Le Pangolin terrestre du Cap, Smutsia temminckii, est considéré comme une espèce à faible risque, quasi menacée (LR/nt). Il est encore bien représenté dans certains pays africains mais rare et menacé dans d’autres (Malawi, Afrique du Sud). 

Pangolin terrestre du cap. © Pierre Fleury

L’Homme demeure le principal prédateur des pangolins. Sa viande est très appréciée des populations locales et la peau et les écailles font l’objet d’un commerce international. Les écailles sont utilisées comme amulettes amoureuses et, brûlées, elles permettraient d’éloigner les lions. Elles sont également très utilisées dans la médecine traditionnelle et les pratiques rituelles. La destruction des habitats naturels à des fins agricoles et l’utilisation de pesticides sont des causes supplémentaires de la diminution des populations.

Le Pangolin terrestre est distribué du Tchad et du Soudan à la République centrafricaine, à l’Afrique de l’Est et australe.

Comment vit un pangolin terrestre du Cap ?

Malgré sa vaste distribution en Afrique, le Pangolin terrestre du Cap est très peu connu. Il fréquente les savanes et est absent des zones désertiques et forestières. Ses habitats de prédilection reposent sur des sols sableux ou rocheux. Il fréquente tous les types de savanes, même herbeuses et est fréquemment observé près des points d’eau : cet animal est, curieusement, un excellent nageur. Solitaire (rarement en couple), sédentaire et territorial, ce pangolin occupe un domaine vital qui recouvre ceux de plusieurs femelles. Il ne forme un couple qu’au moment de la reproduction. Le mâle suit alors la femelle en chaleur jusqu’à ce qu’elle soit réceptive. La gestation s’étend sur 4,5-5 mois et conduit à la naissance d’un seul petit. La femelle emporte son petit avec elle, en le maintenant sur son dos ou sa queue, pendant un mois après la naissance. En cas de danger, elle s’enroule sur elle-même en protégeant son petit contre son ventre et entre ses pattes.

Le pangolin terrestre du Cap est un animal nocturne (parfois crépusculaire en saison froide en Afrique australe). Il utilise des abris naturels (trous d’Oryctéropes, terriers de Lièvres sauteurs (Pedetes capensis, Afrique australe), amoncellements de rochers, fourrés denses) dans lesquels il se repose, enroulé sur lui-même, au cours de la journée. Il se déplace lentement, souvent sur les pattes postérieures uniquement, la queue au-dessus du sol, mais il peut courir relativement vite. Inquiété, il peut se dresser sur les pattes postérieures, en position verticale, pour humer le vent. Son régime alimentaire est composé essentiellement de fourmies, (appartenant aux genres Crematogaster, Camponotus, Acantholepis et Anoplolepis) puis de termites (Genres Ondototermes et Trinervitermes), et leurs œufs et larves, dont certaines espèces peuvent conditionner sa distribution.

Il marche en balançant sa tête d’un côté et de l’autre, le museau près du sol en reniflant continuellement à la recherche des insectes. Dès qu’un nid de fourmis ou de termites est localisé, il utilise ses puissantes griffes et sa queue comme support, pour l’ouvrir de façon à introduire sa langue visqueuse dans la brèche et les galeries et capturer les insectes. Il consomme également les termites à l’abri des bouses de vaches ou de buffles ou vivant sous l’écorce des arbres morts. Le sable absorbé avec ses proies facilite le broyage des cuticules dans son estomac. Sa carapace d’écailles, la faculté de s’enrouler sur lui-même et de protéger ainsi les parties du corps les plus fragiles, ses puissantes griffes, des jets d’urine fétide et la sécrétion malodorante de ses glandes anales sont autant d’éléments de défense pour dissuader les prédateurs. La longévité en milieu naturel est inconnue.

Le Pangolin terrestre du Cap urine sur lui-même, par petits jets. Ce comportement aurait une fonction rafraîchissante. Des animaux ont été observés allongés sur le dos, exposant leur ventre nu humidifié par de l’urine. Il permet également à l’animal de signaler sa présence, par l’odeur âcre de l’urine, aux autres individus lorsqu’il se déplace sur son territoire.

Comment reconnaître un pangolin terrestre du Cap ?

Le Pangolin terrestre du Cap mesure de 34 à 61 cm, pour un poids variant de 7 à 18 kg. C’est le plus grand pangolin après le Pangolin géant à affinités forestières. Comme tous les membres de la famille, il ne peut être confondu avec aucun autre mammifère.

Cet animal est bas sur pattes avec un corps rebondi au dos voûté. Le corps et le dessus des pattes sont recouverts de grandes écailles arrondies, épaisses, cannelées, de couleur brun foncé (plus claires sur le bord) sur le dessus du corps. La peau, épaisse et les écailles représentent environ le tiers du poids de l’animal. La tête, allongée, porte de petits yeux (protégés par des paupières épaisses), de petites oreilles et est terminée par un museau pointu couvert de petites écailles. La bouche est dépourvue de dents.

Les côtés de la face jusqu’au niveau des larges trous auditifs sont nus bien que quelques poils soient présents autour des yeux, des trous auditifs ainsi que sur les joues. La langue, arrondie et longue de 10-15 cm permet de saisir les insectes en l’infiltrant dans les fentes des fourmilières ou des termitières. La face est nue ainsi que le ventre et l’intérieur des pattes qui sont gris blanc (avec quelques poils noirs épars). Les membres postérieurs (porteurs) sont plus longs que les antérieurs. Ils se terminent par cinq doigts : les doigts 1 et 5 des pattes antérieures portent des griffes réduites alors que les autres sont munis de griffes puissantes et arquées. Les postérieurs sont terminés par de courtes griffes dont quatre sont visibles sur les traces laissées au sol.

La queue, longue de 40-50 cm, est puissante, large, arrondie à l’extrémité et couverte d’écailles. Les glandes anales, très développées, servent au marquage du territoire et produisent un liquide cireux nauséabond. La femelle est beaucoup plus petite que le mâle, n’atteignant parfois que la moitié de son poids. Ce Pangolin, comme les autres espèces, a une ouïe et un odorat bien développées mais une vue médiocre. Son odorat lui permet de reconnaître les pistes empruntées par ses congénères ainsi que leur sexe et leur âge. Il est silencieux mais souffle et flaire bruyamment en recherchant sa nourriture.

Auteur : Pierre Poilecot  pour le Manuel des aires protégées d’Afrique francophone (extrait)

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  • André Scanga

    Article très intéressant sur les pangolins, animaux étranges aux yeux des Européens. Les reportages à propos des séries animalières sont instructifs et passionnent celles et ceux qui aiment s’instruire.