De plus en plus de voix appellent à mieux encadrer la publicité pour les produits polluants. La Convention citoyenne pour le climat dresse plusieurs propositions en ce sens pour réduire les incitations à la consommation et interdire la publicité pour les produits les plus émetteurs de CO2. Éclairage.

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En mars 2020, Greenpeace lançait sa campagne pour mettre fin à l’inaction politique. Elle se voyait refuser les couloirs du métro parisien. Et pourtant, les publicités pour l’automobile ou l’aérien s’y succèdent. La CCC et trois ONG proposent d’interdire les publicités pour les produits polluants. PHOTO//DR

La Convention citoyenne pour le climat (CCC) fixe pour objectif de « réguler la publicité pour réduire les incitations à la surconsommation ». Voté le 21 juin à 89,6%, l’objectif vise en particulier à interdire la publicité sur les produits les plus polluants dès 2023. Les membres appellent à une sorte de loi Évin sur le climat, en référence à la loi de janvier 1991 qui encadre strictement la publicité pour l’alcool et le tabac. 

Cette proposition est également défendue par Greenpeace France, le Réseau Action Climat et Résistance à l’Agression Publicitaire (RAP) dans un rapport paru le 18 juin. Les membres de la convention souhaitent en plus réguler la publicité en général. Ce, pour réorienter la consommation sur des produits plus vertueux sur le plan climatique.

Des interdictions basées sur un CO2-score

Pour déterminer les produits soumis à l’interdiction, les membres de la CCC proposent de mettre au point, puis de calculer, un score carbone, ou CO2-score pour tous les produits de consommation et les services. Il prendrait en compte l’entièreté du cycle de vie du produit et intégrerait les émissions directes et indirectes. L’affichage du CO2-score serait obligatoire dans toutes les publicités quel que soit le canal utilisé. Les seuils d’interdiction selon les catégories de produits seraient retenus après une large concertation. « L’interdiction ne devra pas être uniquement symbolique en touchant seulement quelques produits mais être suffisamment restrictive pour avoir un impact significatif », avance la CCC. Ces produits polluants ne pourront pas non plus faire partie de gains lors de jeux télévisés ou autres tombolas.

En attendant ces critères objectifs, les 150 membres de la Convention appellent à des interdictions plus ciblées lorsque des mesures d’impact environnemental existent déjà. C’est par exemple le cas pour « les publicités des véhicules consommant plus de 4 litres/100km et/ou émettant plus de 95 grammes de CO2 au km », avancent-ils. Dans leur rapport, les trois ONG appellent pour leur part à interdire les publicités faisant la promotion de produits néfastes pour le climat. En commençant par les secteurs de l’aérien, de l’automobile, du maritime et des énergies fossiles.

« Si la transition écologique doit être au cœur du monde d’après, alors soyons cohérents : cessons de laisser prospérer un système qui autorise les secteurs de l’automobile, de l’aviation ou des énergies fossiles à investir des milliards pour promouvoir des activités climaticides, prévient Clément Sénéchal, chargé de campagne politiques climatiques pour Greenpeace France. On ne peut pas demander aux individus de réduire leur empreinte carbone tout en laissant les industriels déployer des moyens massifs pour les persuader du contraire. »

Lire aussi : Convention citoyenne pour le climat: 150 propositions pour transformer la France

Mieux encadrer la publicité au quotidien

Pour éviter les incitations quotidiennes à la consommation, la CCC propose d’interdire les panneaux publicitaires dans les espaces publics extérieurs, ainsi que les panneaux indiquant la localisation d’un lieu de distribution. Elle suggère l’interdiction des écrans vidéo publicitaires dans l’espace public, les transports en commun et dans les points de vente. Elle souhaite limiter les publicités sur l’espace numérique, interdire la distribution automatique d’échantillons gratuits, interdire les avions publicitaires et interdire les publicités déposées en boîte aux lettres dès 2021.

Sans pour autant vouloir interdire ces pratiques par souci de justice justice sociale, la CCC veut interdire les publicités incitant, directement ou indirectement, à des modes de consommation excessifs ou au gaspillage d’énergie et des ressources naturelles. Plus particulièrement cette interdiction concerne les publicités comprenant la vente par lot, la réduction de prix et les soldes.

Plusieurs mentions existent déjà pour certaines catégories de produits afin d’informer les consommateurs sur leur dangerosité. Ainsi, la CCC propose de créer une nouvelle mention obligatoire pour toutes les publicités, quel que soit le médium utilisé. Elle serait du type « En avez-vous vraiment besoin ? La surconsommation nuit à la planète ».

Auteur : Matthieu Combe, journaliste du magazine Natura Sciences


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