La Commission européenne présente sa stratégie “De la ferme à la table”. Elle prône  la baisse de l’usage des pesticides, des fertilisants et le développement du bio. Pour y parvenir, elle incite au développement de l’agriculture de précision et des outils numériques. Au grand dam de Générations Futures et des Amis de la Terre. Deux camps s’opposent.

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Favoriser le retour à l’agroécologie paysanne ou développer l’agriculture numérique et robotique? Deux camps s’opposent. PHOTO//CC0 Domaine public

L’agriculture de demain sera-t-elle paysanne ou numérique ? D’un côté les dirigeants européens, la PAC et la nouvelle stratégie européenne « De la ferme à la table » veulent accompagner la transformation du modèle agricole vers une agriculture 4.0. Une agriculture qui met en avant l’innovation numérique et la robotique. C’est le développement des capteurs intelligents, de l’analyse des données en temps réel pour optimiser les intrants, au plus proche des besoins du sol et des plantes. Cette agriculture de précision utilise des drones pour analyser, des robots pour désherber, pulvériser les produits phytosanitaires, transporter du matériel ou des récoltes. De l’autre côté, Générations Futures et les Amis de la Terre prônent la fin des pesticides chimiques de synthèse. Et le retour à des productions locales à taille humaine.

Une nouvelle stratégie européenne à double entrée

La nouvelle stratégie de la Commission européenne vise une réduction de 50% de l’usage des pesticides et des risques associés en Europe d’ici 2030. Elle souhaite atteindre à cet horizon 25% de surfaces agricoles conduites en agriculture biologique. La Commission propose en plus une réduction d’au moins 20% de l’utilisation de fertilisants.

Pour parvenir à réduire l’utilisation des pesticides et des fertilisants, l’Union européenne mise sur l’agriculture de précision et ses technologies numériques. La FNSEA défend de longue date la transition numérique du monde agricole. Elle demande des « investissements innovants, en particulier dans le numérique« . “Ne nous trompons pas de chemin et prenons la voie de la croissance durable et faisons confiance à l’innovation« , avance-t-elle dans un communiqué.

Le budget de la PAC proposé par la Commission européenne le 28 mai 2020 s’élève à 391 milliards d’euros pour 2021-2027. C’est 8 milliards d’euros de plus que sur la période 2014-2020. Une hausse insuffisante pour le syndicat agricole face à l’ambition de souveraineté alimentaire et les besoins en recherche en innovation. « Donnons aux agriculteurs les moyens de répondre aux enjeux de l’alimentation et de la transition », titre la FNSEA.

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Défendre l’agroécologie paysanne contre le numérique

À l’opposé de cette agriculture de précision, les ONG prônent une agriculture paysanne, sans pesticides. L’association Générations Futures estime par exemple que la réduction de 50% doit être « une première étape ». Son directeur François Veillerette appelle à  « une élimination progressive des pesticides d’ici 2035″.

Les Amis de la Terre mettent en garde contre les dangers sociaux et environnementaux qu’il y a à laisser le développement de l’agriculture aux mains des géants du numérique. « Cette conception est en réalité réductionniste et ne vise qu’à traiter les symptômes au cm2 en transformant les agriculteurs en de simples exécutants d’algorithmes alors qu’une approche agronomique globale est indispensable », dénonce l’ONG. « L’agriculture 4.0 ne nous affranchit pas du recours aux intrants chimiques qui contribuent fortement à la crise climatique et à de multiples pollutions mais surtout, on ignore volontairement l’empreinte environnementale de ces nouveaux équipements, dont le coût exorbitant va accroître l’endettement et donc la disparition des paysans et paysannes : il s’agit d’un non-sens social et environnemental », alerte Anne-Laure Sablé, chargée de campagne Agriculture aux Amis de la Terre.

L’ONG met en garde contre le contrôle des données. En ajoutant les géants du numérique aux géants de l’agrochimie, Les Amis de la Terre craignent que l’agriculture de précision aille à contre-courant des objectifs poursuivis par la stratégie “De la ferme à la table”. Loin d’augmenter la souveraineté alimentaire indispensable pour surmonter les crises, elle entraînerait une dépendance grandissante de notre alimentation aux multinationales. L’association appelle les instances européennes et le gouvernement français au “soutien de l’agroécologie paysanne, pour notamment s’affranchir des intrants chimiques”.

Auteur : Matthieu Combe, journaliste du magazine Natura Sciences


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