Fin septembre, Greenpeace dévoilait son étude « Que cache votre boîte de thon? », dans laquelle l’ONG classait les 10 plus grandes marques françaises de boîtes de thon, selon leur technique de pêche, l’espèce pêchée et la traçabilité de leurs approvisionnements. Aujourd’hui, Greenpeace dénonce le manque de traçabilité de Petit Navire et son recours aux dispositifs concentrateurs de poissons.

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Greenpeace milite contre la pêche à la senne utilisant les DCP © Greenpeace/DR

Greenpeace a fait analysé 20 boîtes de thon de la marque « Petit Navire » par un laboratoire indépendant. « Dans 2 boîtes de Petit Navire sur 20, le laboratoire a retrouvé du thon albacore, alors que la boîte est étiquetée thon obèse, souligne Hélène Bourges, chargée de campagne Océans à Greenpeace. Au-delà même du fait que cela soit interdit [par la législation européenne], cela prouve que  Petit Navire ne peut garantir la traçabilité de ce que contient ses boîtes, parce que la technique de pêche utilisée, le dispositif de concentration du poisson, prend tout ce qui passe autour, sans égard pour les différences d’espèces. La marque doit arrêter de vendre du thon pêché avec cette pratique. » Selon Greenpeace, 98,9% du thon en boîte vendu par Petit Navire est pêché avec des méthodes non sélectives comme la senne déployée sur des dispositifs de concentration des poissons.

Petit Navire est leader du marché, autour de 25% de parts de marché au niveau français. Greenpeace a donc la marque dans le collimateur et lance aujourd’hui une pétition pour qu’elle cesse de s’approvisionner en thon pêché avec des Dispositifs Concentrateurs de Poissons (DCP).

Pourquoi peut-on retrouver différentes espèces de thons dans une boîte Petit Navire?

Le DCP est un objet artificiel flottant qui permet aux poissons de s’abriter en pleine mer. Plusieurs espèces de thons vont s’agréger autour de ce dispositif, avant que les thoniers industriels ne déploient un filet de plusieurs kilomètres de long, la senne, qui remonte tout – y compris les espèces menacées (requins, tortues, raies), et les jeunes thons qui n’ont pas encore pu se reproduire. En temps normal, les thons vivent en bancs mais les espèces ne se mélangent pas. Le DCP fait tomber ces barrières. En particulier, les jeunes thons, obèses et albacores, ont tendance à s’associer aux adultes listaos sous les DCP. Une des conséquences ? Plusieurs espèces de thon dans la même boîte à l’arrivée chez le consommateur.

« La différence d’aspect au moment de la pêche entre les petits thons obèses et albacores est quasi imperceptible, explique Hélène Bourges. La seule possibilité pour éviter le mélange et se mettre en conformité avec la législation, c’est de pêcher sans ces DCP. Cela prouve aussi que les captures avec DCP sont constituées de ces très jeunes thons, qui ne peuvent donc contribuer au renouvellement de l’espèce, ce qui est particulièrement inquiétant quand on sait que des stocks comme celui de l’albacore de l’Atlantique sont clairement surexploités. »

Et si les hommes étaient des thons?

Auteur : Hugo Lebout, journaliste du webzine Natura-sciences.com

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