Les critères de définition des perturbateurs endocriniens proposés par la Commission européenne étaient attendus pour 2013. Elle les a finalement révélé en juin 2016. Mais la définition oppose les pays et aucune majorité qualifiée ne se démarque. Avec un nouveau vote prévu le 4 juillet, les associations et les scientifiques montent au créneau pour appeler la France à voter contre.

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La France pourrait finalement voter les critères définissant les perturbateurs endocriniens proposés par la Commission européenne. Jugés trop laxistes, les scientifiques et ONG l’appellent à voter contre!

Le dossier des perturbateurs endocriniens est sensible. La France, menée par l’ex-ministre de l’écologie Ségolène Royal s’est jusqu’ici opposée aux critères mis sur la table par la Commission européenne. À ses côtés, le Danemark et la Suède. Ensemble, ces pays constituent une minorité de blocage. « Si la France tombe, il n’y a plus de minorité de blocage », prévient François Veillerette, porte-parole de l’association Générations Futures.

Ces critères discutés dans le cadre des législations pesticides et biocides sont une première étape. Une fois définis, ils seront repris dans les autres législations. Ils s’appliqueront notamment aux plastiques et cosmétiques. D’où l’importance d’avoir une définition ambitieuse pour protéger la santé des citoyens et l’environnement.

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Et si la France votait finalement ces critères?

Les ONG et les scientifiques craignent que la France change son fusil d’épaule. François Veillerette indique avoir rencontré Nicolas Hulot à deux reprises pour discuter de ce dossier. Le ministre est en effet très intéressé par le sujet. Il a même préfacé le livre du militant Perturbateurs endocriniens: la menace invisible. Il y appelait à commencer le temps de l’action publique. Néanmoins, la France n’a pas encore pris de position officielle depuis la nomination du nouveau gouvernement. Et le journal Le Monde a révélé il y a quelques jours que la France serait sur le point d’accepter la proposition élaborée par la Commission européenne.

Interviewé le 23 juin par Jean-Jacques Bourdin sur RMC, Nicolas Hulot a estimé que le texte proposé par la Commission européenne était insuffisant et « loin d’être parfait ». Il a fait part de sa volonté de négocier, jusqu’à la date du vote le 4 juillet, une amélioration de ce texte avec l’Allemagne. La France votera-t-elle le texte? Le doute reste de mise.

Pour justifier sa légitimité à agir, Générations Futures a commandé un sondage IFOP. Les résultats sont sans appel : 90% personnes interrogées sont favorables à ce que la France amplifie sa politique de lutte contre les perturbateurs endocriniens aux niveau national et européen.

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ONG et scientifiques montent au créneau

Dans cette perspective, trois sociétés savantes d’endocrinologie ont adressé une lettre le 15 juin aux ministres des Etats membres. Ils les appellent tout simplement à rejeter le projet de la Commission européenne. Selon eux, « les critères manquent de cohérence et ne seront pas efficaces ». « Plusieurs perturbateurs endocriniens ne sont pas identifiés en tant que tels à travers les critères actuellement définis », dénoncent-ils.

Par ailleurs, la coalition EDC Free Europe, représentant 70 organisations de la société civile européenne, a adressé une lettre ouverte à Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire. Ils lui demandent de « rejeter cette proposition, pour faire honneur aux engagements présidentiels d’Emmanuel Macron et à l’approche ambitieuse adoptée jusqu’à présent par la France ».

Pourquoi ces critères ne sont-ils pas acceptables?

Les ONG et scientifiques font deux critiques principales. Le niveau de preuve exigé par les critères serait pour eux trop élevé pour identifier un produit chimique comme un perturbateur endocrinien. Avec ces critères, « ce serait une petite poignée de matières actives qui sortiraient du marché: 4 ou 5 maximum», calcule François Veillerette.

Deuxièmement, une nouvelle disposition est apparue en décembre 2016. Le texte prévoit désormais une dérogation pour les pesticides conçus pour agir sur le système endocrinien des organismes nuisibles. Et ce, même s’ils ont des effets sur des invertébrés non ciblés. « C’est complètement inacceptable, puisque cela veut dire que l’on remet l’efficacité en premier et que l’innocuité sur l’environnement, on s’en fiche complètement », s’indigne François Veillerette. « C’est un cadeau fait à l’industrie allemande », estime-t-il.

Le coût économique des perturbateurs endocriniens est important. Une étude récente évalue les impacts des produits chimiques sur les systèmes de santé européens à au moins 157 milliards d’euros par an.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

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