La Société Française d’Energie Nucléaire (SFEN) publie son premier livre blanc pour les candidats à l’élection présidentielle. Entre relance des projets nucléaire grâce aux réseaux de chaleur et au power-to-gas, et nouveaux mécanismes de soutien, les propositions sont nombreuses. Dans le but d’essayer de redonner de l’avenir au nucléaire en France et en Europe.

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Comment assurer l’avenir du nucléaire? Le livre blanc de la SFEN dresse plusieur propositions. PHOTO//Luctheo sur Pixabay

Le Syndicat des énergies renouvelables a communiqué son livre blanc à l’intention des candidats à l’élection Présidentielle en janvier. C’est au tour de la Société Française d’Energie Nucléaire (SFEN) de présenter le sien.

Sortir de la crise pour assurer l’avenir du nucléaire

Et il y a matière à travailler, car l’actualité du nucléaire n’est pas rose. Il y a les retards et surcoûts à l’EPR de Flamanville. Un rapport parlementaire vient de dénoncer la sous-estimation du coût du démantèlement par EDF qui n’est pas assez provisionné. Par ailleurs, il va falloir décider d’ici 2 ans du prolongement ou non des plus anciennes centrales. Au milieu de tout ça, les anomalies détectées à l’usine du Creusot interrogent sur la sécurité des réacteurs actuels. Et l’opposition grandit contre le projet Cigéo, retenu pour stocker pendant 1 million d’année les déchets radioactifs les plus dangereux.

Le livre blanc de la SFEN appelle les candidats à faire preuve d’ambition pour la filière française. Elle souligne « la nécessité de donner une nouvelle ambition à la filière nucléaire française ». Une ambition qui ne peut pas être « la limitation de sa part dans le mix électrique ou de fermeture de réacteurs ». Tourné vers l’avenir, elle veut que la France continue à être leader du nucléaire et soit le pays « où s’invente le nucléaire du futur ». Pour ne pas laisser cette place aux Etats-Unis et à la Chine. L’organisme demande ainsi à ce que la France relance la politique nucléaire à l’échelle européenne. Il suggère le lancement d’une mission « French Tech Nucléaire » qui aura pour vocation d’être un accélérateur d’innovation.

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Prolonger les centrales et nouveaux débouchés

Pour relancer la machine nucléaire, la SFEN propose un « choc de simplification » pour une chaîne de contrôle de l’Autorité de Sûreté Nucléaire plus efficace. Il s’agirait de simplifier les complexités administratives. En vue d’ « associer renforcement continu du niveau de sûreté, amélioration de la compétitivité et innovation ».

L’organisme n’accepte pas la réduction de la part du nucléaire dans la production d’électricité de 75% à 50% en 2025. Celle-ci est  prévue par la loi de transition énergétique pour la croissance verte. Il veut « piloter efficacement le mix énergétique bas carbone » et « relier les coûts d’une action avec les économies d’émissions de CO2 qu’elle engendre ». Car « substituer par principe les énergies renouvelables au nucléaire ne répond ni aux objectifs de réduction des émissions de CO2 , ni aux objectifs de compétitivité ». La fermeture de Fessenheim doit être stoppée et le renouvellement du parc anticipé d’ici 2030 pour « consolider le socle nucléaire » et assurer « l’option bas carbone la plus compétitive ». A savoir Car la rénovation du parc nucléaire au-delà de 40 ans.

Mais surtout, le nucléaire devrait aussi être valorisé dans les nouvelles applications, aujourd’hui réservées aux énergies renouvelables. C’est notamment le cas de l’alimentation des réseaux de chaleur ou les applications de « power-to-gas » pour produire de l’hydrogène ou du méthane . Des réacteurs pourraient être intégralement dédiés à ces nouveaux usages.

Le nucléaire pour l’habitat et les transports

L’organisme propose une nouvelle ambition pour faire de l’énergie bas carbone le pilier de notre transition énergétique. Celle-ci serait basée sur une nouvelle vague de substitution des énergies fossiles par de l’électricité bas carbone pour le transport et l’habitat. « Nous disposons d’une électricité décarbonée qu’il est possible d’utiliser pour décarboner d’autres secteurs comme les transports et l’habitat où se concentrent l’essentiel de la consommation d’énergies fossiles », prévient l’association de professionnels. Elle suggère ainsi de fixer un objectif de 45 % de véhicules électriques et hybrides rechargeables à l’horizon 2050. Le livre blanc voit l’installation de 7 millions de points de recharges d’ici 2030 pour accompagner cette transition. Tout en maintenant les aides publiques pour l’achat d’un véhicule électrique jusqu’à ce que la technologie devienne compétitive.

Pour favoriser l’électricité dans la future réglementation thermique 2018, la SFEN incite à inscrire la réduction des émissions de CO2 comme « objectif prioritaire », avec un plafonnement par m² et par an . Car la RT 2012 aurait eu un effet pervers. « La part des énergies fossiles (gaz naturel, GPL, fioul) n’a cessé de croître sur l’ensemble de la construction neuve passant de 25 % à 61 % entre 2008 et 2014 », assure l’organisme.

Rémunérer le nucléaire comme les renouvelables

Le livre blanc de la SFEN souligne l’intérêt de toutes les énergies bas carbone pour limiter le réchauffement climatique. Il estime donc que les systèmes de rémunération doivent être communs entre le nucléaire et les renouvelables. L’idée : mettre en place des contrats similaires à celui proposé par les britanniques pour l’achat de l’électricité à Hinkley Point. Ces contrats garantiraient un prix de vente, sous la forme d’une prime versée entre le prix du marché de gros et le prix garanti. Ce nouveau mode de rémunération aurait pour but de faciliter le financement de l’investissement.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

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