Le transport maritime achemine plus de 90 % des marchandises dans le monde. Cela représente plus de 10 milliards de tonnes de chargement par an. Les compagnies maritimes doivent réduire l’impact environnemental causé par leurs navires de commerce. Et certaines réfléchissent à des alternatives plus écologiques. C’est ainsi que l’on voit renaître le cargo-voile pour le transport de marchandises.

cargo voile
Et si le cargo-voile se développait? Vue conceptuelle du projet nantais Neoline. PHOTO//MAURIC

Et si le vent, cette énergie propre, inépuisable et gratuite, était finalement le meilleur allié de l’industrie maritime ? Des cerfs-volants (kites) ont déjà investi certains pétroliers, pour des économies de fioul, grâce à un système de traction. Ou encore la navigation en goélette, en Bretagne, pour l’approvisionnement des vins. Depuis la disparition du commerce à la voile, de nombreuses innovations ont émergé, notamment dans le domaine de la course au large avec des bateaux devenus très performants. Toutes ces technologies ont relancé le voilier et lui permettent d’être réhabilité, petit à petit, au sein du commerce maritime. C’est ainsi que des projets encore plus ambitieux voient le jour, comme le cargo-voile, grâce à des sociétés innovantes, et elles sont françaises.

Le Cargo-Voile, le navire du futur

La société bretonne TOWT se spécialise dans le transport de marchandises à la voile. Elle propose la vente de café, cacao, rhum ou thé issus du Commerce Équitable et provenant des Antilles. Ces produits sont embarqués dans des goélettes et importés en France, le tout labellisé “Anemos”, certification d’un transport à la voile. Actuellement, les solutions proposées ont du mal à rivaliser avec les cargos conventionnels. Mais la technologie évolue et les navires de demain seront tout aussi fiables. TWOT et Neoline, une société nantaise, travaillent actuellement sur la construction de voiliers-cargos. Adaptés au transport de marchandise, ils profiteront principalement aux secteurs des navires rouliers et porte-conteneurs. Le vent (propulsion vélique) ou un système éolien propulsera ces bateaux. Une autre entreprise française, Zéphyr et Borée, s’est lancée, quant à elle, dans la conception d’un cargo hybride (voile rigide/moteur diesel-GNL). Il acheminera, d’ailleurs, le lanceur Ariane 6 en Guyane.

La voile et l’éolien représentent des avantages écologiques ainsi qu’économiques. Ils diminuent les rejets toxiques, en limitant les risques de pollution marine. En parallèle, ils permettent l’émergence d’un nouveau secteur industriel naval, avec une baisse du taux de fret et la disparition de la surcharge fuel (BAF : Bunker Adjustment Factor). Avec une vitesse commerciale plus faible (11 nœuds au lieu de 15), ils permettent une économie de carburant.

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La pollution des navires de commerce

Aujourd’hui, le transport maritime, c’est 45% de la consommation mondiale de fioul lourd et 5% de la consommation mondiale de gasoil. Le secteur est aussi le principal émetteur d’oxydes de soufre (Sox). Bien que les bateaux n’émettent que 3 % du CO2 d’origine humaine, ils utilisent un résidu visqueux de pétrole, un combustible sale et lourd, qui en fait l’un des carburants les plus toxiques. En absence de politique de transition énergétique dédiée, les rejets pourraient passer à 17 % des émissions mondiales de CO2 d’ici 2050. L’émission d’oxyde d’azote (Nox) est aussi préoccupante et les conséquences de ces deux polluants seraient désastreuses, pour le réchauffement climatique, mais aussi sur la santé de la population habitant dans les ports.

Réduire drastiquement la pollution des navires, c’est le souhait de l’Organisation Maritime Internationale (OMI) qui a imposé de nouvelles normes. Depuis le 1er janvier 2020, la nouvelle réglementation cherche à réduire significativement les émissions de SOx les transporteurs sont dans l’obligation de se diriger vers des carburants ayant une teneur en soufre de 0,5% contre 3,5% actuellement. Ils peuvent avoir recours à du fioul lourd «peu soufré», du fioul plus léger comme le gasoil marin ou des carburants alternatifs comme le gaz naturel liquéfié. Mais préparer l’après-pétrole, tel est le défi auquel doit faire face tous les acteurs de l’industrie maritime.

Dans ce cadre, le transport à la voile a une opportunité à prendre. Loin d’être utopiques, ces voiliers géants sont sur le point de prendre le large. La mise à l’eau du premier cargo-voile devrait avoir lieu en 2021.

Auteur : Audrey Marie, contribution bénévole


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