Le lamantin d’Afrique de l’Ouest est classé comme espèce vulnérable (VU/A1cd) et est inscrit à l’Annexe II de la CITES. Il est intégralement protégé dans plusieurs pays de son aire de distribution.

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Lamantins d’Afrique de l’ouest. © Zoo de Beauval

Apprécié pour la qualité de sa chair, pris accidentellement dans les filets des pêcheurs ou chassé par les braconniers, le lamantin d’Afrique est en voie de disparition. L’homme est son principal prédateur, même si des anecdotes rapportent qu’il est consommé par les requins dans les estuaires saumâtres et les crocodiles. Sa viande et son huile font l’objet d’un commerce illégal entre le Tchad et le Cameroun. Des lamantins seraient mis en vente sur Internet au Japon.

Depuis de nombreuses générations, les lamantins sont chassés pour leur chair ou leur graisse. Actuellement, les préjudices sont causés par les hélices des bateaux à moteur. Les coupures peuvent entraîner la mort de l’animal après infection. La pollution des zones humides constitue une autre menace. La perturbation, la disparition ou la perte des habitats due à l’ensablement et à l’occupation des zones d’épandage par les aménagements hydro-agricoles, la pollution, l’ingestion de crevettes par voie respiratoire sont autant de menaces sur les lamantins en général. Encore victimes de la pêche industrielle accidentelle, au Sénégal, comme en Guinée Bissau, des lamantins auraient été capturés dans des filets pour requins.

Certains aménagements comme les barrages hydroélectriques constituent des menaces sérieuses. Des lamantins seraient tués dans des turbines, ou coincés dans les vannes de contrôle de ces ouvrages. Six carcasses de lamantins ont ainsi été retrouvées sous le barrage de Kainji, au Nigéria. Des cas ont aussi été enregistrés sur le fleuve Sénégal avec les barrages de Diama et Manantali au Mali.

La localisation du lamantin d’Afrique est limitée aux fleuves et rivières de la côte ouest de l’Afrique, du Sénégal à l’Angola. Le lamantin vit dans les cours d’eau saumâtre, douce ou salée, mais peu profonds, là où la végétation peut pousser grâce au soleil qui pénètre dans l’eau. Cela comprend les estuaires, les fleuves, les rivières les lacs et les baies, et les lagunes en période de migrations. Il préfère les eaux chaudes, car il supporte mal des températures en dessous de 20°C. Il semble que le lamantin d’Afrique, contrairement à son homologue de Floride soit incapable de vivre dans l’eau salée, même si ses reins sont adaptés. S’il lui arrive d’être en mer, c’est surtout pour passer d’un fleuve à l’autre, ou encore pour se nourrir dans les mangroves de jeunes pousses de palétuviers.

Le lamantin est un animal placide et inoffensif qui se laisse approcher par l’homme s’il se sent en sécurité. Ailleurs, il constitue même un véritable potentiel écotouristique. Le lamantin est encore peu connu et extrêmement difficile à observer. Mais les possibilités de développement de l’écotourisme orienté vers cette espèce, son habitat et les cultures locales afférentes sont envisageables comme activité alternative génératrices de bénéfices.

Comment vit un lamantin d’Afrique de l’Ouest ?

Le lamantin est un herbivore aquatique, incapable de se mouvoir au sol, vivant avant tout dans les eaux douces (cours d’eau lents, anses de rivières tranquilles) mais il fréquente également les eaux saumâtres des estuaires, les lagunes et pénètre dans la mer, le long des côtes. Il peut demeurer plusieurs minutes sous l’eau et se repose en surface, avec le dos arqué.

Le domaine vital de cet animal est peu connu et l’on suppose qu’il est sédentaire bien qu’il puisse se déplacer sur d’assez grandes distances à la recherche de nourriture. Grégaire, social, il forme des groupes familiaux comportant un mâle, une femelle et un ou deux jeunes. Plusieurs familles peuvent partager le même territoire et former ainsi des rassemblements importants. Certains auteurs pensent que le lamantin est davantage solitaire mais qu’il peut former des groupes plus ou moins stables. Les jeunes mâles restent parfois solitaires.

xclusivement herbivore, le lamantin ne consomme que des plantes aquatiques ou des végétaux terrestres pendant dans l’eau qu’il saisit de ses nageoires. Il ne peut se déplacer hors de l’eau.Non ruminant, il broute les plantes flottantes et immergées. Il consomme des plantules de palétuviers, des Jacinthes d’eau, du Bourgou et des graminées. Ces plantes contiennent souvent de la silice qui provoque l’abrasion des dents. Ce phénomène est compensé par le remplacement permanent des dents. Ces plantes aquatiques ont un faible rendement énergétique ce qui explique peut-être que les lamantins ont un taux métabolique très bas, et ne peuvent vivre au dessous de 20°C. Comme tous les herbivores, les lamantins sont obligés d’ingurgiter beaucoup de nourriture, afin de compenser le peu de valeur nutritive des plantes aquatiques. Ils en consomment environ 30 kg par jour.

Le mode de reproduction des lamantins reste encore peu connu. La maturité sexuelle est atteinte à environ 5 ans pour la femelle et vers 9 ans pour le mâle. La femelle s’accouple avec plusieurs mâles. La copulation peut avoir lieu toute l’année. Après la fécondation et une gestation qui dure environ 12 à 13 mois, un petit naît, rarement deux. Il mesure 1,30 m et pèse environ 30 kg. Il naît velu et gris foncé qui deviendra gris ou gris-brun au bout d’un mois. L’intervalle entre les naissances est de 2 à 5 ans. La femelle materne le petit avec soin, le portant parfois entre ses nageoires. Il peut se nourrir seul après un mois, mais reste auprès de sa mère pendant deux ans environ. Les soins parentaux sont importants. Lors de ces soins, les lamantins émettent des vocalises, bien qu’ils soient dépourvus de cordes vocales. En milieu naturel, le lamantin a une longévité d’environ 20 à 30 ans.

Comment reconnaître un lamantin d’Afrique de l’Ouest ?

D’apparence pratiquement identique à son cousin d’Amérique, Le lamantin d’Afrique de l’Ouest (Trichechus senegalensis) peut se différencier de ce dernier par la courbe descendante de son museau, moins prononcée et à la proéminence de ses yeux. Le lamantin présente une silhouette fusiforme et lourde. La peau, variant du brun au noirâtre, plus claire sur le ventre, est pratiquement nue à l’exception des vibrisses rigides et noires de chaque côté de la bouche, plissée et épaisse (5 cm) avec une importante couche de graisse. Des mouvements de la queue dans le plan vertical permettent à l’animal de progresser dans l’eau. Des nageoires terminées par cinq doigts aux ongles réduits remplacent les membres inférieurs. La tête est massive, sans oreilles externes, avec des petits. Le cou est court.

Il existe peu de différences entre le mâle et la femelle. Cette dernière porte deux mamelles pectorales saillantes qui sont à l’origine du mythe des sirènes habitant les rivières en Afrique. La vue et l’odorat du lamantin sont médiocres mais l’ouïe est excellente. Cet animal est silencieux et communique avec ses congénères à l’aide d’ultrasons.

Auteurs : Joséa S. Dossou-Bodjrènou, Patrice Sagbo et Pierre Poilecot, pour le Manuel des aires protégées d’Afrique francophone (extrait)


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  • NGAFACK Rodrigue

    Le Lamantin ouest africain est un fabuleux animal malheureusement il est très peu connu du grand public et des chercheurs c’est la raison pour laquelle je travaille pour améliorer le niveau de connaissance de cette espèce en Afrique en general et au Cameroun en particulier