Depuis 1970, la route du littoral permet aux véhicules réunionnais de circuler au nord-est de l’île entre le chef-lieu Saint-Denis et La Possession. Une nouvelle route va bientôt remplacer l’ouvrage soumis aux chutes de pierres et menacé par le réchauffement climatique. Mais le chantier nécessite l’ouverture de nouvelles carrières sur l’île, non sans opposition.

À La Réunion, tout le monde ou presque a une voiture. La route du littoral est l’axe le plus important de l’île : elle accueille 60 000 véhicules par jour. Mais cet axe est dangereux. On dénombre des chutes de pierres fréquentes due à l’érosion de la falaise qui surplombe la route. Les filets sur la falaise et les murs le long de la route ne suffisent pas à protéger les usagers.

La houle et la montée des eaux menace la stabilité de la route actuelle. Les différentes mesures de protection ne suffisent plus. La circulation est réduite ou totalement fermée jusqu’à 40 jours par an. En cause : des éboulements ou des inondations dues aux cyclones. La nouvelle route du littoral se situera en mer, plus éloignée de la falaise. Elle est dimensionnée pour résister à des houles cycloniques centennales. Il s’agit d’une 2×2 voies, avec une voie supplémentaire réservée aux transports en commun et une piste cyclable.

Des pierres réunionnaises et une nouvelle carrière

L’ouvrage retenu est une combinaison de digue et de viaduc en mer. Il s’agit d’un chantier titanesque. D’une longueur totale de 12,7 km, il présente 5,4 km de viaduc, le reste se dressant sur digue. La chaussée se situe 30 mètres au-dessus du niveau de la mer à son point le plus haut. Cette hauteur permettra de résister à la montée des eaux due au réchauffement climatique. « La digue a été construite grâce à la valorisation des andains agricoles, des tas de pierres historiques trouvés dans les champs, assure Olivier Tricoire, directeur d’opérations du chantier pour la région Réunion. Cela a permis de libérer une centaine d’hectares d’espace agricole utile ».

L’ensemble des digues déjà construites a nécessité 20 millions de tonnes de pierres. Environ la moitié pour l’enrochement, l’autre moitié pour le remblais L’import de pierres a été marginal, à hauteur de 50 000 tonnes, en provenance de Madagascar. La construction de la partie viaduc s’achève bientôt. Il reste toutefois encore 2,4 km de route à construire sur digue, un chantier bloqué par manque de pierres disponibles. Pour répondre à la demande, le Préfet de La Réunion a autorisé fin 2018 l’exploitation d’une carrière de roches massives au lieu-dit Ravine du trou – Bois blanc sur le territoire de la commune de Saint-Leu. Le collectif réunionnais « Touch pa nout Roche » monte au créneau pour dénoncer l’exploitation de carrières à proximité immédiate d’habitations, écoles et crèches.

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Démarche « éviter, réduire, compenser »

Le chantier veut pourtant se présenter comme exemplaire. « Sur un investissement initial de 1,66 milliard d’euros, nous avons réalisé des mesures d’évitement, de réduction, de suivi et de compensation à hauteur de 80 millions d’euros, soit 5 % du coût total du projet », prévient Olivier Tricoire.

La Région Réunion fait valoir « 150 mesures bleues et vertes pour l’environnement » afin de compenser l’impact environnemental du chantier. Ces mesures visent à préserver l’environnement sur le chantier. En particulier les mammifères marins tels que les grands dauphins et les baleines à bosse et les oiseaux marins. La priorité reste de protéger la qualité de l’eau, préserver les espèces endémiques végétales et lutter contre les espèces exotiques envahissantes. Le projet vise aussi la restauration de 5 hectares de plages de ponte potentielle des tortues marines.

Auteur : Matthieu Combe, vidéo Chaymaa Deb, journalistes du webzine Natura-sciences.com


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