Les Français consomment de plus en plus de produits bio. La grande distribution en profite pour gonfler ses marges, selon l’UFC-Que Choisir. Et pas qu’un peu : +96%! Ainsi, en fin d’année, un panier témoin passe de 368 euros en conventionnel à 660 euros en bio. Lumière!

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Les Magasins U remportent la palme de l’enseigne pour laquelle l’offre bio en tomates et en pommes est la moins étoffée. PHOTO//Reynier Agenceur

L’intérêt de l’agriculture biologique est clairement démontré pour les sols, la qualité de l’air, la biodiversité, les agriculteurs et la santé. Mais la grande distribution a décidé d’en profiter également. Loin d’elle l’idée de réellement démocratiser la bio, de proposer une offre diversifiée et accessible. Ainsi, contrairement à ce qu’elle promet dans ses campagnes de communication, elle gonfle artificiellement ses prix.

Le bio coûte beaucoup plus cher en magasin !

Quelles sont les marges pratiquées? L’UFC-Que Choisir a mené l’enquête. Pour cela, l’association a suivi les prix à l’expédition et en rayon pour un panier contenant 24 fruits et légumes. Les résultats de l’étude sont sans appel : le panier de produits conventionnels revient en moyenne pour un ménage français moyen (2,3 personnes) à 368 € sur une année, contre 660 € pour le panier bio. La panier bio revient à 292 € de plus soit une surenchère de 79 %.

Dans le détail, tous les produits bio sont significativement plus chers, 98 % en moyenne, que les productions conventionnelles. La pêche bio détient le record, avec un prix 151 % plus élevé.

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Les prix de vente sont largement supérieurs en bio. PHOTO//UFC-Que Choisir

Des marges brutes deux fois plus élevées en bio

Certes, l’UFC-Qe Choisir rappelle qu’il existe des surcoûts en bio : main-d’oeuvre, rendement inférieur, contrôles et certification, intrants… Mais le surcoût agricole est estimé à seulement 142 euros pour ce panier. Il y a surtout une différence de marge de distribution de 135 euros. « Les niveaux de marges brutes de la grande distribution sont en moyenne deux fois plus élevées (+ 96 %) sur les produits bio que sur les produits conventionnels« , note l’association. « Autrement dit, seulement la moitié du surcoût du bio payé par le consommateur va à la production, le reste étant capté par la distribution en sur-marges », s’indigne-t-elle.

« Mis à part le chou-fleur pour lequel la marge brute [différence entre le prix de vente et le prix d’achat ] de la distribution est inférieure en bio à celle réalisée en conventionnel, pour tous les autres produits les marges sont beaucoup plus élevées en bio, avec un maximum de +191 % relevé pour le poireau« , dénonce UFC-Que Choisir dans son rapport. En particulier, notons que la tomate et la pomme sont les produits frais les plus consommés… Et sur ces deux produits, les marges brutes sont respectivement de +145 % et +163 %. En absence de raison claire, « cette différence de tarification pourrait être due à une politique de marge opportuniste sur un marché de niche« , estime l’association.

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Des marges supplémentaires mais pas de produits?

En complément, les bénévoles de l’UFC-Que Choisir se sont rendus dans 1.541 magasins pour vérifier la disponibilité des deux produits phares : les tomates et les pommes. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils sont souvent aux abonnés absents. 23 % des magasins ne commercialisent aucun de ces deux produits en version bio. Et 43 % ne ventdent que des pommes ou des tomates bio. Magasin U est le plus mauvais élève, suivi par Intermarché et Monoprix.

Pour les magasins qui commercialisent bien ces fruits, la situation n’est pas non plus rose. Seulement deux variétés sont proposées en moyenne en bio, contre 8 en conventionnel. Concernant les tomates, les casiers ne sont pas toujours approvisionnés : dans près d’un cas sur quatre les casiers étaient vides ou aux trois quarts vides.

Diminuer les marges pour augmenter la consommation?

Dans ces circonstances, UFC-Que choisir demande à l’Observatoire de la formation des prix et des marges de publier le niveau de marge nette réalisé pour chaque enseigne. Dans un premier temps, l’association estime que diminuer de moitié l’écart de marge brute entre produits bio et conventionnels permettrait de baisser le prix du panier bio de 67 € pour une consommation annuelle.

Sachant que la part du bio en GMS représente de l’ordre de 2,8 % des ventes de fruits et légumes, un doublement des ventes en bio compenserait pour la grande distribution sa baisse de marge en bio et la baisse des ventes en conventionnel. Le panier bio ne serait plus que 61 % plus cher que son équivalent en produits conventionnels. Contre 79 % actuellement. Un premier pas au bénéfice des consommateurs et des producteurs bio.

Selon le Baromètre Agence BIO / CSA de janvier 2017, 77 % des consommateurs considèrent que le prix élevé du bio constitue le frein le plus important à l’achat. Et 73 % des consommateurs demandent une offre élargie en grandes et moyennes surfaces. Au final, 8 consommateurs bio sur 10 s’approvisionnent en partie en grandes et moyennes surfaces.

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Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

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