Le ratel, Mellivora capensis, est encore répandu sur une bonne partie de son aire de répartition d’origine et est donc classé dans la catégorie « préoccupation mineure » sur la Liste rouge de l’UICN. Cependant, de nombreuses menaces pèsent sur l’espèce qui devient plus rare. De nouvelles études vont probablement conduire à l’inscription de l’espèce dans une catégorie supérieure.

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Deux ratels dans la savane © Ian n. White

Le ratel est particulièrement menacé au Niger, au Maroc et en Afrique du Sud; les spécimens du Botswana sont inscrits en annexe 3 de la CITES. Les ratels sont persécutés par les apiculteurs à travers toute l’Afrique. Ils peuvent causer de gros dégâts dans les ruchers, et les attaques sont en augmentation en Afrique du Sud depuis que les abeilles sauvages se raréfient à cause des activités humaines. Il arrive occasionnellement qu’un ratel s’en prenne à un chevreau, à un jeune mouton ou à des volailles, mais les récits de ratels attaquant du gros bétail sont pure fantaisie. Enfin, dernier méfait, il arrive (très rarement) que ces animaux prennent l’habitude de pénétrer sur les aires de pique-nique de certains parcs nationaux pour éventrer les réfrigérateurs et les poubelles.

La plupart des conflits opposant l’homme au ratel pourraient pourtant être facilement résolus : il suffirait de construire des ruches au-dessus du sol, placées sur un trépied solide que l’animal ne pourrait ni escalader ni renverser. Mais les persécutions restent la règle chez les apiculteurs, qui refusent le plus souvent ces mesures de précaution : soit ils ne croient pas en leur efficacité, soit ils refusent de faire un effort pour épargner des « animaux nuisibles ».

Comment les ratels sont-ils tués ?

Les ratels sont tués principalement dans des pièges à mâchoires d’acier, une vingtaine de pièges sont placés en permanence dans les ruchers ; les appâts empoisonnés font aussi des ravages, même s’ils ne sont pas destinés sélectivement aux ratels.  Certains clubs organisent des « chasses sportives » aux ratels avec des chiens.

Les ratels résistent assez bien à l’extension des terres agricoles, car la densité de rongeurs s’en trouve souvent accrue. En revanche, l’action combinée des brûlages artificiels et de la sécheresse peut réduire l’abondance des proies, contribuant probablement à augmenter le nombre des attaques sur les ruchers domestiques et, par voie de conséquence, l’éradication locale des ratels.

Il arrive assez fréquemment que des ratels soient tués sur les routes, leur intrépidité naturelle aggravant les risques. L’espèce ne fait l’objet d’aucun commerce international, à part les trophées de chasse, mais elle est parfois victime du trafic de viande de brousse et de la médecine traditionnelle : en Zambie, le cœur, la queue et le museau des ratels sont associés à des racines d’arbres pour soigner des blessures.

Où et comment observer un ratel ?

On retrouve l’espèce pratiquement dans toute l’Afrique au sud du Sahara, et l’espèce remonte jusqu’au Maroc le long de la côte Atlantique. On la trouve aussi du nord de l’Inde à la Péninsule arabique. Elle vit dans tous les biotopes, des régions semi-désertiques à la forêt dense. Le ratel monte couramment à près de 2 000 m d’altitude. Il atteint même 2 600 m dans le Haut-Atlas marocain, et près de 4 000 m en Éthiopie. Nocturne, bien qu’on le rencontre parfois en plein jour, le ratel s’abrite dans de profonds terriers qu’il creuse lui-même. Il vit seul ou en couple.

De nombreuses particularités étonnantes !

Courageux et teigneux, il charge n’importe quel intrus, même un lion, mord les gros animaux à l’aine ou aux organes génitaux. Terrestre, il est cependant capable de grimper aux arbres pour atteindre les ruches sauvages. Le ratel est l’un des rares mammifères capable de courir à reculons.

Le régime alimentaire est omnivore : petits mammifères (jusqu’à la taille d’une petite antilope), gros insectes, serpents, charognes, racines, bulbes et fruits. Il raffole du miel, d’où son nom anglais Honey badger.

Il vit parfois en symbiose avec un oiseau, l’indicateur (Indicator indicator), qui lui indique la position des ruches et partage le festin avec lui. Le ratel est protégé des piqûres d’abeilles par sa peau coriace et une épaisse couche de graisse sous-cutanée. Il semble doté d’une immunité, au moins partielle, contre le venin des scorpions et de serpents très dangereux comme la Vipère heurtante (Bitis arietans) et les Cobras.

La femelle met au monde le plus souvent un seul petit, après six mois de gestation. Elle change très souvent de tanière pour éviter de se faire repérer par les grands prédateurs. Le jeune devient indépendant à l’âge d’un an.

Comment reconnaître un ratel ?

Le ratel mesure de 65 à 80 cm de long pour un poids de 6 kg pour la femelle, jusqu’à 12 kg pour le mâle. Parfois appelé zorille du Cap, bien qu’il soit plutôt apparenté aux Blaireaux, c’est un animal robuste et trapu avec une tête massive et des mâchoires redoutables, des oreilles très petites et arrondies, des pattes courtes aux griffes puissantes atteignant 4 cm.

La queue courte et touffue est souvent portée dressée. La moitié supérieure du corps est blanchâtre à gris fauve clair, la moitié inférieure est noire sans transition. Dans la forêt équatoriale, on rencontre parfois des individus mélaniques.

Auteur : Michel Louis, pour le Manuel des aires protégées d’Afrique francophone (extrait)


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