En avril, les États-Unis se sont engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 50% à 52% d’ici 2030 par rapport à 2005. Cela est-il suffisant? Selon les calculs de la coalition US Climate Fair share qui regroupe 175 associations écologistes, les États-Unis devraient en réalité réduire leurs émissions de 195% d’ici 2030 par rapport à 2005 pour inclure leur responsabilité historique. 

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Joe Biden n’a pas dit son dernier mot en faveur du climat. // PHOTO : Devi Bones / Shutterstock.com

De plus en plus d’ONG souhaitent que le volume historique des émissions de gaz à effet de serre depuis la révolution industrielle soit pris en compte dans les engagements climatiques. Elles plaident aussi pour que les pays riches aident les plus démunis. Selon les calculs de la coalition US Climate Fair share qui regroupe 175 associations écologistes, les États-Unis devraient ainsi réduire leurs émissions de 195% d’ici 2030 par rapport à 2005 si l’on prenait en compte leur responsabilité historique. Leur engagement actuel table sur une baisse de -50% à -52% à ces mêmes horizons. “Nous n’appelions pas à des émissions négatives ou autre chose de ce genre. Nous demandons un financement international pour aider à réduire les émissions ailleurs“, explique Brandon Wu d’ActionAid USA, à l’AFP.

Et si l’on prenait en compte la responsabilité historique?

Le concept, qui monte en puissance est simple. Il s’agit de prendre en compte les émissions de gaz à effet de serre cumulés des pays dans la durée et la capacité d’un pays, notamment sa richesse, à aider les autres à réduire leurs propres émissions. La façon dont la réduction des émissions de gaz à effet de serre est répartie est “une question politique et éthique. En tant que citoyen engagé, et pas uniquement comme scientifique, je pense que les pays comme les États-Unis, avec un héritage de deux siècles de pollution au CO2, ont un devoir spécial et doivent prendre la tête” du mouvement, complète le climatologue américain Michael Mann.

La coalition US Climate Fair share a ainsi calculé que les États-Unis devraient dépenser au moins 800 milliards de dollars sur la décennie pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Un tel investissement américain “aurait un réel impact et enverrait un signal à l’international“, juge Brandon Wu, qui signale que le budget annuel américain est de 750 milliards de dollars pour l’année fiscale prochaine.

Les États-Unis contre la Chine et des responsabilités différentes

La Chine est aujourd’hui le plus grand émetteur mondial. Un rapport du cabinet indépendant Rhodium Group indique que la Chine émet à elle seule davantage de gaz à effet de serre que l’ensemble des pays développés. En 2019, le pays a rejeté dans l’atmosphère 52 gigatonnes d’équivalent CO2, soit 11,4% de plus qu’une décennie plus tôt. Ainsi, la Chine représente 27% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, contre 11% pour les États-Unis et 6,4% pour l’Union européenne.

Pourtant, les États-Unis sont de loin le plus gros émetteur dans le temps, avec 28% des émissions depuis 1850. La Russie représente 8%, l’Allemagne 7% et la Grande-Bretagne 6%, selon le World Resources Institute. Même si ces pays arrêtaient de polluer du jour au lendemain, les émissions émises par le passé sont toujours dans l’atmosphère et influent sur le climat actuel.

Dans le cadre de l’Accord de Paris, les États se sont engagés à limiter le réchauffement climatique bien en-dessous de 2°C comparé aux niveaux pré-industriels, voire à 1,5°C. Dans ce cadre, chaque pays reste libre de fournir des contributions déterminées au niveau national (NDC) pour indiquer la trajectoire retenue. Ce qui en revanche n’a pas été fixé à Paris est “comment les engagements individuels sont comparés les uns aux autres“, explique Brandon Wu. “Il est important que ces engagements cumulés conduisent à l’objectif de 1,5°C, mais aussi qu’ils soient justes les uns par rapport aux autres“, poursuit-il.

Matthieu Combe avec AFP

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