La consommation de viande est de plus en plus remise en cause dans le monde occidental, alors qu’elle explose dans les pays émergents. Comment nourrir le monde en protéines?  Une tribune de Jean-François Hocquette, directeur de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE).

nourrir monde proteines
Nourrir le monde en protéines est un défi à notre portée. Il faut en particulier développer les protéines végétales et les produits alternatifs. PHOTO//DR

Les organismes de recherche publics cherchent à répondre au mieux aux attentes sociétales en accord avec la politique des États. Ils examinent les solutions possibles pour résoudre un problème donné. Nous sommes tous d’accord sur le problème : la population humaine augmente et il faut savoir comment la nourrir en protéines. Il faut en même temps avoir une production durable, mieux respecter l’environnement et protéger les ressources. Et d’un point de vue moral, les citoyens se posent des questions sur l’éthique, l’élevage et l’abattage des animaux pour respecter au mieux le bien-être animal. Mais parmi les solutions disponibles, quelles sont les meilleures ?

Réduire le gaspillage alimentaire et rééquilibrer les protéines

La solution la plus simple serait de réduire le gaspillage alimentaire qui représente environ un tiers de notre production de denrées alimentaires. Si on le réduit de moitié, des travaux montrent que cela est très efficace pour alimenter de façon satisfaisante toute la population humaine tout en réduisant l’impact carbone de notre alimentation. Il n’y a pas besoin de recherche pour cela, il suffit de faire évoluer les habitudes de consommation.

L’autre piste est de rééquilibrer les protéines que l’on consomme. Dans des pays africains, des travaux de INRAE montrent que l’on ne mange pas assez de protéines animales. Au contraire, en Europe et aux États-Unis, on a tendance à en manger trop. L’idéal serait d’avoir 50% de protéines animales, 50% de végétales. Mais nous mangeons plutôt autour de 60 à 70% de protéines animales dans le monde occidental. Là encore, nous n’avons pas besoin de recherche, il suffit d’améliorer les recommandations alimentaires et aller vers une consommation plus responsable.

Faire évoluer nos systèmes d’élevage

La troisième piste est de changer nos systèmes d’élevage et de les faire évoluer pour que l’impact sur l’environnement soit moindre. En particulier, les ruminants qui consomment de l’herbe au pâturage et des fourrages ont un avantage. Ils consomment naturellement des aliments que l’être humain ne consomme pas et les transforment en viande et lait pour l’homme.

Au lieu d’avoir un système compliqué basé sur la culture du soja provenant d’Amérique du sud, il faut rendre les élevages plus autonomes avec des aliments que l’homme ne consomme pas, c’est une stratégie gagnant-gagnant.

Diversifier les sources de protéines

La quatrième piste est de proposer davantage de produits alternatifs : des protéines végétales,  de champignons, des insectes, de la viande de culture… Mais la viande de culture n’est pas encore au point. Il y a encore besoin d’investissement et de recherche pour aboutir à un produit commercial. Il n’est pas certain que la viande de culture soit meilleure pour les animaux et pour l’environnement. Nous pouvons donc nous poser la question : est-ce que cela vaut le coup d’investir dans cette technologie très incertaine alors que d’autres solutions faciles à mettre en œuvre, avec peu d’investissements existent déjà?

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Auteur : Jean-François Hocquette, directeur de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE).


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