Mohamed Merdji, sociologue de l’alimentation, s’intéresse aux leviers sociologiques liés à notre rapport à la viande et à l’élevage. Pourquoi acceptons-nous que certains animaux soient élevés pour finir dans notre assiette, alors que nous refusons catégoriquement, le plus souvent, de manger des animaux familiers, comme les chiens ? Voici ses réflexions.

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Nous acceptons certains animaux dans notre assiette. Ce n’est plus le cas lorsque nous éprouvons de la sympathie pour l’un d’entre eux. PHOTO//CC0 Domaine Public

La viande constitue l’un des aliments les plus désirés. Elle tient une place centrale dans notre assiette. Traditionnellement, un « vrai » repas doit contenir de la viande ou du poisson. Le reste n’est qu’un « accompagnement ».

Mais c’est également l’aliment le plus ambivalent, à cause de la culpabilité liée au « meurtre » de l’animal. « Pour s’en protéger, l’opération est occultée en la « sous-traitant » aux abattoirs ou aux bouchers », rappelle Mohamed Merdji, Professeur de Sociologie et d’Economie de l’alimentation à Audencia Nantes. Ces abattoirs se retrouvent en périphérie des villes pour cacher la culpabilité et ne pas heurter la sensibilité des consommateurs.

La représentation du boucher « tueur » reste ancrée dans nos sociétés, pendant que la viande se vend en barquette dans les supermarchés. Il ne faut surtout pas que le morceau de viande qu’elle contient rappelle la forme de l’animal vivant. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le lapin se vend de plus en plus rarement « entier » !

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Mieux catégoriser pour mieux se protéger !

Pour se protéger de sa culpabilité, l’Homme a créé des catégories relationnelles en fonction de catégories d’ « usage ». Les animaux familiers domestiques proches – chats et chiens – ne sont pas les bienvenus dans nos assiettes. De même, les animaux sauvages, lointains de nous, n’y ont pas leur place. C’est le cas, par exemple, des lions, des éléphants, des chimpanzés et des girafes.

L’homme accepte en général de manger uniquement deux catégories d’animaux : le bétail (bœuf, cochon, mouton, etc.) et le gibier (sanglier, daim). Dès lors que l’on éprouve de la sympathie pour l’un d’eux, il devient plus difficile de les accepter dans notre assiette. On évite donc de s’y attacher.

Certains animaux, comme les chameaux, chevaux et kangourous se situent dans ce que Mohamed Medji appelle un « purgatoire transitionnel ». Certaines personnes les acceptent dans leurs assiettes, d’autres non. C’est la cause du « scandale » de la viande de cheval. Si la viande de bœuf avait été mélangée avec de la viande de poulet, cela aurait certainement moins déchaîné les passions.

Notons tout de même que les animaux entrant dans ces catégories varient en fonction de la culture populaire. En Asie, le chien relève, par exemple, de la catégorie du bétail.

Au-delà de la culpabilité, se manifestant dans l’attente du respect du bien-être animal, les principales préoccupations du consommateur de viande demeurent la traçabilité, la diététique et l’empreinte écologique. « On aimerait que les animaux que l’on mange soient bien traitées pour réduire notre culpabilité », conclut le Professeur de Sociologie et d’Economie de l’alimentation à Audencia Nantes. En revanche, les citoyens ne souhaitent pas non plus réellement connaître les pratiques de l’élevage industriel, car ils devraient alors aussi occulter leur culpabilité liée à ces pratiques !

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


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