L’association PETA et l’entreprise française ECOPEL viennent de dévoiler leur nouvelle création : des bonnets en fausse fourrure pour la garde de la reine d’Angleterre. Aujourd’hui encore, ces coiffes sont faites en peaux d’ours bruns du Canada.

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Les coiffes de la garde de la reine d’Angleterre sont encore en fourrure d’ours noir. // PHOTO : Jane Rix / Shutterstock

Debout toute la journée, imperturbables qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige, les gardes de la reine d’Angleterre sont de véritables symboles du pays. Leur tenue participe grandement à cette identification. Vêtus de leur uniforme rouge, ils portent toujours leur haute coiffe noir en véritable fourrure d’ours brun. Un couvre-chef aujourd’hui critiqué. « C’est quand même quelque chose de très iconique au Royaume-Unis. La plupart des touristes qui viennent, qui se prennent en photo avec ces gardes, sont peut-être contre l’utilisation de la fourrure en général, mais ne se rendent pas compte qu’il faut un ours noir tué pour chaque coiffe », souligne Anissa Putois, porte-parole de l’association de protection animale PETA France.

La fourrure d’un mammifère entier est nécessaire à la fabrication d’un seul de ces bonnets. Selon Anissa Putois, « ce ne sont pas du tout des animaux qui meurent de mort naturelle malheureusement ». « Ce sont des ours noirs du Canada qui sont chassés, spécifiquement dans ce but. En plus, il n’existe aucune restriction sur l’abattage de ces animaux, ou sur les saisons de chasse. Donc ça peut très bien être des mères ours qui allaitent encore. Ce qui fait que ses oursons mourront de faim ensuite », dénonce-t-elle. Pour pallier cela, PETA s’est associée à l’entreprise française ECOPEL, spécialisée dans la fausse fourrure de luxe. De cette collaboration est née la première fausse peau d’ours, impossible à distinguer de la véritable fourrure utilisée pour les bonnets de la garde de la reine d’Angleterre.

coiffe de la garde fausse fourrure
Peta et ECOPEL présentent la première coiffe de garde en fausse fourrure. // PHOTO : DR

Se rapprocher du naturel

Les fourrures des coiffes ne sont pas toutes similaires. Les soldats ont des bonnets en peaux d’ours mâles avec des poils plus durs. Les officiers ont des couvres chefs plus doux en fourrure d’ourse. Reproduire ces différentes textures de peaux de bêtes est un véritable défi. « C’est une campagne de très longue haleine. Ça fait plus d’une décennie déjà que PETA Royaume-Uni réfléchit à ce problème. Il y a des exigences de la part du ministère de la Défense, par exemple au niveau des poils, qui doivent être d’une certaine longueur. Mais aussi pour la couleur et pour les reflets, qui doivent ressembler exactement à ceux de la véritable fourrure. L’imperméabilité est aussi quelque chose de très important, pour que les coiffes ne deviennent pas trop lourdes s’il pleut », précise Anissa Putois.

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En 1997 déjà, l’armée britannique avait tenté de fabriquer des couvres-chefs en fibres synthétiques. Les premiers prototypes se sont révélés être des échecs. Trop chauds en été, et pas tout à fait imperméables en temps de pluie, cette matière attirait aussi l’électricité statique. Pour relever ce défi, ECOPEL a cette fois-ci livré bénévolement son expertise dans le domaine de la fausse fourrure. L’entreprise a aussi dû faire construire des machines sur mesure pour fabriquer cette nouvelle texture. « Il s’agit d’une matière synthétique, souvent à base de plastiques recyclés », précise la porte-parole de l’association.

Un laboratoire accrédité par le ministère de la Défense a également mené des tests. Résultat : cette fois-ci la matière d’ECOPEL est 100% imperméable. « Puisque ce sont les tests internes du ministère de la Défense qui ont validé la matière, il n’y a aucune excuse de leur côté pour ne pas passer à cette fausse fourrure », estime Anissa Putois.

Une hypocrisie, mais quelques espoirs

Pour l’instant, chaque année, une cinquantaine de bonnets sont fabriqués avec une cinquantaine de peaux d’ours. Depuis le début du 19ème siècle, les fourrures sont récupérées sur des bêtes vivant au Canada, pays dont la reine Elizabeth II est la cheffe d’État. « On peut s’imaginer qu’il y a une raison diplomatique pour que le Royaume-Uni traîne des pieds sur ce sujet, au vu des relations à entretenir au sain du Commonwealth, et de la symbolique derrière », suppose Anissa Putois.

Ces fourrures sont teintes en noir outre-Atlantique, puis expédiées à Londres pour la confection des coiffes. « La production de fourrure est interdite au Royaume-Uni depuis 21 ans. Cette pratique est tellement cruelle qu’on ne peut pas la faire dans le pays, mais on peut tout de même importer et l’utiliser pour la coiffe des gardes. C’est donc une hypocrisie, et un non-sens total », dénonce la porte-parole.

Quelques bons signaux et des économies

Si de nombreuses célébrités ont demandé au ministère de la Défense britannique de remplacer les bonnets en peau d’ours par de la fausse fourrure, le Premier ministre Boris Johnson a également soutenu l’initiative. Il a affirmé que des coiffes en fourrure synthétique devraient être utilisées s’ils pouvaient « contribuer à sauver quelques ours ».

Ainsi, Peta lance une campagne à destination du Premier ministre britannique Boris Johnson. Elle l’appelle à faire en sorte que le ministère de la Défense britannique cesse d’utiliser de la vraie fourrure d’ours et fasse fabriquer les coiffes à partir de fausse fourrure, développée et fournie par ECOPEL. « On a bon espoir pour que cette campagne porte ses fruits. Il y a plein de signaux positifs. Boris Johnson s’est exprimé positivement sur ce sujet. On espère qu’il pourra ensuite faire pression sur le ministère de la Défense. La reine d’Angleterre s’est aussi engagée, en 2019, à ne plus utiliser de fourrures animales pour ses tenues de cérémonie. C’est très fort, et il faudrait que les gardes aillent dans le même sens. Il faut qu’ils s’adaptent à l’air du temps. Qu’ils gardent ces coiffes traditionnelles, en les faisant évoluer, pour répondre aux attentes d’aujourd’hui », espère Anissa Putois.

Ces couvres-chefs symboliques ont également un coût pour les britanniques. « Chaque coiffe coûte 1.315 livres, soit à peu près 1500 euros à produire. En seulement sept ans, plus d’un million de livres sterling de l’argent des contribuables britanniques ont été dépensés pour produire et acheter ces bonnets en peau d’ours. C’est un coût sur lequel communique PETA Royaume-Uni. Cela peut pousser à faire réfléchir les gens qui ne devaient pas se rendre compte que leur argent finançait ce type de cruauté », espère la porte-parole de l’association. Avec son innovation, ECOPEL a proposé de fournir gratuitement le ministère en fausses fourrures d’ours jusqu’en 2030.

Une première mobilisation symbolique

Partout dans le monde, des voix s’élèvent contre l’utilisation de fourrure. « Je pense qu’avec la pression du grand public, du Premier ministre, et peut-être en interne dans le ministère, il y a bon espoir. En cette période, dans laquelle beaucoup de créateurs s’engagent publiquement contre la fourrure, on a l’impression que là ça va vraiment porter ses fruits », souligne la membre de PETA.

Ce 23 novembre, une action se tiendra à Londres. Anissa Putois précise que « 21 hommes et femmes se tiendront dévêtus du bas, avec un drapeau anglais sur le derrière. Il tiendront une pancarte sur laquelle sera inscrite le jeu de mot en anglais ‘bare skin, not bear skin’. En français cela veut dire à poil, mais pas de peau d’ours. Il seront 21 car cela fait 21 ans que la production de fourrure est interdite dans le pays ».

Ouns Hamdi

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