Après « Hazaribagh, cuir toxique », découvrez « Cuir, les forçats de la mode » de Nicolas Daniel. Le documentaire dresse un tableau noir de l’industrie du cuir au Bangladesh et des importations que nous faisons pour avoir un cuir toujours moins cher.

cuir hazaribagh

Deux jeunes garçons travaillant dans une tannerie de cuir à Dhaka, la capitale du Bangladesh. © 2012 Arantxa Cedillo pour Human Rights Watch

Sacs et pochettes, blousons, mini-jupes, chaussures, …. à la fashion week, le cuir est à l’honneur ! Cette matière s’est démocratisée ces dernières années grâce à des prix de vente en chute libre. Si la majorité des tanneurs français ont mis la clé sous la porte, les fabricants se fournissent désormais en Asie où la main d’œuvre est payée une bouchée de pain. La concurrence est rude : si un tanneur français vend son cuir entre 80 et 100 euros le mètre carré, on trouve au Pakistan et au Bangladesh des produits entre 15 et 30 dollars le m2. Ainsi, en 5 ans, le Bangladesh a plus que doublé ses exportations de cuir. Toutes les marques de la grande distribution, d’H&M à Monoprix se fournissent en partie là-bas.

Et pour cause : les réglementations imposent en France des mini-stations d’épuration pour nettoyer les rejets, interdisent les solvants et le mercure. Ils doivent trouver des produits de substitutions qui rallongent le temps de fabrication, ce qui a forcément un impact sur leur prix de vente. En revanche, tous ces produits toxiques sont utilisés dans les tanneries à Dhaka, la capitale du Bangladesh, ainsi que dans le quartier d’Hazaribagh qui concentre la majorité des tanneries du pays. 15 000 travailleurs s’y répartissent dans 250 tanneries.

Quand « cuir » rime avec « exploitation »

Ce documentaire dénonce à nouveau ce qui a fait le succès du documentaire « Hazaribagh, cuir toxique » : des ouvriers exploités, payés entre 25 et 40 euros par mois, sans contrats, qui travaillent 7 jours sur 7, parfois plus de 12 heures par jour et qui manipulent des produits chimiques sans protections. Par plus de 50°C, ils travaillent torses nus, avec des gants troués et les pieds dans les produits chimiques. Les maladies de peaux, les problèmes pulmonaires et les cancers les guettent.

Les rejets toxiques se déversent tous les jours directement dans le fleuve Buriganga, seule source d’eau potable pour les 16 millions d’habitants. La pollution y est telle que, pendant plus de 6 mois de l’année à la saison sèche, les pêcheurs ne pêchent aucun poisson et sont au chômage technique. Cette pollution ne s’arrête pas au tannage et à la pollution de l’eau. Après la découpe, les chutes de cuir sont brûlées. Les restes sont alors mélangés à la nourriture des poissons pour l’aquaculture et pour les volailles. Cela finit d’empoisonner les populations.

Une avocate et militante bangladaise interpelle les consommateurs occidentaux « Vous devez savoir que votre recherche d’un cuir bon marché cause la mort de nombreuses personnes, ici, au Bangladesh. Et que cela provoque aussi un désastre écologique ».

Des importations non contrôlées

Le cuir d’Hazaribagh est particulièrement dangereux pour l’ensemble des travailleurs et des habitants situés aux alentours des tanneries, mais aussi dangereux pour celui qui le porte. Les bains de chrome sont utilisés plusieurs fois et libèrent du chrome VI, qui est cancérigène. Fixé sur le cuir, le chrome est dangereux pour la peau et les poumons. En France, les alertes au chrome VI progressent chaque année.

Dans le port d’Hambourg, presque 20 % des containers importés contiennent des substances dangereuses. 2 % sont tellement contaminés que les travailleurs doivent rentrer avec un masque à gaz pour ne pas être intoxiqués. Toute personne qui rentre dans le container ou, plus tard, dans le magasin qui vendra ces chaussures, entrera en contact avec ces produits. Moins de 1 % des containers importés sont contrôlés, la majorité échappe donc à tous contrôles techniques.

La répression des fraudes a fait des prélèvements sur 50 chaussures au niveau national. Sur ces 50 chaussures testées, 20 avaient des teneurs supérieures à la limite autorisée de 3 mg. Des prélèvements sur des chaussures d’enfants ont même révélé des teneurs de 120 mg ! Il y a peu, Greenpeace dénonçait également la toxicité des vêtements, ceux-ci présentant des traces de perturbateurs endocriniens. Un savant cocktail de pollution offert par des prix toujours moins chers !

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


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