Une nouvelle étude menée par le BASIC, le CCFD-Terre Solidaire et POLLINIS évalue les coûts de l’usage des pesticides. Ceux-ci pourraient être deux fois plus importants pour les citoyens, au regard de ce qu’ils rapportent aux firmes.

pesticides deux fois plus chers
Les pesticides coûtent deux fois plus chers qu’ils rapportent, selon une nouvelle étude. // PHOTO : Philippe Montigny / Shutterstock

La deuxième moitié du XXe siècle a signé un tournant pour nos agricultures. L’introduction des machines motorisées s’est accompagné de l’utilisation d’engrais de synthèse, de semences hybrides et de pesticides. Ces quatre éléments interdépendants ont un impact direct sur nos modes de production, l’environnement et la santé. C’est ce que dévoile le nouveau rapport Pesticides : un modèle qui nous est cher, mené par le BASIC, le CCFD-Terre Solidaire et POLLINIS.

Ce nouveau rapport chiffre l’impact des pesticides pour la société. « Nous avons évalué les coûts directement attribuables aux pesticides grâce à des études menées dans plusieurs pays européens, mais aussi grâce aux données qu’on peut recenser au niveau de l’Union Européenne. Par exemple, nous avons quantifié le coût des pesticides pour l’eau potable, le coût en lien avec les maladies professionnelles reconnues comme dues aux pesticides, mais aussi les coûts liés aux subventions aux fabricants, ou encore les réductions de TVA dont bénéficient ces acteurs« , précise Maureen Jorand, responsable du service Souveraineté Alimentaire/Climat au CCFD-Terre Solidaire.

Les coûts des pesticides en question

Résultat : les pesticides coûtent deux fois plus cher aux citoyens qu’ils ne rapportent aux firmes. « On a pu constater que les impacts environnementaux et sanitaires des pesticides étaient bien documentés et présents dans le débat public. Par contre on voyait qu’on pêchait sur l’aspect économique. Or c’était un argument souvent mis en avant par les fabricants et les industriels. Très concrètement, au moment où se négociait le fait d’introduire dans la loi EGALIM l’interdiction du glyphosate, l’industrie des pesticides mettait en avant le coût économique, en termes d’emplois et de chiffres d’affaires, que cela ferait peser sur le secteur en cas d’interdiction stricte. Face à cela, nous avons décidé d’évaluer réellement les coûts pour la société de ces impacts sanitaires et environnementaux », explique Maureen Jorand.

Par contact, respiration ou ingestion, les pesticides peuvent contaminer l’ensemble de la faune et la flore. De la dépollution des sols et des eaux, en passant par les soins des maladies du travail, les coûts sont multiples pour la société. Les pesticides ont engendré au minimum 372 millions d’euros de dépenses publiques pour la seule année 2017. « Ce qu’on a identifié c’est que ce n’est que le sommet de l’iceberg. Il y a un tas d’autres coûts en partie attribuables aux pesticides », souligne la membre du CCFD-Terre Solidaire. Si l’on prenait en compte tous les impacts indirects des pesticides, ce montant pourrait s’élever à 18,7 milliards d’euros en France seulement. En comparaison, dans l’Hexagone les ventes de pesticides de synthèse à usage agricole se sont élevées à 211 millions d’euros en 2017. Ces substances engendrent donc plus de coûts qu’elles n’en rapportent.

Lire aussi : Global nutrition report : la moitié de l’humanité mange mal

Un modèle paradoxal

Selon ce nouveau rapport, l’utilisation des machines motorisées, d’engrais et de pesticides a eu des retombées indéniables sur les rendements. Si les surfaces cultivées ont augmenté de 50%, les rendements ont plus que doublé. In fine, la production végétale agricole mondiale a ainsi été multipliée par 3,4.

Ces dernières années, on observe une stagnation, voire une baisse des rendements agricoles. C’est notamment le cas pour 24 à 39% des zones de culture de maïs, de riz, de blé ou de soja au niveau mondial. Ce phénomène s’explique par la résistance aux pesticides, à la dégradation des sols et l’érosion de la biodiversité. Ainsi, alors que la production agricole mondiale serait suffisante pour nourrir 1,5 fois la population mondiale, 40% de la population mondiale se trouve toujours en insécurité alimentaire. Depuis six ans, ce chiffre est en hausse, notamment à cause du dérèglement climatique selon le rapport.

Entre innovation et espoirs

Cette étude est la première à être aussi complète sur le sujet. « On a voulu mettre le pavé dans la marre. Ce qu’il faut maintenant, c’est que la recherche publique s’empare du sujet pour arriver à des calculs beaucoup plus affinés », raconte Maureen Jorand.

« Cette étude arrive à point nommé, car l’agenda pesticides va être extrêmement chargé dans les prochains mois », rappelle la membre du CCFD-Terre Solidaire. En effet, la France arrive prochainement à la présidence de l’Union Européenne. En marge du dernier congrès de l’UICN, Emmanuel Macron avait fait part de sa volonté pour que la France porte une initiative forte pour une sortie des pesticides dans le cadre de cette présidence. « On espère retrouver les objectifs de réduction, mais aussi la question de l’exportation des pesticides, et l’utilisation du glyphosate. On espère que la France poussera en ce sens. »

Ouns Hamdi

VOTRE SOUTIEN À NATURA SCIENCES EST CAPITAL !

Natura Sciences est un média indépendant qui permet à tout le monde de s’informer sur les enjeux écologiques et climatiques. Nous avons fait le choix de refuser les publicités pour préserver notre indépendance.

Mais l’information a un coût. Nous faisons donc appel à vous pour financer nos travaux et rémunérer notre équipe. C’est à ce prix que nous pourrons vous proposer rapidement encore davantage de contenus, de reportages et d’enquêtes.

Nous avons besoin de vous, merci pour votre soutien !


La rédaction vous conseille aussi :