La filière des biodéchets d’Île-de-France entend accélérer son processus de recyclage pour produire du biométhane. Une manière d’anticiper la loi anti-gaspillage, qui rend obligatoire le tri des biodéchets pour tous dès le 1er janvier 2024.

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Les capacités de méthanisation des biodéchets vont être multipliées par 5 en Île-de-France d’ici 2025. // PHOTO : Pixel-Shot / Shutterstock

D’ici 2025 en Île-de-France (IDF), environ 200 000 tonnes de biodéchets seront traités chaque année par 18 unités de méthanisation. C’est l’annonce faite par Gaz Réseau Distribution France (GRDF) ce mardi 30 juin, lors d’une conférence dans un restaurant parisien. Les biodéchets sont les déchets organiques, donc biodégradables. Il s’agit par exemple de tous les déchets alimentaires de type épluchures de légume, reste de yaourt, papiers, cartons et déchets de jardin. Un habitant en produit en moyenne 83 kg par an.

En annonçant cet objectif aux côtés de Moulinot, une entreprise pionnière dans le traitement des biodéchets, GRDF souhaite anticiper une prochaine législation. Car dès le 1er janvier 2024, la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire rend le tri des biodéchets obligatoire pour tous. Cette loi ne concerne pour l’instant que les producteurs de plus de 10 tonnes de biodéchets par an. Pour y répondre, GRDF prévoit des solutions de recyclage.

Le recyclage des biodéchets produit énergie et engrais

Aujourd’hui, on incinère ou on enfoui la plupart des biodéchets. Mais ils peuvent être traités dans ce qu’on appelle des méthaniseurs. C’est là où se produit la méthanisation. Il s’agit d’une technologie basée sur le phénomène biologique de fermentation des matières organiques. Dans les méthaniseurs, les bactéries vont dégrader cette matière organique en l’absence d’oxygène. C’est ce qui différencie cette méthode du compostage, qui se fait lui à l’air libre.

On utilise déjà la méthanisation dans le secteur agricole et pour les boues d’épuration. Elle présente le double avantage de produire du biogaz et des engrais fertilisants. Une fois purifié, le biogaz devient du biométhane. Il présente les mêmes caractéristiques que le gaz naturel en termes de stockage et d’acheminement. Il peut aussi être transformé en carburant. L’engrais produit par la méthanisation s’appelle le digestat. Avant son utilisation, une phase de maturation du digestat par compostage est nécessaire.

En 2020, la méthanisation a augmenté de 70% en France. Cette année en IDF, 20 méthaniseurs injectent du biogaz dans les réseaux. Ils seront 40 d’ici 2022 et 80 en 2025 selon GRDF. En outre, 75% des bus franciliens rouleront au biogaz d’ici 2029, soit 7 500 bus sur une flotte de 10 000. GRDF a aussi annoncé investir 30 millions d’euros d’ici 2025 dans le développement et le renforcement du réseau gaz francilien. L’objectif est d’accélérer l’essor du biogaz.

Le potentiel de l’Île-de-France dans le traitement des biodéchets

Avec un potentiel de plus de 500 000 tonnes de biodéchets mobilisables chaque année en IDF, le développement de cette filière présente de forts enjeux en termes de productions d’énergies renouvelables et d’agriculture durable. C’est pourquoi sur les 80 méthaniseurs en service sur l’IDF d’ici 2025, 18 traiteront uniquement des biodéchets.

A l’heure actuelle, quatre méthaniseurs accueillent des biodéchets en IDF. Ces 18 installations à l’horizon 2025 contribueront à atteindre deux objectifs. Celui de 10% de biogaz injecté dans les réseaux d’ici 2030, et de 100% d’ici 2050.

On collecte aujourd’hui seulement 13% des 500 000 tonnes de biodéchets produits en IDF. Elles proviennent à 89% d’activités professionnelles, soumises déjà pour la plupart à l’obligation du tri à la source. Il reste néanmoins 2/3 des biodéchets alimentaires de ces activités professionnelles à capter. “Concernant les ménages, tout reste à faire”, explique Véronique Bel, directrice adjointe clients territoires IDF chez GRDF. En effet, on collecte aujourd’hui seulement 2% des biodéchets des particuliers.

La restauration, précurseur dans le traitement des biodéchets

Depuis 2014, le chef Stephan Martinez travaille avec ces professionnels pour recycler leurs déchets. Il a créé il y a sept ans Moulinot, une société spécialisée dans les déchets alimentaires. L’homme au béret revient sur la genèse de sa société : “Quand j’étais restaurateur, je trouvais bizarre que mes déchets soient incinérés. Du coup, j’ai acheté 10 kilos de vers de terre et j’ai mis en place un système de compost“. Depuis, Moulinot s’est développée et réalise la collecte des biodéchets de 150 établissements franciliens. L’entreprise compte aussi bien des clients renommés comme Ladurée que des restaurants scolaires, qui composent 20% de ses établissements.

De gauche à droite: Stephan Martinez, Véronique Bel et Guillaume Gomez, lors d’une conférence de presse dans un restaurant parisien. // PHOTO : Jérémy Hernando / Natura Sciences

Depuis 2014, près de 50 000 tonnes de déchets ont été traités grâce à Moulinot. Le chef Guillaume Gomez, qui a travaillé pendant près de 25 ans dans les cuisines de l’Elysée, a été un de ses premiers clients. “La prise de conscience de l’impact de notre alimentation sur l’environnement fait partie des valeurs de la gastronomie française”, assure Guillaume Gomez. Pour que les biodéchets des particuliers permettent eux aussi de produire de l’énergie, un système de collecte similaire à celui opéré par Moulinot doit être mis en place.

Le patron de la société Stephan Martinez a expérimenté avec la collecte des biodéchets des particuliers à Romainville (93) et Viroflay (78). “Nos essais ont bien fonctionné“, se réjouit l’ancien restaurateur. L’homme est optimiste : “Si on équipe bien les particuliers, ça fonctionne. Si on met des endroits dédiés, ça marche aussi.

Jérémy Hernando

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