculture durable…?

agriculture raisonnée

L’agriculture raisonnée cherche à assurer une gestion optimisée de l’exploitation agricole. © Natura Sciences

Le cahier des charges (référentiel) de l’agriculture raisonnée est défini par un Décret de 2002, complété par un arrêté de 2005. Celui-ci comporte en tout  103 exigences nationales concernant la gestion de l’exploitation et les modes de productions. Ces exigences s’articulent autour de 14 thèmes : connaissance de l’exploitation et de son environnement, traçabilité des pratiques, santé et sécurité au travail, gestion des sols, fertilisation minérale et organique, protection des cultures, irrigation, identification des animaux, santé des animaux, alimentation des animaux, bien-être des animaux, hygiène, gestion des déchets de l’exploitation, paysages et biodiversité.

Ce cahier des charges met l’accent sur l’importance de la traçabilité et l’archivage des différentes interventions, concernant notamment les épandages, les traitements pesticides, l’irrigation, les animaux et les contrôles. Le cahier des charges insiste également sur les bonnes pratiques concernant, entre autres, le stockage des engrais, des effluents, des fertilisants et des produits phytosanitaires. Concernant le respect des travailleurs, il souligne que les employés ont le droit à un minimum d’installations sanitaires en bon état, ainsi qu’aux équipements de protection individuels nécessaires. Cependant, à y regarder de plus près, aucun critère ne demande d’optimiser les intrants (engrais, produits phytosanitaires et vétérinaires, eau d’irrigation, dépenses de transport, gaz, électricité, etc.).

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Un cahier des charges avec une majorité de critères « vides »

Le concept d’agriculture raisonnée peut permettre une plus grande sensibilisation des agriculteurs à l’environnement et à la bonne gestion globale de l’exploitation, mais ne va pas très loin dans ses exigences. On regrettera que sur les 103 exigences, presque la moitié ne soit que des exigences réglementaires, donc l’application directe de la loi. Par exemple, le référentiel renferme des critères tels que « n’utiliser que des produits bénéficiant d’une autorisation de mise sur le marché », ou encore « utiliser pour l’alimentation des animaux uniquement des substances autorisées ».

Les critères sur le bien-être animal restent également très flous. Ils accordent aux animaux le droit d’avoir des locaux aérés et de conserver leur intégrité. Il convient alors de « maintenir les animaux dans un état corporel satisfaisant attestant que leurs besoins alimentaires sont couverts » et veiller à ce qu’ils puissent se protéger des intempéries lorsque les animaux passent une partie de l’année à l’extérieur. Les animaux peuvent donc être enfermés toute l’année sans problème et, aucune exigence particulière concernant leur bien-être n’est alors demandée.

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Des exigences environnementales a minima

L’agriculture raisonnée joue sur son image « durable », notamment concernant la rationalisation des traitements phytosanitaires. On entend par là « ni trop, ni pas assez » ! Pourtant, aucune exigence ne fait allusion à des valeurs limites de traitement. Tout au plus, il faut « connaître les précautions d’usage obligatoires […], afin de réduire les risques de dépassement des limites maximales de résidus et de pollution » et respecter la dose homologuée. Concernant le sol, seul un suivi physico-chimique du sol doit être entrepris une fois tous les six ans : aucune analyse concernant les micropolluants n’est demandée.

Un bon point mérite d’être relevé : le tri et la valorisation des déchets de l’exploitation sont mis en avant. L’exploitation est ainsi incitée à participer aux collectes spécifiques des déchets spéciaux : huile de vidange, batteries et piles de clôtures, produits phytosanitaires et vétérinaires non utilisables ou périmés, emballages phytosanitaires vides, aiguilles ou bistouris, supports de culture des productions végétales hors sol….

Les agriculteurs sont également invités à mettre en place des systèmes de protection des cours d’eau lorsque ceux-ci traversent ou bordent leurs champs. Ainsi, des dispositifs enherbés d’au moins5 mètresde large doivent être créés autour du cours d’eau et ne recevoir aucun traitement phytosanitaire. C’est un bon point certain pour diminuer la contamination des milieux aquatiques.

L’agriculture raisonnée, un petit plus par rapport au conventionnel

Le réseau Farre (Forum de l’Agriculture Raisonnée Respectueuse de l’Environnement), fait la promotion de l’agriculture raisonnée en France avec environ 1000 membres et 400 fermes de démonstration. A défaut de consommer des produits issus de l’agriculture biologique, mieux vaut tout de même acheter des produits issus de l’agriculture raisonnée plutôt que de l’agriculture conventionnelle. Vous saurez que certains critères de qualité sont mis en application dans l’exploitation. Cependant, ne pariez pas sur l’absence de résidus de pesticides ou l’absence d’OGM puisque ce type d’agriculture ne les exclut pas.

Vous reconnaîtrez généralement les fruits et légumes issus de l’agriculture raisonnée grâce à la mention « …issu d’exploitation qualifiée au titre de l’agriculture raisonnée » apposée sur les emballages après la désignation de l’ingrédient concerné.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


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