Plus de 90 % des installations de panneaux solaires pour les particuliers se font désormais en autoconsommation. Richard Loyen, délégué général d’Enerplan, syndicat de l’énergie solaire renouvelable, nous explique les avantages de l’autoconsommation.

autoconsommation solaire
L’autoconsommation solaire permet de se protéger des hausses futures du prix de l’électricité. PHOTO//DR

Natura Sciences : Pourquoi autoconsommer son électricité?

Richard Loyen : Les particuliers peuvent désormais  autoconsommer l’intégralité de leur production d’origine solaire ou en autoconsommer seulement une partie et vendre le surplus à EDF. Désormais, plus de 90% des installations de panneaux solaires par les particuliers se font en autoconsommation avec ou sans vente de surplus.

Depuis 2017, l’État prévoit, en plus d’un tarif d’achat pour la vente du surplus d’électricité, une prime à l’investissement. L’arrêté tarifaire définit le tarif d’achat et le niveau de primes à l’investissement en fonction de la puissance installée. Pour le premier trimestre 2020, le tarif d’achat est de 18,53 centimes d’euros par kilowattheure [kWh] lorsque le particulier vend en totalité sa production pour les installations de moins de 3 kilowatt [kW] et de 15,75 centimes par kWh pour les installations entre 3 et 9 kW. Il n’y a plus de crédit d’impôt pour l’installation de panneaux.

Le tarif d’achat est moins élevé lorsque les particuliers ne vendent que le surplus : 10 centimes par kWh. Mais il y a en plus une prime à l’investissement de 390 euros par kilowatt pour les installations de moins de 3 kW et de 290 kW pour celles entre 3 et 9 kW.

N.S. : Est-ce rentable d’installer aujourd’hui des panneaux solaires en autoconsommation?

R.L. : Il y a encore quelques année, il était beaucoup plus intéressant de vendre l’intégralité de sa production à EDF. Cela reste assez vrai d’un point de vue strictement économique, mais il y a d’autres enjeux à prendre en compte. La première motivation n’est pas la rentabilité économique mais le fait de produire son électricité verte qui va être autoconsommée et valoriser le surplus. On n’est plus dans une seule logique de placement financier. Vous pouvez en plus vous équiper de batteries simples pour augmenter le taux d’autoconsommation. La batterie la moins chère est le chauffe-eau. On a ensuite une autre batterie qui s’appelle le véhicule électrique.

Pour les particuliers, les panneaux solaires les plus accessibles coûtent entre 2.000 et 2.500 euros par kilowatt.  Actuellement, le retour sur investissement varie entre 10 et 15 ans en fonction de l’ensoleillement, au prix actuel de l’électricité. Cela reste toujours plus rentable d’autoconsommer dans le sud de la France. La rentabilité économique réelle dépendra demain fortement du pourcentage d’inflation du prix de l’électricité sur les 20 prochaines années. Il y a différentes façons de raisonner : imaginer que le prix va augmenter de 5 à 10% par an, suivant la tendance actuelle ou prévoir une inflation plus basse.

Mais suivant l’inflation, le temps de retour sur investissement pourrait bientôt passer sous la barre des 10 ans. Aujourd’hui, l’installation de panneaux solaires en autoconsommation offre une assurance contre l’inflation du prix de l’électricité.

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N.S. : Quel est le rythme de développement de l’autoconsommation?

R.L. : Environ 52 000 sites autoconsomment aujourd’hui de l’électricité pour une puissance de 194 mégawatts [MW]. 76 % de cette puissance est installée dans le segment résidentiel. Le nombre de sites augmente d’environ 20 000 sites par an, mais le rythme d’augmentation est incroyablement stable. Il n’y a aucune accélération : le marché du résidentiel individuel photovoltaïque plafonne entre 80 et 100 MW par an. On ajoute 20 MW par trimestre, de 6 à 8 MW par mois. On reste loin des autres pays, notamment l’Italie, l’Allemagne, l’Espagne qui installent plusieurs centaines de mégawatts par an. On est aussi derrière la Belgique et la Hollande qui ne sont ni des pays très ensoleillés ni des pays très peuplés. En résumé, la France est à la traîne.

N.S. : Quels sont les freins au développement de l’autoconsommation en France ?

R.L. : Il faut réellement une simplification administrative pour que cela devienne aussi simple de faire de l’autoconsommation avec vente du surplus d’électricité que de l’autoconsommation totale. Dans le premier cas, les formalités sont assez simples. Dans le second, elles sont complexes et prennent de 4 à 7 mois. Cela reste aujourd’hui un parcours de motivés. Il ne faut donc pas forcément plus d’aides, mais il faut que cela soit plus simple.

Pour les installations en dessous de 3 kW, la TVA est de 10%, mais elle atteint 20% au-delà. Cela limite la puissance des projets. C’est d’autant plus dommageable qu’en réalité, c’est l’installation du premier kilowatt qui coûte le plus cher. En effet, dès lors que vous payer un artisan pour monter en sécurité sur un toit pour placer des panneaux, plus vous en installez, moins le kilowatt coûte cher. Il reste aussi de nombreux freins à lever pour l’autoconsommation en habitat collectif, mais c’est une autre histoire.  

N.S. : Quelles sont les conditions pour bénéficier des aides?

R.L. : Il suffit de faire appel à un professionnel qualifiés RGE (Reconnu garant de l’environnement) dans le domaine du photovoltaïque. Sur le site FAIRE.fr, vous trouverez les professionnels proches de chez vous. Attention à bien respecter cela. Si vous faites appel à un autre professionnel, vous n’aurez ni le tarif d’achat ni la prime d’investissement !

Propos recueillis par Matthieu Combe, journaliste du magazine Natura-sciences.com


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