J’ai commencé mon wwoofing en octobre, en Bourgogne puis en Bretagne. Si vous hésitez à vous lancer, ce témoignage vous aidera peut-être à vous décider. Place à ma deuxième expérience.

wwoofers bio

Chez les Les Bios semeurs de sens, les tomates anciennes cueillies mûres vont au marché ou dans une boutique bio. Les autres finissent de mûrir dans la grange. PHOTO//Marion Philippe

Direction Guidel, dans le Morbihan, à 4 kilomètres de l’océan. Des poules, des cultures sous serres mobiles (non chauffées) et d’autres en plein champ. Derrière nous, une mare artificielle favorise la biodiversité. Plus loin, des haies mellifères, utiles aux abeilles, délimitent la ferme. Celle-ci s’appelle Les Bios semeurs de sens.

Cette fois, je voyage avec une amie, Marion. Nous sommes accueillies par Céline et Jérôme. Paysans depuis deux ans, ils ont un fils, Eliot, 3 ans et demi. Dans cette ferme de 1,3 hectare, nous commençons par un peu de désherbage manuel.

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Préparer les commandes des magasins bio

Après une bonne nuit de sommeil, je commence à découvrir le panel de missions d’un maraîcher bio. Le matin, Céline reçoit des sms. Un magasin bio de Guidel demande des courges. Un autre, à Mellac, veut des tomates anciennes. Parfois, en discutant avec les acheteurs, le couple parvient à vendre des variétés ou quantités supplémentaires.

Il faut ensuite préparer les caisses. Direction la cave, royaume des courges. « Ils veulent six red kuri, deux spaghettis, trois sweat dumpling et un kilo de pâtissons », liste Céline. Cette ancienne kiné en connaît un rayon. Elle m’explique comment sélectionner les produits. « Évite les courges avec des défauts, les magasins n’aiment pas trop. Celles-là, on les garde pour nous ou le marché. » Business is business.

De 12h30 à 14h30, c’est la pause déjeuner. Céline a préparé de délicieuses courges farcies au millet et épices. À chaque repas, c’est pareil : Marion et moi nous émerveillons devant ses talents de cuisinière. C’est aussi l’occasion de mieux connaître nos hôtes. Ou de demander des détails sur la bio (subventions possibles, marge des magasins, etc.).

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Diverses serres mobiles permettent de cultiver des tomates, de la mâche et des aubergines. PHOTO//Marion Philippe

Des journées pas trop chargées

L’après-midi, nous allons cueillir des tomates. Elles montent en lianes, dans une serre paillée. Au sol, des soucis et du basilic, pour éloigner les insectes et stimuler la croissance des grappes. Jérôme nous explique comment savoir si une tomate peut être récoltée, variété par variété. « La cœur de bœuf, vous pouvez la prendre même si elle a un peu de jaune jusqu’au milieu. Elle finira de mûrir dans la grange. »

La journée de bénévolat, commencée à 8h30, se termine vers 16h30. Grâce à la pause déjeuner d’environ deux heures, ce n’est pas harassant. Avec Marion, nous avons encore assez d’énergie pour randonner autour de la ferme, jusqu’à l’océan.

Nous aidons ensuite à préparer le repas. Après le dîner, Céline et Jérôme font les comptes. Ils se plongent dans des catalogues agricoles. Objectif : planifier les dates des semis. Heureusement, un référentiel régional est publié régulièrement pour guider les paysans. Car selon les zones, on ne plante ni ne récolte au même moment.

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Le lavage de poireaux, tout un art

Le lendemain, direction le champ de poireaux, navets et choux kale. Il faut dix minutes de voiture pour s’y rendre. Enveloppée dans un pancho imperméable et munie d’une épinette (sorte de pince plate), j’inspecte les légumes. Le choux kale se récolte feuille par feuille, du bas vers le haut. Sur ma rangée, pas une n’est bonne pour la vente. « Des chenilles ont attaqué plusieurs plants. On ne peut pas vendre des feuilles avec des trous », m’explique Jérôme.

De retour à la ferme, c’est le moment de rendre les légumes présentables. Tel le client d’un salon de coiffure huppé, le poireau est roi et doit repartir plus chic qu’à son arrivée. Dehors, sur des chaises disposées en cercle, nous bavardons en coupant les fanes fatiguées. Puis nous lavons le tout au jet, dans un évier extérieur. Sous l’eau, nous massons les courtes radicelles (fines ramifications des racines) pour en décoller la terre incrustée. « Même dans les magasins bio ou sur les marchés, les gens aiment les beaux légumes », souligne Jérôme.

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Une serre de tomates anciennes, chez les Bio semeurs de sens. Les plants montent en lianes, aidés par de multiples attaches en plastique.  PHOTO//Marion Philippe

Un séjour instructif

Un après-midi, nous allons cueillir les dernières fraises. Pour ne pas en louper, mieux vaut passer deux fois par rangée. Puis direction une serre de tomates. Nous arrachons les pieds avec Céline. Pour cela, il faut décrocher les attaches en plastique. Celles-ci permettent aux tomates de grimper jusqu’au sommet de la serre. Les filles chantent. Nous échangeons sur des sujets variés, du sens de la vie aux poêlées de rutabagas. C’est aussi cela le wwoofing : un contexte propice aux belles rencontres.

Un autre jour, nous retirons les vastes bâches noires. Elles recouvrent certaines parcelles, où Jérôme s’apprête à semer. Nous déplaçons les crapauds et vers de terre qui rêvassent sur ces toiles plastifiées. Puis opération de pliage XXL, et ce n’est pas simple !

Vient le moment du départ. En une semaine, nous avons appris quelques bases de l’agriculture biologique. Mais pour être de vraies pro, il nous faudra revenir plus longtemps !

Cet article fait parti du dossier consacré au wwoofing, Également à lire : 

Auteur : Cyrielle Chazal, journaliste environnement


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