Emmanuelle Wargon vient de rejoindre le gouvernement d’Édouard Philippe. Elle était auparavant cadre et lobbyiste chez Danone, après avoir débuté dans la haute fonction publique. Très critiqué, ce type d’aller-retour public/privé porte un nom : le rétro-pantouflage.

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Emmanuelle Wargon devient secrétaire d’Etat auprès du ministre d’Etat François de Rugy. PHOTO le 16 octobre 2018//DR M. Bouquet/Terra

Emmanuelle Wargon remplace Sébastien Lecornu au titre de secrétaire d’État auprès du ministre de la transition écologique et solidaire.En nommant une ancienne lobbyiste de Danone, l’exécutif n’y va pas avec le dos de la cuillère. Même pour ceux qui ne sont pas intolérants au lactose, cette décision est dure à digérer. Elle intervient moins de deux mois après la démission de Nicolas Hulot, qui dénonçait l’emprise des lobbys dans les cercles du pouvoir.

D’où vient Emmanuelle Wargon ?

Emmanuelle Wargon est diplômée de l’ENA, dans la même promotion qu’Édouard Philippe. Elle a travaillé dans la haute fonction publique durant l’essentiel de sa carrière. Jusque-là, ça va. Elle a servi à la Cour des comptes puis comme conseillère de Bernard Kouchner, alors ministre délégué à la Santé. Elle a aussi été directrice de cabinet de Martin Hirsh, à l’époque haut commissaire aux Solidarités, et a participé à la création du RSA. Mais en 2015, elle quitte le public pour aller travailler chez Danone : c’est ce qu’on appelle familièrement « pantoufler ». Elle occupe un important poste de lobbyiste, ou « directrice de la communication et des affaires publiques  et de la durabilité », en bon français. Dans le cadre de ses fonctions, elle vante les mérites de l’huile de palme pour le lait infantile.

Danone est le quatrième producteur de déchets plastiques au monde. En travaillant pour le détenteur de la marque Evian, Emmanuelle Wargon prend de la bouteille sur les sujets liés au développement durable. Dans une interview à Libération, elle affirme qu’en matière de déchets, elle n’est pas en situation de conflit d’intérêt. Elle rappelle que c’est une autre secrétaire d’État, Brune Poirson, qui, au gouvernement, est chargée de l’économie circulaire.

L’effet du pantouflage est difficile à chiffrer

Le problème de cette nomination est aussi symbolique : elle valide la pratique du pantouflage. En 2015 850 agents publics sur 5,45 millions ont demandé à intégrer le secteur privé. Si cette pratique reste marginale, elle demeure insuffisamment contrôlée. C’est ce qu’a dénoncé fin janvier une mission d’information de l’Assemblée nationale. S’ajoute un rapport inquiet du Sénat, remis début octobre, qui propose des mesures fortes contre le pantouflage. «  Les conséquences de ces mutations sur le fonctionnement des institutions sont très difficiles à mesurer, alertent les sénateurs. Il faudrait procéder à des études de cas, en prenant des modifications de législation sur des points très précis et remonter le processus de décision pour identifier les personnes qui seraient intervenues dans ce dernier. Aujourd’hui, on ne peut le faire que lorsqu’il y a une infraction, par le parquet financier notamment. On ne peut pas se limiter à des impressions. »

Face aux critiques qui pleuvent sur Emmanuelle Wargon, François de Rugy, ministre de la transition écologique et solidaire, a pris la défense de sa secrétaire d’État sur BFM TV.  « Elle a œuvré au sein du groupe Danone pour enclencher, conduire des transformations. Elle a vu les difficultés, les obstacles, le conservatisme et je trouve que cette expérience est très intéressante pour le gouvernement. » Le ministre prédit aussi que son expertise sera utile pour la requalification des employés des centrales à charbon. Alors, bien sûr, faire venir au gouvernement une fonctionnaire ayant pantouflé puis rétro-pantouflé comporte quelques avantages. Mais ces derniers sont-ils moins rikiki que les bouts de fraise flottant dans un yaourt aux fruits industriel ? Emmanuelle Wargon devra en tout cas prouver le contraire.

Auteur : Cyrielle Chazal, journaliste environnement


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