La ministre de l’Ecologie Sussan Ley s’est vue rappeler son devoir de diligence à l’égard de la jeunesse australienne. Mordecai Bromberg, juge à la cour fédérale d’Australie a estimé que le gouvernement ne devait pas soutenir des projets polluants. Le gouvernement doit agir pour limiter les risques liés au réchauffement climatique.

Anjali Sharman, activiste de 16 ans, et Brigid Arthur, 86 ans sont à l'origine d'une action en justice contre la ministre de l'Écologie Sussan Ley. Aujourd'hui, elles obtiennent gain de cause. // PHOTO : Justin MCMANUS
Anjali Sharman, activiste de 16 ans, et Brigid Arthur, 86 ans sont à l’origine d’une action en justice contre la ministre de l’Écologie Sussan Ley. Aujourd’hui, elles obtiennent gain de cause. // PHOTO : Justin MCMANUS

Encore une bonne nouvelle pour la justice climatique. La cour fédérale d’Australie a rendu un jugement historique. Elle contraint le gouvernement de protéger la jeunesse des effets du réchauffement climatique. Cette décision fait suite à une action en justice intentée par huit adolescents contre la ministre de l’Écologie Sussan Ley. Anjali Sharma, activiste de 16 ans, est à l’origine de cette action. Ces jeunes ont reçu le soutien de Brigid Arthur, religieuse de 86 ans, volontaire pour être leur tutrice à l’instance. Les neufs plaignants voulaient empêcher de soutenir un projet porté par l’entreprise Whitehaven Coal. Il consistait en l’agrandissement de la mine à charbon de Vickery, dans le nord de la Nouvelle-Galles du Sud. La société voulait l’exploiter pour produire de l’électricité et de l’acier.

Jeudi 27 mai, le juge Mordecai Bromberg a déclaré que les actions de la ministre ne devaient pas porter préjudice au futur des jeunes. Selon lui, la ministre doit respecter un devoir de diligence à l’égard de la jeunesse australienne. En clair, elle ne doit pas porter des projets qui compromettent la qualité de vie future des jeunes australiens. Toutefois, Mordecai Bromberg n’a pas formulé d’injonction à l’encontre de Sussan Ley, arguant qu’elle ne trahirait pas sa responsabilité.

“Un million d’enfants devraient souffrir d’un stress thermique”

Le désastre écologique qu’impliquerait le projet de l’entreprise Whitehaven Coal a motivé la décision du tribunal. Whitehaven Coal. S’il était réalisé, il pourrait entraîner le rejet de 100 millions de tonnes de CO2 supplémentaires. Cela représente 20% des émissions annuelles australiennes actuelles. Pour le juge Bromberg, des émissions de CO2 à un tel niveau serait “catastrophique, en particulier si les températures de surface moyennes mondiales atteignent et dépassent 3°C au-delà du niveau préindustriel”.

Lire aussi : Accord de Paris : le tribunal de La Haye contraint Shell à réduire ses émissions de CO2

Mordecai Bromberg a également énoncé les différents risques sanitaires qui pèsent sur les jeunes australiens sont confrontés. Le juge a indiqué que les preuves présentées devant le tribunal permettent de prévoir que “un million d’enfants australiens d’aujourd’hui devraient souffrir d’au moins un épisode de stress thermique suffisamment grave pour nécessiter des soins aigus dans un hôpital”. Puis il a ajouté que “des milliers de personnes souffriront de la mort prématurée du stress thermique ou de la fumée des feux de brousse”.

“Décision historique” contre le réchauffement climatique

David Barnden, l’un des avocats représentant les adolescents a qualifié cette décision d’“étonnante”. “C’est la première fois au monde qu’une telle obligation de diligence est reconnue”, félicite-t-il. L’avocat des plaignants se réjouit de voir la justice trancher en faveur de la protection des plus vulnérables. Maître Barnden a également indiqué que pour le moment, le projet d’exploitation de la mine à charbon de Vickery est momentanément en suspens.

La joie s’est également emparée des jeunes protestataires. Agée de 17 ans, Ava Princi, l’une des huit adolescents, se dit “ravie de cette décision historique”. “Mon avenir et celui de tous les jeunes dépendent de l’abandon de l’Australie des projets de combustibles fossiles et de son adhésion au monde pour prendre des mesures climatiques décisives.” Cette décision inédite fait suite à celle rendue par le tribunal néerlandais de La Haye, qui a contraint l’entreprise pétrolière Shell à se conformer aux objectifs fixés par l’Accord de Paris.

Chaymaa Deb

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