Une étude britannique remet en question l’avantage nutritif du bio vis-à-vis des produits conventionnels. Les produits bio ne seraient donc pas plus sains que les autres… Et si le vrai intérêt du bio ne portait pas sur la qualité nutritionnelle, mais  plutôt sur l’absence de résidus de pesticides chimiques?

Le bio remis en question ?

Le bio remis en question ?

Consommer bio ne serait  pas meilleur pour la santé, selon une étude bibliographique britannique publiée dans l’American Journal of Clinical Nutrition. Sur 52,471 articles, 162 études ont été retenues dans un premier temps. Ensuite, seules 55 ont été jugées de qualité satisfaisante. La conclusion est simple : sur la base de ces 55 études, il n’y a pas de preuve qu’il y ait une différence nutritive entre les produits conventionnels et issus de l’agriculture biologique. Les faibles différences observées ne sont pas significatives. Le raccourci a donc été vite fait par certains médias : le bio coûte plus cher et n’est pas meilleur pour la santé.

Le bio n’aurait donc aucun avantage pour la santé. Cela serait oublier le vrai avantage du bio : l’interdiction des pesticides et des engrais chimiques. Rappelons que les pesticides sont tous les produits employés contre les insectes (insecticides), les mauvaises herbes (herbicides) et les micro-champignons (fongicides). L’agriculture biologique  utilise également des pesticides mais uniquement à base de plantes ou de procédés naturels (un insecte est le prédateur d’un autre…).

Lire aussiLes pesticides et les pratiques agricoles en bio

Les résidus de pesticides en question

Les pesticides sont rarement utilisés seuls sur une culture. Or, leurs effets sur l’organisme sont peu connus, et  aucune étude n’a réellement été menée pour connaître les effets que pouvaient  avoir l’association de plusieurs pesticides sur la santé. Pour chaque pesticide, des limites maximales en résidus (LMR) sont définies afin de protéger la santé des consommateurs.

Un article du Figaro lance : « Pour ces derniers [les produits conventionnels], les teneurs en résidus se situent dans leur grande majorité au-dessous des limites maximales de résidus (LMR), donc à des concentrations a priori sans danger pour le consommateur. La différence entre bio et non-bio reste donc très relative, même sur ce critère ».

Lire aussiLe bio gagne sur tous les fronts

Des LMR trop souvent dépassées?

Un rapport de  l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a analysé les résidus de pesticides dans les aliments de 27 pays de l’Union Européenne plus la Norvège et l’Islande. Celui-ci stipule que 45 % des céréales, fruits et légumes analysés en 2007 contenaient des résidus de pesticides. 25 % des échantillons contenaient en outre plusieurs molécules. Au final, sur les 29 États, 96% des échantillons analysés étaient conformes aux LMR légales. En revanche, 4% ont dépassé ces LMR, contre 5% en 2006.

Ce bilan positif est à relativiser en France. En effet, en 2007, ce sont 7,6 % des échantillons qui dépassaient les LMR contre 6 % l’année précédente. De même, si le pourcentage de fruits, légumes ou céréales contenant plusieurs résidus à la fois a légèrement diminué dans l’UE, en France, le nombre d’échantillons contenant plusieurs résidus a fortement augmenté de 25,8% en 2006 à 32,75 % en 2007.

La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) avait publié en janvier un rapport encore plus complet. Ainsi, en 2007, 52,1% des fruits et légumes analysés en France présentaient des résidus de pesticides (45% en 2006) et 52,5% des céréales. Le même rapport de la DGCCRF montrait que la proportion des dépassements de LMR dus à des usages interdits de pesticides était passée de 19,8% en 2006 à près 39% en 2007.

Lire aussiManger bio est-il meilleur pour ma santé ?

Les effets moins connus des pesticides

Outre la toxicité reconnue sur la santé animale et humaine, les pesticides ont d’autres effets délétères. Ils sont en partie responsables de la mort des sols agricoles, notamment en détruisant leur microflore et leur faune. En effet, les champignons ont un rôle capital dans le cycle de l’humus et leur destruction massive par les fongicides entraîne la mort des sols. Dans un sol mort biologiquement, l’agriculteur augmente les doses d’engrais chimiques, chaule son sol pour lutter contre les baisses de rendements. Mais celles-ci sont inexorables… En bon état, un sol contient jusqu’à un milliard de micro-organismes par gramme et une à quatre tonnes de vers de terre par hectare. La qualité des terres de l’agriculture conventionnelle devrait être suivie sur plusieurs années suivant les quantités de pesticides épandues et comparée à la qualité des sols de l’agriculture biologique. La différence serait-elle dans ce cas très relative ?

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

La rédaction vous conseille aussi :