Cigéo(Centre industriel de stockage géologique) devrait accueillir les déchets nucléaires hautement radioactifs à vie courte ou à vie longue et les déchets de moyenne activité à vie longue à partir de 2025.

cigéo

Galerie d’expérimentation du laboratoire souterrain. © Eric Sutre

Direction Bure, dans la Meuse. À l’Est de la France, le projet Cigéo prend forme. Les déchets nucléaires y seront stockés à environ 500 mètres de profondeur, sur une superficie de 17 hectares, dans une couche de roche argileuse jugée imperméable à très long terme par les études géologiques préalables. Si les autorisations sont accordées, les travaux de construction des installations commenceront en 2020 pour une mise en service en 2025.

Le projet de Cigéo adapté suite au débat public

Suite aux conclusions du débat public qui s’est tenu du 15 mai au 15 décembre 201, le calendrier a été adapté et des tests complémentaires définis. La grande nouveauté est notamment la mise en place d’une phase industrielle pilote lors de sa mise en service pour une durée allant de 5 à 10 ans. Cette phase industrielle pilote permettra de faire des essais en profondeur sur le site de stockage prévu, notamment sur la réversibilité du stockage des colis de déchets pendant une centaine d’année.. Cette phase sera constituée de trois périodes successives. Tout d’abord des essais avec des colis factices non radioactifs, puis avec un petit nombre de vrais colis de déchets, et enfin une période pendant laquelle seront stockés, de manière progressive, des colis de déchets de haute et moyenne activité à vie longue ou courte, représentatifs de l’inventaire des colis de déchets destinés à Cigéo. Si cette phase de tests s’avère concluante, le Parlement devrait décider de passer en phase d’exploitation courante pour une centaine d’année.

En réponse aux demandes exprimées par les acteurs locaux, l’Andra a aussi décidé de raccorder le site au réseau ferré national pour permettre l’acheminement des colis de déchets par le rail jusqu’à Cigéo. Ces travaux commenceront dès 2015, avec la préparation d’autres aménagements au niveau local : création d’un poste électrique, aménagements de certaines routes, etc. Le dépôt de la demande d’autorisation du projet a aussi été repoussée de 2015 à 2017. Cette demande sera alors instruite par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) pendant une durée maximale de 3 ans.

Sur place, un laboratoire souterrain sert de lieu d’expérimentation depuis 2000. Il vérifie la résistance de la roche et évalue les techniques de construction. Depuis 2007, un observatoire dresse une « photographie » de l’état initial de l’environnement autour du centre de stockage. Au cours des 100 ans d’exploitation du centre, la qualité de l’environnement sera suivie et sera comparée à cette « image » initiale pour vérifier que le stockage se passe comme prévu. Pendant cette phase d’exploitation, le stockage en couche géologique profonde sera réversible pour « laisser aux générations futures un maximum de possibilités pour permettre des adaptations », note le Ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie. Après le dépôt, les galeries seront hermétiquement fermées le plus longtemps possible, soit entre plusieurs centaines de milliers d’années et quelques millions d’années.

Des déchets nucléaires en partie déjà produits

Les déchets hautement radioactifs (HA) contiennent différents radionucléides, à vie courte ou à vie longue, dont certains ont des durées de vie très longues. Par exemple, la demi-vie du chlore 36 est de 300 000 ans, celle de l’iode 129 de 16 millions d’années. S’ils ne représentent que 0,2 % du volume des déchets nucléaires, ces déchets HA en constituent 96 % de la radioactivité totale ! Les déchets de moyenne activité à vie longue (MA–VL) quand à eux représentent 3 % du volume et 4 % de la radioactivité totale.

Le stockage de Cigéo prendra en charge l’ensemble des déchets de haute et moyenne activité à vie longue produits par toutes les installations nucléaires en fonctionnement ou autorisées ( centrales nucléaires, activités de recherche associées et nucléaire militaire, mais aussi ITER et l’EPR de Flamanville). Cigéo accueillera aussi les déchets HA et MA-VL issus du démantèlement et du traitement du combustible usé. Pour le moment, Cigéo préu pour pouvoir accueillir les déchets produits par chaque centrale sur une durée de vie de 50 ans. «Tous les déchets produits par les centrales autorisées ou existante pendant 50 ans sont pris en charge par Cigéo ; cela représente un volume de l’ordre de 80 000 m3 de déchets, 10 000 m3 de déchets de haute activité et 70 000 m3 de déchets de moyenne activité à vie longue», fait savoir l’Andra. Aujourd’hui, plus de 30% des déchets de haute activité et 60% des déchets de moyenne activité à vie longue sont déjà produits et entreposés dans des entrepôts de surface, notamment à La Hague.

Cigéo ne prévoit donc pas le stockage de déchets radioactifs d’un nouveau parc de réacteurs nucléaire. Si de nouveaux réacteurs EPR sont autorisés, il faudra donc soit adapter Cigéo, soit créer un nouveau centre de stockage.

Quel est le principe du stockage profond à long terme ?

L’eau contenue dans l’argile jouera un rôle important dans l’évolution du stockage. Sur plusieurs dizaines de milliers d’années, elle corrodera les conteneurs, dissoudra les substances radioactives contenues dans les déchets et facilitera leur déplacement, permettant ainsi leur dispersion dans le milieu géologique.

Les radionucléides diffuseront progressivement à travers le verre et le béton des colis de déchets radioactifs. Ils migreront dans toutes les directions, se dilueront dans l’espace et le temps. Du fait de leurs propriétés de rétention, peu perméables, les couches argileuses sont utilisées comme barrière naturelle pour le stockage de ces déchets. Toutefois, certains radionucléides traverseront la couche d’argile et remonteront à la surface de la Terre. Grâce à une profondeur de 500 mètres, ils mettront toutefois plusieurs centaines de milliers d’années à atteindre la surface.

Les quantités qui arriveront en surface devraient normalement être infimes. L’étude de l’Andra « Options de sûreté du stockage en formation géologique profonde »a montré  que la radioactivité qui finirait par atteindre la surface aurait un impact largement inférieur à celui de la radioactivité naturelle. Ainsi l’impact du stockage après 100 000 ans quand sortiront les premiers radionucléides est d’environ 0,01 mSv contre 2,4 mSv en moyenne pour la radioactivité naturelle.

Cigéo : sûr et peu cher ?

Si le stockage géologique profond, est considéré comme la moins pire des solutions par l’Andra, le CEA, EDF et Areva, il apparaît qu’aucune technologie ne permet réellement de résoudre le problème des déchets hautement radioactifs et des déchets à vie longue. Le stockage devra être performant pendant des millions d’années pour ne pas contaminer l’environnement. Reste à rêver que pendant ce laps de temps, personne n’ait la mauvaise idée d’ouvrir ces colis mystérieux…

Lire aussi : Comment sont évalués les coûts de Cigéo ?

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


La rédaction vous conseille aussi :

  • Pauline

    En cas de perte complète de la mémoire du stockage, une intrusion inopinée à 500 mètres sous terre apparaît peu plausible, du moins sans un minimum d’investigations préalables. L’Andra évalue cependant par précaution dans son analyse de sûreté les conséquences d’un forage à travers le stockage pour vérifier que le stockage resterait sûr.

  • Eh « Pauline », j’espère que tes maîtres de l’Andra te paient cher pour venir faire le job sur le web, à moins que tu ne sois pas si bien payée mais pourtant tellement disciplinée…

  • CEDRA

    Cigéo et enfouissement des poisons nucléaires : il y a la version « dormez tranquille braves gens tout est calculé » et une autre où citoyens-Clis-scientifiques-etc découvrent des failles béantes >
    http://cedra52.fr/documents/BURE/BURE-Vous%20ne%20connaissez%20pas…%20.pdf

  • CEDRA

    ben voyons, de même que l’Andra avait prévu la catastrophe de la poubelle nucléaire de ASSE (Allemagne) où elle avait travaillé ?

  • Jeronimo

    Pour vous les gens ne pourraient donc travailler que pour l’argent ou en obéissant bêtement à une hiérarchie…

    Alors que dans votre cas, c’est tout simplement une idéologie qui vous amène à faire ce genre de commentaires futiles et irrespectueux.

    Pour citer Nicolas Gomez Davila: « Les idéologies ont été inventées pour que celui qui ne pense pas puisse donner son opinion ».

  • Vous ignorez donc que les entreprises (et en particulier les plus polluantes et dangereuses) paient des gens pour faire passer leurs salades sous l’aspect de simples commentaires d’internautes ordinaires. L’ignorance mène le monde…

  • Jeronimo

    Donc selon vous, quand un internaute « ordinaire » est favorable à un projet, il est forcément vendu. Et quand il est en opposition, c’est un lanceur d’alerte venu défendre le public des odieuses manipulations des entreprises toutes dévouées au grand « Capital ». C’est ça ?
    L’engagement des salariés dans une entreprise est forcément limité au caractère pécunier ? Ceux-ci ne peuvent jamais faire preuve de moralité dans l’éxécution de leur travail ?
    Si c’est ça votre vision du monde, je préfère encore que ce soit l’ignorance qui le mène…

  • Xavier Arvor

    Tout ceci me fait doucement rigoler !!! Mais , mes amis , êtes vous sûrs , que nous allons franchir le 3° millénaire ? Et si oui, dans quel état ? la Nature nous annonce pire que TCHERNOBIL, EPR réunis , dans les 300, ou 400 prochaines années , alors vos déchets nucléaires ????????