La consigne revient au goût du jour. Carrefour imagine déjà remettre des systèmes de consigne dans ses magasins. Le projet de loi pour l’économie circulaire envisage d’instaurer des systèmes de consigne lorsque la collecte sélective est insuffisante. Assistera-t-on à une remise en cause profonde du modèle économique du recyclage? Verra-ton éclore de nouveaux modes de distribution? La lutte d’influence fait rage.

consigne loop économie circulaire

Loop est la première expérimentation à grande échelle de retour de la consigne, en partenariat avec des multinationales. PHOTO//Matthieu Combe

Le 15 mai à Paris, TerraCycle et Carrefour lançaient MaBoutiqueLoop, un site e-commerce livrant à domicile des produits de grandes marques dans des contenants consignés, en vue de leur réemploi, ou à défaut, de leur recyclage. Au rendez-vous des marques de toutes tailles, mais surtout des marques mondiales comme Coca-Cola, Unilever, Milka, Evian et Bic… Exit le plastique à usage unique. Voici le retour promis de contenants métalliques et du verre ! « Ce laboratoire nous permettra de lancer Loop par Carrefour dans quelques mois, prévient Bertrand Swiderski, directeur du développement durable de Carrefour. Dans un premier temps, cela sera en livraison à domicile, avant, nous l’espérons de pouvoir le déployer dans nos magasins. »

Le retour de la consigne va-t-il se généraliser ? Pas si sûr. La lutte d’influence fait rage pour que la consigne reste au stade des expérimentations locales.  Et ce, autour du projet de loi relatif à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire.

La consigne pour réemploi opposée à celle pour recyclage

« Afin d’atteindre les objectifs de collecte fixés par la loi ou le droit de l’Union Européenne, il peut être fait obligation aux producteurs ou à leur éco-organisme de mettre en œuvre sur le territoire un dispositif de consigne pour recyclage, réutilisation ou réemploi des produits consommés ou utilisés par les ménages. » prévoit le projet de loi relatif à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire. La loi permettrait donc un large retour de la consigne.

Pour atteindre les objectifs européens de recyclage, il faudra en effet changer d’échelle. L’Europe souhaite un taux de collecte de 77% pour les bouteilles en plastique en polyéthylène téléréphtalate (PET) pour 2025. Il s’agit des bouteilles d’eau et de soda classiques. L’objectif s’élève à 90% pour toutes les bouteilles d’ici 2029. Contre 55 % pour les bouteilles en plastique aujourd’hui.

Les recycleurs contre le retour de la consigne pour recyclage

Le comité de pilotage chargé d’étudier le périmètre du retour de la consigne se lance ce 19 juin à Strasbourg. Mais les levers de bouclier n’ont pas attendu. La fédération des entreprises du recyclage (Federec) et le Cercle national du recyclage s’inquiètent du déploiement de la consigne en vue du recyclage des bouteilles. Celle-ci créerait des circuits parallèles de collecte des bouteilles en plastique en vue de leur recyclage. Dans un communiqué, ils dénoncent « la fausse bonne idée de la consigne ». Et pour cause : les bouteilles en PET constituent la première source de revenus des centres de tri. Ces derniers ont été dimensionnés pour trier les bouteilles. Et ils sont en cours de modernisation pour trier l’ensemble des emballages plastiques.

« L’équilibre économique des centres de tri et de la collecte pourrait voler en éclat », prévient Marion Halby, chargée de mission recyclage chez Federec. Des investissements lourds sont déjà en cours, notamment dans le cadre de l’extension des consignes de tri. « Nous avons élaboré différents scénarios et il est possible d’atteindre l’objectif de 90% de taux de collecte des bouteilles sans passer par la consigne », complète-t-elle. Cela est possible en mettant l’accent sur ce qui existe déjà, notamment l’extension des consignes de tri, le décret 5 flux, la tarification incitative des déchets et le développement de la collecte hors-foyer. » Federec demande donc au gouvernement d’attendre le déploiement de ces mesures. En 2025, viendrait enfin le temps d’analyser les résultats obtenus. Et en fonction, d’envisager ou non le déploiement de systèmes de consignes complémentaires de bouteilles plastiques.

Des metteurs sur le marché qui reprennent la valeur facile

Avec le retour de la consigne, se pose la question de la propriété de la matière. Lorsque les déchets se retrouvent dans la poubelle jaune, la collectivité devient propriétaire des déchets. Une fois triés, elle vend les déchets aux recycleurs. «  Dans le cas d’une consigne, l’Etat pourrait envisager que la propriété des déchets revienne directement aux metteurs sur le marché, prévient Marion Halby. Ils récupéreraient alors des gisements importants qui ne passeraient plus par les centres de tri. » En ce sens, Federec estime que la consigne prendra forcément un gisement qui est déjà collecté via la poubelle jaune. Et souhaite donc réorienter le débat vers l’augmentation de la collecte dans la poubelle de tri.

Laura Châtel, responsable du plaidoyer de Zero Waste France, regrette que les recycleurs et les collectivités locales s’opposent à des projets de consigne qui viendraient faire gagner entre 10 et 20 points de taux de recyclage. Mais elle comprend leur colère. « Si on limite la consigne au recyclage des bouteilles, les producteurs ne reprendront leur responsabilité que sur l’emballage le plus facilement recyclable et qui a de le plus de valeur. Ils laisseront le reste sur les bras des collectivités locales. Cela justifie de travailler sur le réemploi et sur des systèmes de consigne sur des emballages moins recyclables, comme les emballages Tetra Pak ou les boîtes pour la vente à emporter. »

Le retour de la consigne, une bonne idée pour réduire l’usage unique ?

Le projet de loi aborde actuellement la consigne au sens large. Il laisse la porte ouverte à de nombreux projets, sur divers emballages. Toutefois, le communiqué de presse annonçant l’installation du comité de pilotage chargé de la mise en oeuvre de la consigne en France n’aborde que les bouteilles en plastique et les canettes métalliques. Dans sa formulation actuelle, le projet reste donc encore vague. « Notre grande interrogation repose sur le fait de savoir si le verre est ou non inclus. Si l’on souhaite réduire l’usage unique et faire du réemploi, il faut absolument que le verre le soit », prévient-elle.

Bertrand Swiderski chez Carrefour veut être optimiste. « Avec ma boutique Loop, nous avons le mérite d’emporter de nombreuses marques dans la consigne pour réutilisation. Maintenant que cela existe, les pouvoirs publics vont bien être obligés de voir que des marques sont prêtes à se lancer dans la consigne. »  Des marques qui accepteraient d’avoir une responsabilité pleine des producteurs en France.

Marion Halby souhaite bien préciser les choses pour Federec. « Nous nous positionnons contre la consigne sur les bouteilles en plastique en vue de leur recyclage, pas contre la consigne des bouteilles pour leur réutilisation et encore moins contre les autres types de consigne pour recyclage ».

Auteur : Matthieu Combe, journaliste du webzine Natura-sciences.com


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