La construction des éoliennes demande beaucoup d’acier. La société allemande TimberTower GmbH a réalisé un prototype de mât en bois d’une hauteur de 100 m en 2012. Les commandes commencent, le constructeur Innovent est intéressé pour 2 parcs éoliens en France.

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Intérieur de la tour en bois de l’éolienne située à Hannovre. PHOTO//Natura-sciences.com

La tour TimberTower 100, du haut de son mât de 100 mètres en bois est impressionnante. Située à Marienwender, près d’Hannovre, sa construction aura nécessité 470 m3 de bois, soit environ 750 arbres. « La tour est construite avec 54 panneaux en épicéa lamellé-collé de 8 couches de 15 m de longueur, environ, 2,72 m de largeur et 30 cm d’épaisseur », explique Tobias Natt, juriste de la société TimberTower GmbH. Les plaques sont collées entre elles, grâce à une colle spéciale qui est utilisée dans le secteur du bois.

Cette structure de 192 tonnes supporte à son sommet le poids d’une nacelle d’environ 100 tonnes comprenant la génératrice de 1,5 MW de puissance et le rotor de 77 mètres de diamètre. Elle fournit chaque année de l’électricité pour environ 1 000 foyers. L’éolienne comprend une nacelle connectée au haut du mât grâce à un adaptateur traditionnel en acier. L’ensemble du mât est recouvert de bâches en PVC pour protéger la tour des aléas météorologiques.

Le recours au bois engendre un moindre coût de construction, une logistique plus simple et un moindre impact environnemental. Les plaques en bois peuvent être transportées sur route sans autorisation particulière. Pour l’ensemble des plaques, il faut néanmoins près de 10 camions. De surcroit, « nous estimons que notre tour en bois sera environ 5-10 % moins chère, peut-être davantage », prévient Tobias Natt.

L’entreprise planche également sur le développement de fondations en bois, plutôt qu’en béton. Dans ce cas, la fondation et la tour constituent une seule et même unité. La fondation en forme de cône aurait un diamètre de 21 m.

Une tour hybride en préparation

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Vue extérieure de l’éolienne en bois située à Hannovre. PHOTO//Natura-sciences.com

5 nouvelles éoliennes de 2,5 MW vont être construites en Bavière en 2015 avec des tours hybrides de 138 mètres. « Il y aura 80 m en bois, puis 58 m d’acier », précise Tobias Natt. Ce mât supporte un total de 167,5 tonnes pour la nacelle, le générateur, les pales et l’adaptateur. Le diamètre de cette tour étant plus important, cette éolienne hybride nécessite 792 m3 de bois, soit environ 1 485 arbres. Le montage de chaque tour devrait prendre environ 3 semaines.

Le système hybride traditionnel béton/acier est bien connu en Allemagne pour les tours les plus hautes. Avec cette tour hybride, TimberTower veut se positionner également sur ce marché. En France, l’entreprise Innovent est intéressée par cette technologie pour deux projets en 2016. Elle a déjà demandé la modification des deux permis de construire.

Ces éoliennes ne nécessitent-elles pas trop de bois ?

Pour le parc de Bavière, le bois proviendra d’Allemagne et d’Autriche et les planches seront produites en Autriche. Le bois sera certifié PEFC. Pour les constructions avec InnoVent, le bois pourrait être français, mais le choix n’est pas encore défini.

La consommation annuelle de bois issue de la forêt française est actuellement d’environ 65 millions de m3. Cela concerne l’ensemble des usages : bois d’œuvre, bois d’industrie (pâte et panneaux) et bois énergie.  En même temps, l’accroissement annuel de la forêt est d’un peu plus de 100 millions de m3. On prélève donc environ 60 % de ce qui pousse chaque année actuellement, ce qui laisse une marge de progression.

En 2020, les objectifs du Grenelle de l’environnement sont d’avoir une puissance installée de 19 000 MW d’éolien terrestre (dont déjà 9 100 MW d’installés fin 2014). Si à partir de maintenant, on installait que des tour hybrides de 2,5 MW, il faudrait donc 3 960 éoliennes pour atteindre ces objectifs. Cela nécessiterait 3,1 millions de m3 de bois. Si cette quantité de bois est loin d’être négligeable, l’étendue de la forêt française le permet. Si ce type d’éolienne se développe, il s’agira donc d’un vrai nouveau débouché pour la filière bois française, sans qu’elle ne déforeste nécessairement notre territoire.

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Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


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