Une coalition globale en faveur des énergies propres a été annoncée lors de la COP26 à Glasgow. Cette réunion s’articule autour d’un groupe de gouvernements sous l’initiative « Green Grids – One Sun, One World, One Grid ». Son objectif ? Accélérer la construction de grandes centrales solaires et de parcs éoliens dans des zones à fort potentiel sur l’ensemble de la planète.

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L’initiative « One Sun, One World, One Grid » veut interconnecter les énergies renouvelables à travers le monde. // PHOTO : Abriendomundo / Shutterstock

« One Sun, One Word, One Grid ». Ces mots ne forment pas un slogan, mais une vision du monde, partagée et approuvée par plus de 80 pays. La Green Grids Initiative (GGI) a été annoncé mardi 2 novembre, lors de la COP26, par le premier ministre britannique Boris Johnson. Elle réunit la France, le Royaume Uni, l’Australie, l’Inde et les États-Unis, . Son objectif ? Accélérer la construction de grandes centrales solaires et de parcs éoliens dans des zones à fort potentiel sur l’ensemble de la planète. Cette coalition de haut niveau réunit gouvernements, organisations internationales, législateurs, chefs d’entreprise, chercheurs et groupes de citoyens.

L’enjeu consiste à assurer les besoins planétaires en électricité avec le maximum d’énergie éolienne et solaire. Pour cela, la solution résiderait, selon le comité, dans la création d’un réseau mondial plus « interconnecté« , favorisé par l’installation de nouvelles lignes de transport transfrontalières et de nouvelles infrastructures. Une réunion virtuelle a été organisée mercredi 3 novembre par le Parlement du Climat, un réseau international de législateurs, pour fixer les directives de la GGI. L’événement se déroulait en parallèle de la COP26. 

Exploiter l’énergie solaire pour produire de l’électricité

À la COP26, Boris Johnson a témoigné de l’ambition du Royaume-Uni d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2030. Et ce, « sans utiliser le gaz », promet-il. Le premier ministre britannique donne alors la priorité au transport, à l’acier, à l’agriculture, à l’électricité et à l’hydroélectricité pour réussir son objectif. « Il est possible d’y arriver grâce aux technologies et à l’invention humaine », a-t-il affirmé à Glasgow. Tout comme le Parlement du Climat,  Boris Johnson compte sur le soleil à lui-seul pour produire une quantité suffisante d’électricité, de jour comme de nuit.

Cette ambition concorde avec la déclaration « One Sun » prononcée par Narendra Modi, premier ministre indien. Ce dernier déclare que « Toute l’énergie que l’humanité consomme en un an est égale à l’énergie qui parvient à la terre depuis le soleil en une heure seulement. (…) En troquant l’énergie du soleil, du vent et de l’eau par-delà les frontières, nous pouvons fournir plus qu’assez d’énergie propre pour répondre aux besoins de tous les habitants de la planète ». Pour parvenir à cet objectif « ambitieux », le Royaume-Uni et l’Inde ont présenté un plan visant à améliorer les connexions entre les réseaux électriques mondiaux afin d’« accélérer la transition vers une énergie plus verte ».

La déclaration souligne également la nécessité d’investir dans des mini-réseaux solaires pour les villages isolés. Elle compte alors sur la recharge intelligente des véhicules électriques pour aider à équilibrer les réseaux verts. S’ajoute aussi la prise en compte de nouveaux instruments financiers pour attirer des capitaux à faible coût vers les énergies renouvelables.

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Des « réseaux intelligents » pour réguler les flux d’énergie

Mais comment exploiter l’énergie solaire malgré les changements météorologiques ? « La plupart des gens pensent à une échelle trop petite, uniquement au sein de leur État-nation, explique Nicholas Dunlop, secrétaire général du Parlement Climat dans une vidéo tournée pour le GGI. Imaginez que vous dessiniez une boîte dans un désert de 150 kilomètres sur 150 kilomètres, et que vous remplissiez cette boîte de centrales solaires. Vous pouvez produire toute l’électricité que l’Europe produit aujourd’hui à partir de toutes ses sources, toutes ses centrales électriques ». Estimant qu’il est « facile d’alimenter le monde en énergie renouvelable », Nicholas Dunlop soutient la construction des lignes haute tension longue distance pour transporter de l’électricité sur des milliers de kilomètres.

« En termes de développement technologique et de pratique, l’interconnexion globale d’énergie est faisable immédiatement », précise le professeur Xiao-Ping Zhang, directeur du Smart Gird, Birmingham Energy Institute dans cette même vidéo. Pour autant, il faut pouvoir contrôler l’électricité afin de rendre l’énergie plus accessible et bon marché. Pour cela, le professeur et ses équipes travaillent actuellement  sur « des réseaux intelligents« . Cette alternative permettrait de contrôler les flux d’énergie avec précision. Cela permettrait de produire de l’électricité à toute heure, partout dans le monde.

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Malgré des avancées, des progrès encore attendus

De nombreux pays, industrialisés ou en voie de développement, ont exposé leurs avancées pour suivre cette direction. Le président Joe Biden a par exemple évoqué, lors d’un discours au sommet sur le climat, le déploiement de 30 gigawatts( GW) pour le développement de parcs éoliens d’ici 2030. Cet investissement lui permet ainsi de créer « des milliers d’emplois », estime-t-il. Joe Biden souhaite également « quadrupler les investissements au cours de ces quatre prochaines années pour favoriser les énergies renouvelables ». De son côté, Paddy Padmanathan, PDG d’ACWA Power, se félicite de détenir le record mondial de production d’énergie solaire « la moins coûteuse du monde » lors d’un événement en ligne organisé par le Parlement du Climat.

Mais le défi reste encore de taille et il faudra fournir des efforts supplémentaires. Des groupes de travail de l’initiative Green Grids, composés d’agences nationales et internationales, ont déjà été créés pour l’Afrique et pour la région Asie-Pacifique. La priorité réside là où les progrès « sont lents » selon Armida Salsiah Alisjahbana, secrétaire exécutive de la Commission économique et sociale des Nations Unies pour l’Asie et le Pacifique.

Pour parvenir à un réseau bon marché, Monor Upadhyay, fondateur d’ACME Group, défend plusieurs idées technologiques. Parmi elles, « abaisser le coût du transport à 10 dollars », « transformer les molécules pour transporter l’hydrogène », et « régler le problème du pic de production de l’électricité« . Adam Brandt MP, chef du Parti des Verts en Australie, alerte quant à lui sur un « problème de distribution de l’électricité ainsi que sur des solutions de stockage , indispensable pour le développement des énergies propres ». Il incite alors « toutes les entreprises » à « soutenir l’initiative du réseau vert ».

Accélérer le réseau vert

Les appels à l’action se multiplient. Lors de la réunion virtuelle organisée par le Parlement du Climat, les intervenants rappellent que la lutte contre le réchauffement climatique ne doit pas se confondre avec « un exercice rhétorique » comme l’a exprimé Abshiro Halake, sénatrice au Kenya. « Ce n’est pas une crise monétaire, nous parlons bien ici d’une crise de leadership, continue-t-elle. Il faut être révolutionnaire et agir ». La présidente du Parlement du Climat, Sirpa Pietikäinen, a, elle aussi, pressé les dirigeants lors du sommet. « Nous n’avons plus le temps d’effectuer une transition énergétique mondiale en douceur. C’est pourquoi nous avons mis au point l’initiative « Green Grids ».

Cette urgence, Nicholas Dunlop, secrétaire général du Parlement du climat, est le premier à l’évoquer lors de la réunion. C’est pourquoi il a interrogé les participants sur la possibilité d’accélérer la mise en place d’un réseau vert, avant de parvenir à une « catastrophe climatique« . La majorité des participants ont répondu favorablement à cet appel. Face à cette nécessité, Nicholas Dunlop a soutenu les idées de la GGI, dès le début de son intervention, tout en insistant sur leur « facilité ». Il espère alors que que la GGI représentera un « véhicule politique » pour accélérer la lutte contre le réchauffement climatique et maintenir les températures à 1,5 degrés. L’accès universel à l’électrification est alors lancé.

Sophie Cayuela

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