Cash Investigation présente sa nouvelle enquête « Plastique, la grande intox », ce mardi à 21h sur France 2. L’émission a dans son collimateur les industriels du plastique avec Coca-Cola en tête de file. Elle s’interroge sur les impacts sanitaires des plastiques contenant des retardateurs de flamme bromés. La réalisatrice Sandrine Rigaud revient pour nous sur son enquête.

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« Plastique : la grande intox » est une enquête de Sandrine Rigaud pour Cash Investigation. PHOTO//Cash Investigation

« Après l’interdiction des sacs en plastique, des cotons-tiges et de la vaisselle, ce qui va arriver très vite sur le table est la question des bouteilles, prévient Sandrine Rigaud. Les industriels n’ont pas le choix, ils doivent proposer quelque chose pour éviter le retour à la consigne ou des mesures encore plus drastiques ». Face à la montée des mouvements anti-plastique, ils ont trouvé leur parade. Les professionnels parlent d’économie circulaire à tout-va pour verdir leurs pratiques. Le recyclage serait la solution pour que le plastique à usage unique ne pose plus un problème environnemental majeur.

Pour les fabricants de plastique, il faudrait arrêter d’accuser un matériau qui a tant apporté au progrès. Ils veulent faire passer l’idée simple que si les citoyens et les entreprises mettaient le plastique dans la bonne poubelle, il serait possible de le recycler à grande échelle. Dans ces conditions, il ne poserait plus de problèmes ! En réalité, même lorsqu’il est correctement collecté, le plastique ne se recycle pas intégralement. Il y a des pertes de matière le long de la chaîne de recyclage, même pour les plastiques qui se recyclent le mieux, comme celui des bouteilles plastiques. « Selon mes sources, les pertes se situent entre 20% et 40% », précise la journaliste d’investigation.

Des lobbies pour créer une nouvelle vérité

Dans ce nouveau numéro, Cash Investigation s’attaque aux pratiques lobbyistes des industriels du plastique. Notamment, l’émission prend pour cible l’association Gestes Propres et le réseau d’association Clean Europe Network. Ces deux organisations ont été créées par les plus importants metteurs sur le marché de plastique. Clean Europe Network partage même ses bureaux avec Pack2Go, le lobby européen de l’emballage. Si ce réseau n’accuse jamais les industriels de participer à la pollution, il se bat contre l’incivilité des citoyens qui jettent leurs déchets dans la nature. En somme, il culpabilise les citoyens pour désigner un tout autre coupable.

Selon Bartow Elmore, auteur du livre Citizen Coke, cette stratégie qui consiste à mettre tous les malheurs du monde sur le dos des consommateurs date des années 1960. C’est alors que le lobby des boissons et des emballages crée l’association Keep America Beautiful pour acculer les consommateurs. Le message est clair : ce n’est pas de la faute des industriels si le plastique pollue l’environnement. C’est de la faute des citoyens peu regardants de leurs déchets !

Ces stratégies de lobbying sont désormais bien connues. Pour faire passer leurs messages, les entreprises ont recours à des scientifiques indépendants, des associations ou encore des personnalités engagées. « Les entreprises passent par des associations pour être invisible, avoir un porte-voix », explicite Sandrine Rigaud. Grâce à leurs propres associations, les entreprises évitent la montée en puissance de questions indésirables. Des questions telles que : peut-on interdire certains plastiques? N’y-a-t-il pas d’alternatives ? Peut-on changer le modèle de développement du plastique ?

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Coca-Cola veut se racheter une image

Coca-Cola a voulu enterrer la consigne. Au début des années 1970, l’entreprise garde précieusement pour elle les conclusions d’un rapport qu’elle avait commandé. Celui-ci concluait que la bouteille consignée réutilisée 15 fois était la solution écologique par excellence. Dès les années 80, le plastique commence à défigurer les plages et les premiers écolos manifestent contre la pollution. Les industriels, Coca-Cola en tête, s’opposent toutefois à tout retour à la consigne. Ils trouvent que le système coûte cher. Et pour cause : en faisant payer un surplus pour les emballages, c’est un système efficace qui les oblige à gérer eux-mêmes leurs déchets. Ils doivent organiser la collecte et le nettoyage. L’arrivée de la bouteille en plastique a révolutionné la donne : les industriels ne sont plus responsables de leurs bouteilles en fin de vie, qu’il suffit de jeter à la poubelle. Et advienne que pourra.

L’entreprise n’intégrait dans ses bouteilles que 7% de plastique recyclé au niveau mondial en 2015, alors qu’elle visait 25% à cet horizon. En plus, grâce à la fuite de courriers internes de Coca-Cola, nous savons qu’en 2016, l’entreprise comptait parmi ses priorités le fait de se battre contre toutes les réglementations qui pourraient être prises en Europe pour augmenter le taux de collecte et de recyclage. Elle voulait également se dresser contre toutes les propositions de systèmes de consigne. Le géant de la boisson a annoncé en janvier dernier qu’il travaillerait pour Un Monde Sans Déchet d’ici 2030. Il annonce vouloir recycler 100 % de ses emballages d’ici 2025 en Europe et 100% dans le monde d’ici 2030. La société incorporerait par ailleurs 50% de plastiques recyclés dans ses bouteilles d’ici 2030.

Face à Elise Lucet, Michael Goltzman, vice-président de Coca-Cola, assure que depuis deux ans, l’entreprise a changé et se dote d’une nouvelle stratégie sincère. En somme, l’entreprise aurait attendu plus de 60 ans, mais il faudrait croire qu’elle est devenue exemplaire sur la question du plastique.

La Tanzanie, lorsque le plastique remplace le verre

Cash Investigation est parti enquêter en Tanzanie. Le pays se trouve à un moment charnière : Coca-Cola remplace actuellement ses bouteilles en verre consignées par des bouteilles en plastique. La firme promet de financer une partie des installations nécessaires à la gestion de ses déchets, mais son plan n’existe pas encore.

La Tanzanie n’a pas de système de gestion des déchets formel. Des travailleurs viennent fouiller les décharges à la recherche des bouteilles pour les revendre à des entreprises de recyclage. Là, des montagnes de bouteilles plastiques s’accumulent alors en attendant d’être réduites en paillettes et exportées vers l’étranger. « Alors que la consigne était internalisée, la gestion des déchets est désormais externalisée, analyse Sandrine Rigaud. Cela ne dérange pas Coca-Cola qu’elle soit assurée par des gens dans des conditions misérables, payés en fonction des aléas du marché du plastique. »

Des plastiques recyclés parfois toxiques

Sandrine Rigaud sait que le recyclage de certains plastiques peut être dangereux pour la santé. Elle s’est intéressée au cas particulier des plastiques contenant des retardateurs de flamme. Ces additifs sont présents dans de nombreux plastiques depuis les années 70 pour retarder la propagation du feu. Ils sont présents dans tous les produits qui chauffent : les appareils électroniques et l’électroménager. Mais aussi dans les textiles, partout dans votre maison. Chose plus étrange, on les retrouve dans plusieurs plastiques recyclés, notamment ceux de couleur noir.

Dans les usines de recyclage, les plastiques bromés sont séparés par flottaison. Si le brome est plus lourd que l’eau, aucune machine ne peut assurer un tri parfait. La réglementation impose un seuil maximum de contamination de 2000 ppm (2 g/kg) dans les plastiques recyclés. Toutefois, Cash Investigation a trouvé une usine aux Pays-Bas qui ne ferait aucune mesure pour vérifier le respect de cette valeur. Cette pratique est-elle largement répandue? Difficile de répondre à cette question. En France, les usines ont refusé de communiquer leurs analyses à la journaliste. Selon les calculs d’Olivier Guichardaz, rédacteur en chef de Déchets Infos, 30 tonnes de molécules organiques persistantes passeraient ainsi au travers des mailles du tri en France et contamineraient la chaîne de recyclage des plastiques chaque année.

Extrait de Plastique : la grande intox, de Cash Investigation

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


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