Près de trois ans après la parution de son livre “La Guerre des métaux rares”, Guillaume Pitron signe une nouvelle enquête extrêmement documentée. Intitulé “L’enfer numérique : voyage au bout d’un like“, l’ouvrage révèle que le digital a un coût écologique important malgré son apparence dématérialisée. Pour Natura Sciences il raconte son livre et ces enjeux.

Dans son appartement parisien, installé sur le fauteuil de son salon, nous retrouvons Guillaume Pitron. Il nous explique comment internet a un impact colossal sur notre environnement. En apparence dématérialisé, le net a des conséquences environnementales bien réelles. C’est tout l’objet de son nouveau livre L’enfer numérique : voyage au bout d’un like (éditions Les Liens qui libèrent, 336 p., 20 €)

La pollution numérique

Si la pollution numérique semble invisible, elle n’en est pas moins nuisible. “C’est l’addition de toutes nos interactions digitales, de toutes nos interactions numériques qu’il faut prendre en considération. 10% de l’électricité consommée par le numérique sur Terre représente environ 4% des émissions de gaz à effet de serre“, explique Guillaume Pitron.

Chaque jour, l’humanité produit plus de données que toutes les données qu’elle n’a jamais produite depuis les débuts de l’informatique jusqu’à 2003, c’est absolument colossal“, ajoute-t-il. Pour l’auteur, le constat est alarmant. Nous produisons des volumes massifs de données. “Pourquoi ? Parce que chaque fois que j’envoie un e-mail, à chaque fois que je reçois un like, à chaque fois que je me déplace, tout cela produit de la donnée. C’est de la donnée vidéo. Lorsque j’utilise une voiture connectée avec des caméras à l’intérieur, pour que la voiture puisse se localiser par rapport à son environnement, tout cela, c’est de la donnée“, dit-il.

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Liker, ça pollue ?

Tous les jours nous likons, partageons, commentons des contenus sur les réseaux sociaux. En cumulé, tout cela a un prix. “Quand je like, de fait, j’utilise toute cette infrastructure. Le coût écologique d’un like, il est inconnu. Il est probablement extrêmement proche de zéro. Un like, ça ne pèse rien pour la planète. Et d’ailleurs, finalement, personne ne sait vraiment“, explique-t-il.

Mais ce qu’il faut comprendre, c’est que nous envoyons chaque jour des milliards de milliards de likes, d’e-mails, de photos de vacances, de vidéos de chats et de notifications en tous genres. On a l’impression, lorsqu’on utilise les outils numériques que nos vies sont dématérialisées. En réalité, il faut de la matière première pour une telle opération. Il faut beaucoup d’électricité pour pouvoir vivre ces vies connectées et dont on a le sentiment qu’elles n’impactent pas l’environnement, qu’elles n’ont aucun impact sur les écosystèmes“, précise le journaliste.

La jeune génération face à l’impact du numérique

Les jeunes sont les premiers à passer des heures sur les réseaux sociaux. Dans son livre, Guillaume Pitron regrette qu’ils se battent à coups de hashtags sans prendre conscience de l’impact du numérique sur notre environnement. “Les jeunes de la génération Greta, qui ont entre 13, 14, 15 ans, 20 et 25 ans, sont extrêmement soucieux et sensibles à la question environnementale et à des formes de pollution qui sont les pollutions que leur laissent les générations précédentes. La pollution due au transport en avion, la pollution plastique, la consommation de viande qui génère du méthane et ainsi de suite“, rappelle-t-il. “Et en même temps cette génération, votre génération peut-être, n’a pas forcément conscience de toute cette pollution numérique qu’elle produit en utilisant des outils numériques, en consommant et en produisant des données“, regrette l’auteur.

Comment agir simplement ?

Pour Guillaume Pitron, “nous sommes responsables de ce phénomène et nous devons agir“. “Nous pouvons agir pour rendre le monde meilleur, pour faire baisser la pollution numérique”, s’enthousiasme-t-il.

Pour prendre conscience de cette pollution, il faut pouvoir la formaliser et connaître quelques chiffres “Il faut commencer à agir en utilisant moins de téléphones portables, en conservant le plus longtemps possible son téléphone portable. Il faut aussi commencer à réfléchir à la meilleure manière de consommer les données, de produire des données en connaissance de cause” explique Guillaume Pitron. “On peut agir de façon très concrète et très efficace en allongeant la durée de vie de nos produits numériques. En fait, le principal défi, c’est de conserver son téléphone portable plus longtemps, de ne pas en changer en permanence, de le réparer quand on peut l’acheter d’occasion et de le revendre d’occasion“, dit-il. Des petits gestes qui peuvent avoir des répercussions importantes pour l’environnement.

Léo Sanmarty

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