Disons-le clairement : le léopard a été au bord de l’extinction à cause de la mode. Jusqu’au milieu des années 1970, 50 000 léopards étaient tués chaque année pour confectionner des manteaux. Le commerce international du léopard est aujourd’hui interdit, l’espèce étant inscrite en annexe 1 de la CITES.

leopard panthère

Léopard dans la savane. © Michel Louis

De nombreuses menaces pèsent aujourd’hui sur le léopard, notamment la déforestation, les conflits avec l’Homme et le braconnage. Il est difficile d’évaluer le nombre de léopards vivant encore à l’état sauvage sur le continent africain : le chiffre de 200 000 avancé par certains chercheurs semble le plus vraisemblable, mais il est en constante diminution. Dans sa globalité, l’espèce est inscrite sur la Liste rouge de l’UICN dans la catégorie « quasi-menacée », mais les Léopards d’Afrique du Nord et certaines sous-espèces asiatiques sont en danger critique d’extinction.

S’attaquant parfois au bétail, le léopard entre en conflit avec l’Homme sur l’ensemble des zones non protégées de son aire de répartition. Les déprédations sont fréquentes dans les régions où les proies se raréfient, alors que l’élevage et l’agriculture envahissent le milieu. Souvent accusés de déprédations causées par d’autres carnivores, et bien que légalement protégés dans la plupart des pays d’Afrique, les léopards sont fréquemment abattus par les agents de contrôle gouvernementaux suite à des plaintes, ou par les plaignants eux-mêmes. Les attaques perpétrées contre l’Homme sont vraiment rares si l’on écarte les cas où l’animal a été délibérément provoqué. Le léopard est un animal timide qui craint et évite l’Homme. Les cas de « léopards mangeurs d’hommes » sont rarissimes en Afrique, on en recense davantage dans certaines régions du Sud-Est asiatique.

Malgré leur grande adaptabilité, les léopards sont sévèrement menacés par la réduction de leur habitat et la raréfaction de leurs proies naturelles. Ils ont été chassés de vastes zones de pastoralisme intensif, et repoussés par l’explosion démographique autour des centres de population humaine. En dehors des zones protégées, ils ne subsistent souvent qu’en petites populations fragmentées. Et plus l’habitat du léopard se réduit, plus les risques de conflit augmentent. Les léopards ont été chassés de la plupart des forêts de la ceinture côtière en Afrique de l’Ouest et aujourd’hui, dans le sud-est du Nigeria, l’urbanisation et les activités d’extraction du pétrole risquent d’entraîner la disparition du léopard. Même dans des zones protégées, le braconnage pour la viande de brousse provoque une raréfaction des proies et le recul du Léopard.

Des dérogations à l’interdiction du commerce international existent. Ils concernent les trophées de chasse et souvenirs pour touristes. Onze pays africains autorisent la chasse « sportive » au léopard. La République démocratique du Congo et le Gabon autorisent chacun l’exportation annuelle de cinq peaux provenant d’animaux « à problèmes ». L’impact de la chasse aux trophées est difficile à définir, mais les chiffres officiels sont fortement sous-évalués : il faut ajouter les « extensions de quotas» consentis par des fonctionnaires corrompus, ainsi que le braconnage qui atteint un niveau élevé aux alentours des zones protégées et même parfois à l’intérieur de celles-ci. Des peaux de léopards sont achetées clandestinement à Djibouti et passées en fraude vers l’Europe. Etant très prisées pour certains rites traditionnels en Afrique centrale et occidentale, peaux et canines font l’objet d’un commerce florissant.

Le léopard est réparti dans une grande partie de l’Afrique au sud du Sahara. Une population résiduelle subsiste dans l’Atlas marocain, peut-être une autre dans le sud-est de l’Algérie. Le léopard s’adapte à tous les biotopes : forêts équatoriales, forêt claire, savanes boisées, savanes ouvertes avec promontoires rocheux et broussailles denses, régions semi-désertiques avec enrochements, hautes montagnes parfois jusqu’à 5 000 m.

Comment vit un léopard ?

Le léopard, Panthera pardus, est territorial et solitaire, à part pendant la saison de reproduction. Chasseur essentiellement nocturne, il se cache pendant la journée dans un arbre, dans des fourrés épais ou sur un escarpement rocheux qui lui fournit à la fois abri et poste d’observation.

Silencieux, discret, le léopard grimpe aux arbres avec une agilité extraordinaire. Il chasse à l’affût, bondissant souvent sur sa proie du haut d’un arbre ou d’un rocher. Les proies favorites du léopard sont les impalas, cobes, bubales, gazelles, babouins, phacochères en brousse, potamochères en forêt, lièvres, damans, francolins et pintades. En cas de disette, il est capable de survivre en mangeant des rongeurs, des tortues et même des termites.

Après 90 à 100 jours de gestation, la femelle met au monde deux ou trois petits qui pèsent chacun 550 g, ouvrent leurs yeux à 10 jours et sont sevrés entre trois et quatre mois, âge auquel ils commencent à accompagner leur mère à la chasse. Ils deviennent indépendants entre 18 et 24 mois, et atteignent leur maturité sexuelle à trois ans. La longévité peut atteindre 21 ans en captivité, mais sensiblement moins dans la nature.

Comment reconnaître un léopard ?

D’une région à l’autre, la taille tend à augmenter avec l’altitude et à diminuer dans les régions chaudes et humides. Grand félin aux formes très élégantes et allongées, mais robuste. Plus trapu et moins élancé que le Guépard, pattes relativement courtes. Pelage court (plus ou moins selon les sous-espèces), dense et doux. Coloration jaune clair à brun rougeâtre avec de nombreuses taches noires disposées en rosettes. Les taches de la tête et des membres sont plus petites et pleines. Le dessous du corps et la face interne des membres sont d’un blanc pur avec des taches plus espacées. La coloration de base est plus foncée chez les animaux des forêts équatoriales humides, elle devient très claire dans les régions semi-désertiques. La Panthère noire n’est pas une race, mais un simple cas de mélanisme. Elle est très rarement rencontrée en Afrique, parfois en forêt équatoriale et dans les Aberdares (Kenya). Les femelles sont plus petites que les mâles, et de structure plus légère. Les jeunes ont une fourrure laineuse et plus foncée, aux taches très rapprochées et peu distinctes. Si on connaît en Asie plusieurs sous-espèces bien différenciées du Léopard, les variations géographiques décrites en Afrique tiennent davantage d’adaptations au milieu que de sous-espèces génétiquement différentes.

Auteur : Michel Louis, pour le Manuel des aires protégées d’Afrique francophone (extrait)

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