Les pesticides chimiques font peur. Les Français se tournent vers l’agriculture biologique pour éviter les « pesticides chimiques de synthèse ». Mais en fait, qu’est-ce que c’est un pesticide chimique de synthèse ?

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Epandage de pesticides par avion. PHOTO//Santiago Nicolau sur Flickr

Un tel pesticide résulte globalement de l’association de deux types de substances. On y trouve d’abord  une ou plusieurs matières actives  qui confèrent au produit l’effet désiré. À celles-ci s’ajoutent un ou plusieurs additifs qui renforcent l’efficacité du produit. Il peut s’agir de répulsifs, de vomitifs, ou d’autres produits dans le genre. L’évaluation toxicologique d’une formulation commerciale porte sur la matière active seule, et non sur les additifs. Plusieurs sont pourtant toxiques comme les benzènes ou les détergents. En vertu du secret industriel, une bonne partie d’entre eux reste d’ailleurs inconnue.

Le terme « pesticide » regroupe trois familles principales de produits : les insecticides, les fongicides et les herbicides. Les insecticides ont pour but de lutter contre les insectes, les fongicides contre les champignons et les herbicides contre les herbes « indésirables ». Ce terme englobe également d’autres produits, dont on parle moins souvent : les acaricides luttant contre les acariens, les corvicides et corvifuges contre les oiseaux, les rodonticides contre les rongeurs, les taupicides contre les taupes, les molluscicides, etc.

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Au pays des pesticides

Outre la toxicité avérée sur la santé animale et humaine (notamment lymphome chez les agriculteurs), les pesticides ont d’autres effets délétères. Les pesticides entraînent la pollution de l’air, de l’eau et des sols, provoquant une contamination globale des écosystèmes. Ils sont en partie responsables de la mort des sols agricoles, notamment en détruisant leur microflore et leur faune. Les champignons ont un rôle capital dans le cycle de l’humus et leur destruction massive par les fongicides les dégradent fortement. Dans un sol mort biologiquement, l’agriculteur augmente les doses d’engrais chimiques et traite son sol à la chaux pour lutter contre les baisses de rendements. Mais celles-ci sont inévitables.

En bon état, un sol contient jusqu’à dix milliards de micro-organismes par gramme. Et une à quatre tonnes de vers de terre par hectare. Ce n’est pas le cas d’un sol recevant des pesticides chimiques depuis plusieurs années.  Lors de la pulvérisation, les scientifiques estiment qu’entre 25 et 75 % des quantités de pesticides appliquées partent directement dans l’atmosphère. Cela entraîne la contamination de l’air, des brouillards et de l’eau de pluie. Plus de 120 pesticides ont aujourd’hui été identifiés comme perturbateurs endocriniens, agissant comme des hormones femelles. Dans les milieux aquatiques contaminés, les têtards changent de sexe, les poissons se féminisent. À l’échelle humaine, ils bouleversent notre système hormonal et limitent la fécondité.

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Des limites maximales en résidus pas très fiables

Les pesticides sont rarement utilisés seuls sur une culture. Pour chaque pesticide, des limites maximales en résidus (LMR) sont toutefois définies afin de protéger un minimum la santé des consommateurs. Ces LMR sont basées sur les doses journalières admissibles, elles-mêmes déterminées sur la base d’expérimentations animales sans prendre en compte l’effet synergique de l’exposition à un mélange de pesticides. Cette exposition synergique est couramment désignée sous l’appellation « effet cocktail ». De plus, ces expérimentations ne prennent pas en compte la plus grande sensibilité d’exposition des fœtus humains, des nourrissons et des enfants aux perturbations hormonales. Est-ce que ces limites permettent une protection suffisante ? Cette question demeure aujourd’hui entière.

Un rapport a été publié en 2008 par l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) sur les résidus de pesticides dans les aliments de 27 pays de l’Union Européenne, ainsi que la Norvège et l’Islande.[1]Celui-ci montre que près de la moitié des céréales, fruits et légumes contenaient des résidus de pesticides, un quart en contenait au moins deux différents. Au final, sur les 29 États, 4 % des échantillons analysés ont dépassé les LMR légales. En revanche, si l’on ne considère que les échantillons provenant de France, ce pourcentage s’élevait à près du double, soit 8 % !

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La France dans tout ça ?

La France est le troisième consommateur mondial de produits phytosanitaires, après les Etats-Unis et le Japon. 63.200 tonnes ont été vendues en France en 2012 d’après l’Union des Industries de la Protection des Plantes (UIPP). Si la France est le premier pays consommateur de l’Union, cela est dû à l’étendue de sa surface agricole. Si l’on se réfère aux doses de pesticides utilisées à l’hectare, nous nous situons au quatrième rang européen, derrière le Portugal, les Pays-Bas et la Belgique.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

 Référence

 [1] EFSA .2008 Annual Report on Pesticide Residues according to Article 32 of Regulation (EC) No 396/2005. EFSA Journal 2010; 8(7):1646 [442 pp.]


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