aquaculture intensive

La densité en aquaculture conventionnelle conduit à différents impacts environnementaux

Environ 50 millions de tonnes de poissons proviennent des fermes piscicoles, majoritairement en eau douce. On compte désormais plus de 200 espèces de poisson élevées dans le monde. Les pêches de capture ayant atteint leurs plafonds de production, l’aquaculture représente le seul moyen de combler le déficit. D’ici à 2030, on estime qu’il faudra que l’aquaculture produise près de 85 millions de tonnes de poisson par an, pour conserver les niveaux actuels de consommation.

Selon une étude de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’aquaculture a fourni 76 % de la production mondiale de poissons d’eau douce, 68 % des poissons diadromes (poissons vivant alternativement en eau de mer et en eau douce), 64 % des mollusques, 46 % des crustacés et moins de 3 % des poissons de mer en 2008. Cette même année, 89 % de la production mondiale aquacole a été réalisée en Asie, dont 62% en Chine. La part de l’Europe dans cette production ne s’élève qu’à 4,5 %. Il y a donc de grandes chances que vos poissons ou crustacés soient importés d’Asie ! Les carpes représentent 71 % des poissons d’eau douce de l’aquaculture mondiale.La Norvègeet le Chili sont les principaux producteurs mondiaux de saumon.

Des poissons à trois jeux de chromosomes

Une technique mise au point peu avant les années 2000 est utilisée couramment en aquaculture pour quelques espèces ; truites et huîtres par exemple. Celle-ci consiste à faire subir aux embryons, au stade où ils ne sont composés que d’une cellule, des traitements physiques qui perturbent leur développement. Les cellules de l’embryon se retrouvent alors avec trois jeux de chromosomes au lieu de deux. Ces animaux sont triploïdes. De tels animaux sont parfaitement viables et se développent de manière normale, mais ils sont stériles. La formation des gamètes est trop perturbée. Ils n’accumulent pas de laitance pendant l’été et peuvent être consommés même en dehors des fameux « mois en r ».

Pourquoi fait-on cela? La triploïdie est utilisée, par exemple, chez certains poissons comme la truite pour améliorer la qualité gustative. La maturation sexuelle s’accompagne d’une altération de son goût, tout comme c’est le cas pour les cochons dont nous avons parlé. La triploïdisation est également bénéfique pour réduire les impacts sur les espèces sauvages en cas d’ « évasion ».

L’aquaculture est le terme générique qui désigne l’élevage ou la culture de produits aquatiques d’eau continentale – douce ou saumâtre – ou marine : poissons, coquillages, mollusques et algues. Si l’aquaculture peut aider à lutter contre la faim dans les pays en voie de développement, elle est aussi le vecteur de nuisances environnementales. Eutrophisation, contamination chimique, espèces invasives et compagnie sont monnaie courante.

L’environnement dans tout ça ?

Pour l’aquaculture, les problèmes environnementaux sont divers. En prenant de l’expansion, le système s’est rapproché de l’élevage industriel de viande. Pour faire simple, les élevages sont extrêmement denses, les poissons sont agressifs, l’eau est sale, les poissons sont bourrés de médicaments. La concentration de poissons dans un espace réduit et les excédents de farine engendrent une accumulation de sédiments et un enrichissement en azote, phosphore et matières organiques des eaux. Les algues prolifèrent donc (on retrouve le phénomène d’eutrophisation) et l’oxygène dissous disponible diminue.

L’eau reçoit aussi son pesant d’or : produits chimiques, vétérinaires et colorants. C’est tout l’écosystème sauvage  qui en pâtit. Il ne faut pas non plus sous-estimer les risques liés à la fuite de poissons d’élevage vers les milieux naturels. Interactions entre les échappés triploïdes et leurs apparentés sauvages, transmission de maladies et parasites, comportements encore mal connus des espèces exotiques en sont quelques exemples. Pour ne citer qu’eux, près de 100 000 saumons se sont fait la malle des fermes aquacoles norvégiennes en 2008…

Les mangroves se réduisent…

En Asie, les mangroves – ces forêts d’arbres et arbustes dont les parties basses résistent à l’eau – sont grignotées petit à petit par l’aquaculture industrielle, notamment l’élevage de crevettes sur les côtes. La surface des mangroves a diminué de 35 % en 20 ans. Lorsque les bassins d’élevage sont dégradés, ils sont simplement laissés à l’abandon. 2 500 km2 auraient ainsi été abandonnés.

Les mangroves rendent pourtant des services écologiques majeurs. Elles modèrent les crues, protègent les côtes des phénomènes naturels tels que l’érosion grâce à leurs racines qui atténuent la force des vagues et amortissent les effets de tempêtes. Leur destruction entraîne la salinisation des nappes phréatiques et affecte la biodiversité animale et végétale qui en dépend pour vivre. L’aquaculture a un fort poids économique et un potentiel important pour le développement rural et la réduction de la pauvreté en Asie. D’où l’importance de développer une aquaculture durable.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


La rédaction vous conseille aussi :

  • Franklin

    Bonjour,

    Article intéressant, et révélateur du niveau de connaissances du grand public en aquaculture. Des vérités, mais aussi une caricature de la réalité. On prends trop souvent des exemples à l’étranger alors que les pratiques en France sont bien plus respectueuses de l’environnement grâce à des normes très restrictives. Je vais donc vous parler des pratiques françaises.

    La triploidisation est principalement utilisée pour gagner en croissance sur des poissons à cycles long comme des grosses truites par exemple, ou éviter les huîtres laiteuse en été. Pas de gamétogénèse car 3n donc pas de division possible = pas d’énergie consommée à la maturation = pas de diminution de la croissance.

    « les élevages sont extrêmement denses »: qu’appelle-t-on extrêmement dense? Par exemple en salmoniculture on tourne aux alentours de 50-60 kg/m3, pour du poisson rien de choquant…
    « les poissons sont agressifs »: j’hésite entre rire et pleurer.
    « l’eau est sale »: tout à fait, on trouve des excréments dans l’eau. Et alors?! La biomasse de poisson et le nourrissage sont calculés pour avoir un impact minimal sur la nature. Si le milieu tamponne les rejets encore une fois pas de soucis.
    « les poissons sont bourrés de médicaments » ils reçoivent le plus souvent des vaccins en écloserie, les traitement médicamenteux se font exceptionnellement sous prescription vétérinaire lors d’épizooties.

    « Interactions entre les échappés triploïdes et leurs apparentés sauvages »: parait-il qu’il y a eu des problème avec des huîtres triplo qui se seraient reproduitent par je ne sais quel procédé. Mais pour du poisson impossible. On ne peut pas faire des gamètes à partir de 3n car 3/2=1,5, et un nombre à virgule la nature ne connaît pas.

    De plus, étrangement, vous oubliez de parler des innovations aquacole telles que les circuit fermé, la biofiltration, l’aquaponie, et tout un tas de procédés durables écologiquement.

    Certes les pratiques dans les années 80 en France et encore aujourd’hui dans certains pays ne sont pas au top du respect de l’environnement.
    Mue veut-on? Accompagner les filière de production vers des démarches durables ou taper gratuitement sur la pêche, l’aquaculture et l’agriculture sans chercher de solutions?
    N’oubliez pas que sans ces trois secteurs vous ne mangeriez pas.

    Franklin

  • Matthieu Combe

    Vous avez raison sur de nombreux points mais comme vous avez pu le constater, l’article n’aborde pas les pratiques en France pour 2 raisons :
    – ces pratiques sont plus vertueuses car les normes (et les contrôles sont plus strictes);
    – les poissons vendus en France sont issus pour la plupart d’autres pays (89 % de la production mondiale provient d’Asie…)

    Les pratiques vertueuses existent, nous avons notamment parlé de l’aquaculture bio. Pour ce qui est des innovations aquacole, nous n’en n’avons pas encore parlé car bien que celles-ci soient très intéressantes, elles sont encore très minoritaires et le grand public, comme vous dîtes, a le droit de connaître l’état actuel du secteur

    bien à vous,

    Matthieu