Cap sur la Champagne-Ardennes. Chaque année, la migration des Grues cendrées et d’autres oiseaux migrateurs y attire les naturalistes et les touristes en quête d’observations ornithologiques. Espèce protégée au niveau européen, la Grue cendrée, avec ses 2 mètres d’envergure et ses 4 à 6 kg, est l’attraction phare de cette migration.

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Chaque année, des milliers de grues cendrées s’arrêtent en Champagne-Ardennes dans leur migration annuelle © Pascal Bourguignon

Les départs de Grues cendrées se font dès le mois d’Août à partir de la Suède et de la Russie. Elles font une premières halte en Allemagne du Nord et en Champagne, puis dans les Landes de Gascogne. Le pic d’affluence en Champagne-Ardennes se situe entre octobre et fin novembre. On peut notamment y observer les Grues sur le Lac du Der et le Lac du Temple. Elles poursuivent ensuite leur chemin vers l’Estrémadure en Espagne, quelques-uns poussent leur voyage jusqu’au Maroc.

La migration est régie par la température. Si l’hiver reste doux, plusieurs milliers pourraient rester en Champagne, sinon presque l’intégralité pourrait reprendre sa route vers le sud. Les Grues sont chaque année de plus en plus nombreuses à se poser en Champagne et même à demeurer pendant les hivers doux. Au printemps, lors de la remontée d’Espagne, la halte en Champagne est très brève. L’instinct reproducteur les incite à repartir très vite sur leur lieu de nidification. Le point culminant d’affluence s’observe généralement entre le 5 et le 15 mars.

Que font les Grues cendrées en Champagne ?

« Cette année est exceptionnelle », pour Stéphane Gaillard, Garde-animateur de la Réserve Naturelle Nationale de chasse et de la faune sauvage de la Forêt d’Orient. Au maximum d’affluence ce mois-ci, les comptages ont dénombré 206 000 Grues cendrées sur le lac de Der et 43 800 sur le site de la Forêt d’Orient. »Ici, il y en a qui vont rester tout l’hiver, mais fin novembre le gros des troupes repart vers l’Espagne. Sur le Lac du Temple, on a battu le record : 43 800 Grues il y a quinze jours, mais au dernier comptage il n’y en avait plus que 10 000″, assure-t-il.

Durant leur halte automnale sur Lac du Der et le Lac du Temple, les Grues s’envolent par milliers au petit matin pour aller se nourrir dans les champs situés aux alentours. Les agriculteurs ont d’ailleurs négocié une enveloppe de 100 000 euros auprès de la Région Champagne-Ardenne pour les dédommager des dégâts faits dans les champs par les Grues. En échange, ils laissent notamment des restes de culture en place pour les nourrir et éviter qu’elles n’aillent faire des dégâts dans les semences.

Chaque soir, les Grues regagnent les rivages des lacs dans un brouhaha de cris, pour y passer la nuit. « Si on les écoute bien, on a l’impression qu’elles font un bruit de trompette », note Stéphane Gaillard.

Lac du Der ou Lac du Temple ? Des observations complémentaires

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A la tombée de la nuit, les Grues cendrées rejoignent le lac du Temple. © Matthieu Combe

Le Lac du Der, avec ses 48 km2 et ses 77 km de rives, est le le plus grand lac artificiel d’Europe. Il a été créé en 1973 pour protéger Paris des inondations. Chaque année, il accueille plus de 200 espèces d’oiseaux, dont plusieurs dizaines de milliers de Grues cendrées. Le site est classé depuis 1986 « zone spéciale de conservation » par le réseau « Natura 2000 ». Une voie cyclable fait le tour du lac.

Les trois grands lacs artificiels du Parc naturel régional de la Forêt d’Orient ont été mis en service en 1966 (Lac d’Orient) et 1990 (Lac du temple et Lac Amance). Ils totalisent une surface de 50 km2. Le Parc accueille 138 espèces d’oiseaux nicheurs et 132 espèces d’oiseaux migrateurs, dont la cigogne noire, le cygne de Bewick, la pyrargue à queue blanche, le babuzard pêcheur et l’oie des moissons. Les lacs et les vasières exondées, les prairies, les étangs, les cultures, offrent aux oiseaux des ressources alimentaires indispensables.

Sur le parc naturel régional de la Forêt d’Orient, le massif forestier est resté très important, totalisant 23 000 hectares sur les 80 797 hectares que compte le parc. Pour y observer les Grues cendrées, il suffit de se rendre sur la digue du Lac du Temple à hauteur de Brévonnes. Depuis 2002, le site a été classé en Réserve naturelle nationale pour assurer leur tranquillité. L’accès au bord du lac est interdit au public mais les 10 km de digues et de pistes cyclable permettent d’y observer le spectacle du coucher des Grues en fin d’après-midi, sans les déranger.

Ces lacs artificiels sont vidés d’une grande partie de leurs réserves en automne au profit de la Marne. Les Grues cendrées se massent sur les îlots et les vasières pour y passer la nuit à l’abri des prédateurs.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


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