Une enquête nationale sur l’autopartage révèle qu’une voiture autopartagée remplace 9 voitures personnelles et libère 8 places de stationnement. Comment les utilisateurs parviennent-ils à diminuer leur usage de la voiture, quelles économies font-ils ? Réponses !

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Yélomobile et Autolib’ proposent des voitures électriques en trace directe. Les utilisateurs prônent ce mode de fonctionnement, plutôt que les systèmes en boucle. © Yélomobile

Si le service Autolib’ Paris a permis à l’autopartage de gagner en visibilité dans la capitale, la plupart des grandes agglomérations françaises disposent également d’un tel service, géré par un opérateur privé ou directement par la collectivité locale. Toutes n’ont pas la même visibilité : certaines offres ont des places réservées sur la voirie, d’autres non. Cette visibilité des stations d’autopartage et des voitures autopartagées dans les villes est un enjeu fort : il s’agit du principal moyen de découverte de l’autopartage pour les personnes qui s’y sont abonnées en 2012.

L’autopartage est un système de location de voitures, qui permet d’utiliser les véhicules en libre-service et de façon ponctuelle. L’avantage par rapport à une location traditionnelle est que le véhicule peut être loué à l’heure ou au kilomètre, le service étant beaucoup plus simple et rapide. « L’autopartage classique est une offre en centre urbain d’agglomération qui fait que l’on doit réserver une voiture à l’avance, dire combien de temps on va la garder et la remettre dans la station de départ », rappelle Nicolas Louvet, directeur général du bureau de recherche 6T qui a réalisé l’enquête.

Si l’étude montre que l’électricité n’est pas une priorité pour les usagers, elle montre que la possibilité de faire des trajets en trace directe est une attente forte. Dans le système en boucle, le véhicule est rendu dans la station de départ. En trace directe, le véhicule peut être rendu dans une autre station que la station de départ : ce service est encore peu développé et n’est proposé que par Autolib’ Paris et Yélomobile à la Rochelle. Ces deux services d’autopartage présentent d’autres particularités : il s’agit uniquement de véhicules électriques, sans réservation préalable obligatoire et sans obligation de communiquer sur la durée de réservation.

Un « transfert modal » vers la mobilité alternative

Les études traditionnelles portant sur la mobilité raisonnent toujours par part-modale, c’est-à-dire en termes de nombre de déplacements par jour et par personne en fonction des types de déplacement : voiture, transports en commun, marche à pied, etc. La part modale de l’autopartage n’apparaît donc jamais dans ces grandes enquêtes, car elle demeure limitée. Les collectivités et les opérateurs de transports publics peuvent alors penser que ces systèmes ne sont pas rentables. Heureusement, l’étude montre que ce raisonnement est faux !

En l’absence de données disponibles, l’enquête a donc mesuré le report modal induit par l’autopartage. Le principal résultat est que l’autopartage est un puissant déclencheur de mobilités alternatives à la voiture personnelle et que le report ne se fait pas qu’au profit des transports collectifs. Ainsi, suite à leur passage à l’autopartage, les utilisateurs ont davantage recours à la marche à pied (pour 30 % d’entre eux), auvélo (29 %), aux transports collectifs (25 %), au train (24 %), et au covoiturage (12 %).

Là où d’autres transports urbains n’agissent qu’indirectement sur l’usage de la voiture particulière, l’autopartage s’adresse directement aux automobilistes et leur permet d’adopter des modes de déplacement auxquels ils ne seraient pas venus spontanément. Les premiers utilisateurs qui vont vers l’autopartage sont soit ceux qui ont besoin d’une voiture soit ceux qui ont besoin de s’en séparer. Globalement, les autopartageurs sont pas des écologistes, mais des automobilistes contraints qui ne peuvent pas faire autrement.

Des économies et une baisse du nombre de kilomètres parcourus

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Services d’autopartage concernés par l’enquête et taux de retours. © Bureau de recherche 6T

Selon les données recueillies dans le cadre de l’enquête, les sondés sont passés en moyenne de 5 246 km parcourus en voiture par an à 3 115 km suite à l’adoption de l’autopartage, dont 1 477 km en autopartage. Au global, le nombre de kilomètres parcourus en tant que conducteur d’une voiture a donc baissé de 41 % : un vrai changement de comportement !

De plus, selon les résultats de l’enquête, le nombre de ménages qui ne possèdent pas de voiture augmente de 40  % avec l’adhésion à un service d’autopartage. Cela leur permet de bénéficier d’une voiture sans avoir à en assumer les démarches et les frais liés à sa possession : l’achat et l’assurance, l’entretien, les réparations, mais aussi le stationnement. Au regard de la diminution du nombre de voitures possédées par les ménages, chaque voiture autopartagée remplace 9 voitures personnelles et libère 8 places de stationnement.

Des progrès attendus par les usagers

Un enjeu majeur de développement de l’autopartage concerne des problèmes de gouvernance et la volonté de constituer un réseau national. Abonnés dans une ville, 70 % des autopartageurs souhaiteraient pouvoir utiliser l’autopartage dans d’autres villes que celle où ils résident grâce à ce même abonnement.

Réalisée par le bureau de recherche 6T, en partenariat avec France Autopartage et avec le soutien de l’ADEME, l’étude a été menée auprès de 2090 abonnés à 21 services d’autopartage répartis dans toute la France.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

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  • Pierre Mathon

    Oui c’est sûr que les utilisateurs plébiscitent ce type d’autopartage puisque ce sont les non-utilisateurs qui paient la différence (avec le prix réel) par leurs impôts.
    .