Enlisé dans le scandale du Penelopegate, François Fillon, candidat républicain à la présidentielle de 2017, tente de relancer sa campagne. Alors, quelle politique environnementale compte-t-il mener? Au-delà de sa politique énergétique pro-nucléaire, il dresse plusieurs propositions pour développer l’habitat durable, la mobilité électrique et le recyclage. Mais il veut aussi accélérer les grands projets « d’intérêt général », ou « inutiles » pour les opposants.

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François Fillon dédicaçant son livre en 2015. PHOTO//G.Garitan (Travail personnel) [CC BY-SA 4.0]

François Fillon reconnait le consensus scientifique sur la réalité du réchauffement climatique. Pour réduire l’utilisation des énergies fossiles, il propose de renforcer la taxe carbone et développer le nucléaire. Mais aussi, étonnamment, de mettre fin aux subventions des énergies renouvelables. Il veut ainsi améliorer le marché européen du carbone (marché ETS) pour assurer un prix plancher de 30 € la tonne de CO2. Il souhaite faire de l’Europe un moteur de la lutte contre le changement climatique pour convaincre les Etats-Unis, la Chine et les autres pays de respecter ce prix plancher « au moins pour les secteurs les plus émetteurs de CO2 ». Objectif: atteindre le 0% d’énergie fossile le plus rapidement possible. Pour y parvenir, le programme du candidat républicain se repose sur le marché pour développer les énergies renouvelables.

François Fillon veut renforcer le nucléaire français

Pour François Fillon, le nucléaire est « notre filière d’excellence » et une filière « propre car peu émettrice de CO2 ». Cette énergie constitue « un atout économique stratégique en terme d’indépendance ». Le candidat est loin d’accepter la réduction de la part du nucléaire dans la production d’électricité de 75% à 50% en 2025, prévue par la loi de transition énergétique pour la croissance verte. Il s’était engagé durant la Primaire à ne fermer aucun réacteur nucléaire, contrairement à ce qui est prévu par cette loi. Le candidat veut plutôt prolonger la durée d’exploitation des réacteurs existants de 40 à 60 ans. Sur autorisation de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). De plus, il renoncera à la fermeture de la centrale de Fessenheim.

L’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy souhaite renforcer la recherche sur les réacteurs nucléaires de quatrième génération. Il voudrait également développer une gamme de petits et moyens réacteurs nucléaires. Mais aussi développer la recherche sur le stockage de l’énergie, les réseaux intelligents et les technologies de captage/stockage de CO2.

Remplacer l’éolien et le solaire par les renouvelables thermiques

Sur les énergies renouvelables, François Fillon souhaite « sortir des objectifs chiffrés, pour donner la main au marché ». Il compte ainsi supprimer toutes les aides pour les nouvelles installations éoliennes ou solaires. Ces énergies ne doivent pas être « au centre d’un développement massif qui pèse très lourd sur les finances de la collectivité nationale pour une efficacité contestable ». Il propose plutôt de bâtir une filière industrielle en renforçant les pôles de compétitivité et en développant des programmes de recherche « ambitieux ». Pour inciter les Français à investir dans ces énergies renouvelables, l’obligation d’achat sera remplacée par la prolongation du crédit d’impôt.

Les filières éoliennes et solaires devraient donc voir rouge si François Fillon est élu. Le candidat se reposera sur le développement des énergies renouvelables thermiques, à savoir le bois énergie, les biocarburants, la méthanisation et le solaire thermique. « Les techniques relatives aux pompes à chaleur, au chaufe-eau thermodynamique, à l’incinération des déchets ou encore à l’amélioration des chaudières doivent être améliorées, ce qui est possible pour un coût maîtrisé, tout en créant des emplois », prévient le candidat. Sur ces énergies, il souhaite mettre en place un minimum de développement annuel de 1,5 gigawatt par an et 200 millions d’euros par an dans le fond chaleur.

En finir avec les subventions aux énergies renouvelables ?

Son programme prévoit un coup d’arrêt à la Contribution au Service Public de l’Electricité (CSPE). Cette taxe finance notamment les surcoûts liés au développement des énergies renouvelables. Le candidat de la droite espère ainsi économiser 68 milliards d’euros sur 10 ans. « Cette somme pourra alors être, en tout ou partie, réorientée vers la rénovation des logements et plus particulièrement des logements anciens les plus énergivores », soutient-il. Cela revient à abandonner le développement de l’éolien et du solaire pour atteindre enfin les 500.000 logements rénovés par an. Un objectif défini de longue date.

En somme, le candidat Fillon a une vision centralisée de l’énergie. Il privilégiera les appels d’offres pour les projets importants. Il autorisera néanmoins l’auto-consommation pour les particuliers et les entreprises, sans avoir à passer par EDF. Les excédents seront néanmoins vendus à des « prix conformes au marché de l’électricité », sans subventions.

Lire aussi : Présidentielles 2017: Quelle place pour les énergies renouvelables?

Développer la mobilité électrique

François Fillon parie sur la mobilité électrique pour diminuer les émissions polluantes liées aux transports. Il souhaite notamment privilégier le transport de passagers et de marchandises par rail. Il mettra ainsi en concurrence la SNCF pour en finir avec le monopole de l’entreprise. Les Régions se verront confier les appels d’offre pour les TER. Elles seront aussi dotées de compétences supplémentaires pour organiser localement l’offre de transport sur leur territoire.

Pour développer l’offre électrique, il prolongera les subventions pour l’achat de véhicules électriques et développera les infrastructures de recharge rapide. En somme, il prolongera sur ce point la politique menée actuellement par Ségolène Royal, ministre de l’environnement.

Accélérer le lancement des «grands projets d’intérêt général »

Les écologistes les appellent les « grands projets inutiles », François Fillon les qualifie de « grands projets d’intérêt général », sources d’emplois. Pour mettre fin à la multiplication des contentieux, il entend instaurer « une procédure unique d’autorisation et faire de la cour administrative la seule autorité contentieuse avec une unique voie de recours devant le Conseil d’Etat » .

Le candidat de la droite estime que la France se perd dans la multiplication des normes. Il abrogera toutes les normes environnementales qui ne découlent pas de directives européennes. Et il réformera le droit de l’environnement pour simplifier les « règles d’opposabilité en matière d’environnement ».

François Fillon compte introduire dans l’ensemble des appels d’offres publiques une clause de « mieux-disant » pour privilégier les entreprises locales et « favoriser les circuits courts et l’économie sociale et solidaire ». Il compte aussi étendre le système des tickets restaurant à un « chèque circuit-court » pour acheter des produits locaux, dans un rayon de 50 km autour de l’entreprise.

Bannir les décharges, améliorer le recyclage

La France accuse un retard important sur les taux de recyclage par rapport à ses voisins européens. François Fillon souhaite une nouvelle campagne d’information pour « développer la pédagogie du tri dans les communes et auprès des particuliers ». Il souhaite aussi diminuer les emballages grâce au soutien des producteurs et des chaînes de distribution. Ces dispositions ne sont pas révolutionnaires.

Mais concernant les déchets, plusieurs propositions intéressantes sont à noter. La taxe de mise en décharge payée par les entreprises et les communes atteindra « plus de 100 euros la tonne, contre 25 euros en France actuellement » pour bannir les décharges. Par ailleurs, s’il est élu président, François Fillon étendra l’obligation de récupération des produits par les industriels en fin de vie, interdira la mise en décharge de produits intégrant des minerais valorisables (or, argent, terres rares…). Il souhaite également développer des organismes spécialisés dans la récupération qui achèteraient aux particuliers leurs déchets d’équipements électroniques. Enfin, pour favoriser l’économie circulaire et l’éco-conception, le candidat de la droite souhaite appliquer un taux de TVA réduit aux produits composés à plus de 50 % de matériaux recyclés.

Adapter la politique de l’eau au changement climatique

François Fillon souhaite préparer l’adaptation au changement climatique afin de se prémunir des sécheresses, crues violentes et du recul de la côte et des berges. Il autorisera ainsi des « retenues d’eau raisonnables » pour les zones agricoles les plus menacées par les fortes chaleurs. Il lancera un programme pour supprimer les « fuites massives » dans les réseaux d’alimentation en eau potable et redonnera de l’espace aux cours d’eau. Enfin, il protégera les zones de captage pour la production d’eau potable contre les pesticides, afin de réduire les coûts liés à la dépollution.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


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