Le sous-sol du Groenland renferme neuf des quatorze terres rares les plus stratégiques. La course est lancée entre Chine, Etats-Unis, Europe, Japon et Corée du Sud pour obtenir des contrats d’extraction. Le livre Terres rares : enjeu géopolitique du XXIe siècle analyse les acteurs de ce grand jeu.

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Damien Degeorges présente son ouvrage Terres rares : enjeu géopolitique du XXIe siècle

« Au moins 25 % de la demande mondiale de terres rares peut être fournie via le Groenland durant 50 ans », révèle Damien Degeorges, auteur de Terres rares : enjeu géopolitique du XXIe siècle (Ed. L’Harmattan, 2012). On assiste dès lors à une « véritable course à ces terres rares du Groenland entre Etats-Unis, Union Européenne, Chine et Corée du Sud », témoigne-t-il.

Luupik kleist, Premier ministre du Groenland a rencontré au cours de l’année 2012 des personnalités américaines, européennes et chinoises de premier plan. Au menu : rencontres avec le ministre chinois des ressources, le Président de la commission européenne, la secrétaire d’Etat américaine, les 27 représentants permanents des Etats membres auprès de l’Union européenne, des commissaires européens et il a même été invité au dîner d’Etat lors de la visite du président chinois au Danemark. Depuis peu, la Corée du Sud entre également dans la course. En septembre 2012, le Président Sud-Coréen s’est même rendu directement au Groenland sans passer par Copenhague. Les négociations pour obtenir des contrats d’extraction sont rudes !

Tolérance zéro sur l’extraction d’uranium

Au Groenland, les dépôts de terres rares renferment souvent aussi des dépôts d’uranium radioactif. La tolérance zéro sur l’extraction d’éléments radioactifs adoptée par l’île dans les années 1980 empêche l’exploitation de tels gisements. Le projet d’extraction mixte terres rares-uranium de Kvanefjeld au sud de l’île est emblématique du défi groenlandais en matière de gestion des ressources et de cette problématique. Il prévoit l’extraction de 40 000 tonnes de terres rares par an. Cela représente presque la moitié de la production chinoise (100 000 tonnes).

Lever l’interdiction sur l’extraction de l’uranium est la condition sine qua non de l’extraction de ces gisements. Les élections de juin 2013 pourraient accélérer le changement. Dans tous les cas, « on prévoit le début de l’exploitation très rapidement, en 2014 à peu près », révèle Damien Degeorges. Et pour cela, la politique sur l’uranium aura nécessairement évolué.

Vers l’indépendance du Groenland ?

L’île bénéficie d’un statut d’autonomie renforcée depuis 2009. La gestion indépendante de ses ressources lui a été accordée en 2010. Elle, qui ne compte que 57 000 habitants pour un territoire grand comme quatre fois la France, y voit l’opportunité de mettre fin à sa dépendance économique vis-à-vis du Danemark et d’obtenir une indépendance économique et politique.

« Tout l’enjeu de ce processus est de choisir entre une voie rapide, susceptible de fragiliser une éventuelle indépendance, et une voie pragmatique, donnant la primauté à l’autonomie économique avant d’envisager une indépendance formelle », analyse Damien Degeorges. « Un Groenland indépendant devra rester maître de sa politique de gestion des ressources énergétiques et éviter une défaillance de son économie qui pourrait conduire à une nouvelle dépendance vis-à-vis de puissances économiques comme la Chine, par le biais éventuel d’une aide économique », projette-t-il.

Auteur : Matthieu Combe

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