Le 23 février dernier à Paris lors du salon de l’Agriculture, le Président Emmanuel Macron dénonçait la disparition des terres agricoles. Une catastrophe de grande ampleur puisque chaque année, 66 000 hectares d’espaces naturels sont transformés en espaces artificialisés dans l’hexagone. Une menace pour l’agriculture, mais aussi pour la biodiversité.

artificialisation des sols pavillon

L’aménagement de nouvelles zones pavillonnaires est souvent oublié pour lutter contre l’artificialisation des sols. PHOTO//CC0 Domaine public

« La France, pour ne parler que d’elle, a perdu un quart de sa surface agricole sur les 50 dernières années. Pour y remédier, nous avons fait ce choix radical avec le gouvernement de viser le “zéro artificialisation nette” et donc nous sommes en train de voir comment tenir cet engagement, en particulier dans nos politiques d’urbanisme. », a annoncé le Président de la République.

Vers zéro artificialisation nette

Une lutte contre la bétonisation qui s’incarne dans l’objectif gouvernemental de « zéro artificialisation nette ». Pour les autorités, il s’agit de faire en sorte que chaque fois qu’une surface est artificialisée, la même superficie soit rendue à la nature, ailleurs. Une mesure déjà défendue par Nicolas Hulot lorsqu’il était ministre, notamment avec son plan biodiversité proposé en juillet 2017.

Mais à qui est imputable ce recul de la surface occupée par les terres cultivables ? Le Président de la République a dénoncé dans son discours les « zones commerciales, les zones industrielles et les zones de logistiques ». L’ancien ministre de la transition écologique et solidaire Nicolas Hulot pointait du doigt pour sa part les nouveaux « complexes de loisirs », comme le gigantesque Europacity qui doit être construit aux portes de Paris à l’horizon 2024 : « c’est la folie des grandeurs du XXe siècle, c’est exactement ce que je ne veux plus demain ».

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Un secteur trop oublié : le logement

Des projets comme Europacity, ou les zones industrielles, sont des cibles faciles pour les responsables politiques. En réalité, le principal responsable de l’artificialisation des sols, c’est le secteur du logement. Une situation qui implique une profonde réflexion sur l’habitat urbain. Comment limiter les constructions de logements ?

Selon les chiffres officiels du ministère de l’Agriculture, sur les dix dernières années, le commerce dans son ensemble n’a représenté que 4 % des sols artificialisés, contre 8 % pour l’agriculture, 16 % pour les réseaux routiers et surtout 50 % pour le logement. La disparition de la surface cultivable en France est donc largement imputable aux très nombreuses constructions de nouvelles habitations. Principal responsable, le rêve pavillonnaire. Car l’aspiration de nombreux français à accéder à la propriété et à la maison individuelle se révèle être un véritable défi pour l’aménagement du territoire et pour la sauvegarde de l’environnement.

Une note de l’Institut du Développement durable et des relations internationales (IDDRI) de janvier dernier décrit ainsi « un étalement quotidien généralisé en France ». Un tiers des départements français sont particulièrement concernés  notamment sur la façade atlantique et sur la Côte d’Azur. Des zones qui ne sont pourtant pas particulièrement concernées par une poussée démographique ou une croissance économique particulière, mais où les lotissements se multiplient.

La maison individuelle comme idéal

Aujourd’hui dans l’hexagone, 56 % des logements sont des maisons individuelles, jugées par 80 % des Français comme « le logement idéal ». Un modèle qui n’est pourtant pas viable sur le long terme. Économiquement et culturellement, un virage à 180 degrés doit être effectué par les pouvoirs publics et les promoteurs. Comme l’explique le quotidien Le Monde dans un dossier du 9 mars dernier, « L’urbanisme est mis au défi d’inventer des maisons mitoyennes, des hameaux compacts, des petits immeubles avec jardin privatif, de densifier en douceur le pavillonnaire existant, d’insuffler de l’urbanité dans les lotissements… ». Changement d’autant plus impératif qu’une part croissante des difficultés économiques des Français réside dans cet étalement urbain, qui appauvrit les centres-villes et augmente le trajet entre le domicile et le travail. La question du prix de l’essence, à l’origine de la crise des gilets jaunes, rappelle à quel point ce sujet de la distance effectuée lors des migrations pendulaires demeure structurant pour l’aménagement du territoire.

Pour limiter l’artificialisation des sols, la priorité repose donc sur la capacité de l’État, des communes et des promoteurs à limiter la construction d’habitations calquées sur le modèle des lotissements de maisons individuelles. D’autres modes de vies en commun sont à imaginer, pour densifier harmonieusement les zones urbaines. Mais la question n’est pas seulement économique ou juridique, elle est aussi culturelle : il faut s’interroger pourquoi l’habitat collectif ne fait plus rêver. Pourquoi les Français, qui plébiscitaient les banlieues avec des « habitations à loyers modérés » dans les années 60, les fuient désormais ? Réenchanter l’habitat collectif, voilà le défi.

Auteur : Arthur Porliert


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