A Copenhague en 2009, les pays développés se sont engagés à donner 100 milliards de dollars par an à partir de 2020 aux pays en développement afin de s’adapter au changement climatique et favoriser les technologies bas carbone. Mais ces 100 milliards tardent à être formalisés.

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Les Etats parviendront-ils à s’engager sur une trajectoire de 100 milliards de dollars d’aide en 2020?

La plupart des pays en développement qui ont rendu leurs contributions pour la COP21 qui se déroule à Paris du 30 novembre au 11 décembre prochain conditionnent une partie ou la totalité de leurs engagements à l’existence d’un mécanisme de solidarité, notamment la consolidation des 100 milliards de dollars promis à Copenhague.

COP21 : Comment trouver 100 milliards de dollars?

Plusieurs pistes de nouveaux mécanismes financiers sont à l’étude, en particulier la mise en place d’une taxe sur les transactions financières (TTF). 11 pays européens – l’Autriche, la Belgique, l’Estonie, la France, l’Allemagne, la Grèce, l’Italie, le Portugal, la Slovaquie, la Slovénie, et l’Espagne – travaillent sur cette question. Ils représentent environ 90 % du PIB de la zone euro. La Commission européenne a estimé que cette TTF pourrait rapporter annuellement au sein de ces 11 pays entre 24 et 30 milliards d’euros, dont 6 à 10 milliards d’euros en France. La majeure partie de cette taxe serait affectée à la lutte contre le changement climatique, ainsi qu’à la lutte contre les pandémies (sida, paludisme, tuberculose…).

Les ONG proposent aussi de taxer la pollution des transports maritimes et aériens internationaux. Ces deux secteurs bénéficient en effet d’exemptions particulières, alors qu’ils sont fortement émetteurs de gaz à effet de serre. Plusieurs acteurs proposent également de mettre fin aux subventions aux énergies fossiles. Selon le Fonds Monétaire International (FMI), les subventions aux énergies fossiles s’élèvent à 4740 milliards d’euros par an dans le monde, soit 6,5 % du PIB mondial. L’institution financière estime que la suppression des subventions aux énergies fossiles permettrait de réduire 20 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. L’élimination de ces subventions, ne serait-ce que dans les pays riches permettrait de révolutionner le monde de l’énergie et de financer pleinement l’adaptation au changement climatique de tous les pays en développement.

Longue requête des écologistes, la création d’une taxe carbone mondiale semble avoir été évacuée des négociations. Car une taxe carbone ambitieuse serait efficace pour se détourner des énergies fossiles les plus polluantes et diminuer les émissions de gaz à effet de serre. Pour un accord ambitieux à Paris, la Fondation Nicolas Hulot appelle les Etats à défendre vigoureusement la mise en place d’un prix du carbone aux niveaux nationaux dans l’accord. « Rappelons, qu’il n’a jamais été question dans les négociations d’un accord international sur un prix unique du carbone », rappelle la Fondation. Néanmoins, aujourd’hui, 12 % des émissions de GES sont couvertes par un mécanisme de tarification. « Ce sera bientôt près d’un quart, compte tenu des démarches engagées par de nombreux Etats, dont la Chine (marché national en 2017) ou le Brésil », précise la Fondation. « Le 30 novembre, des leaders mondiaux, dont Jinping, Obama, Hollande et Merkel, inviteront leurs pairs à rejoindre ce mouvement », poursuit-elle. Pour la Fondation Nicolas Hulot, il faut qu’ils soient nombreux à s’engager sur un « corridor carbone » en visant une trajectoire de prix suffisante pour une transition énergétique efficace mais tenant compte des différences de niveau de développement. C’est aussi au pourcentage d’émissions de GES couvertes par des mécanismes de tarification dans les 5 ans à venir que l’on pourra évaluer le succès, ou non, de l’accord.

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Des financements encore insuffisants

L’OCDE a fait le point sur les questions de financement climatiques. Elle estime à 62 milliards de dollars en 2014 les financements climats publics et privés existants, en forte hausse par rapport à 2013 (52 milliards de dollars) avec un rôle accru des banques multilatérales de développement. Il reste donc 38 milliards de dollars à trouver. « Les financements publics bilatéraux et multilatéraux ont représenté plus de 70 % des apports durant la période 2013-14, tandis que les financements privés mobilisés ont représenté plus de 25 % et les crédits à l’exportation, la part restante », fait savoir l’OCDE.

Plus des trois quarts du total estimé des financements climatiques ont soutenu des activités d’atténuation, un sixième environ a été consacré à l’adaptation et une faible proportion a appuyé les deux objectifs. Pour la Fondation Nicolas Hulot, « les financements climat publics devraient être constitués dans une plus grande proportion de subventions pour pouvoir financer l’adaptation des pays les plus vulnérables » et « les financements publics manquants ne devront pas provenir du transfert de budgets existants sur d’autres enjeux de l’aide publique au développement ».

100 milliards de dollars, cela suffira-t-il?

Selon les estimations de la FNHNH, sur la base de 39 pays qui ont chiffré leur besoin, les 100 milliards de dollars couvriront un peu moins de la moitié des besoins d’investissements identifiés nécessaires aux pays en voie développement (PVD) et aux pays les moins avancés (PMA). « Le reste devra provenir d’investissements nationaux, d’investissements du secteur privé non comptés dans les 100 milliards ou provenant d’autres pays du Sud, comme la Chine », estime la Fondation. Il faudra donc que les contributions financières soient réévalués, « par exemple tous les cinq ans », propose la FNHNH.

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100 milliards de dollars, cela ne représentent que 0,2 % du PIB des Pays de l’Annexe 1 de la CNUCC, selon la FNHNF et ActionAid, et beaucoup de cas en deçà des budgets de la défense des pays riches.. Mais les investissements qu’ils rendront possibles dans les PVD et PMA représententent en moyenne 8 % du PIB actuel des 39 pays en développement qui ont chiffré leurs besoins, selon les calculs de la FNHNH. On comprend mieux que les pays en développement conditionnent leurs engagements au versement de ces aides. « Les États-Unis doivent multiplier par 60 les sommes prévues pour le financement de l’adaptation d’ici 2020 si ils veulent contribuer à hauteur de leur responsabilité dans les changements climatiques », annonce ActionAid.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


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  • Pascal Rabault

    Très bon article, clair et précis. Il donne de bonnes infos sur ce qui est sans doute un des plus grands enjeux de l’après COP21: chercher et trouver l’argent nécessaire afin d’aider les pays en voie de développement à se développer malgré la restriction des émissions de GES, c’est à dire en leurs donnant les moyens financiers afin qu’ils puissent investir dans les énergies renouvelables.