En dépit de leur grande déception, les membres de la Convention citoyenne pour le climat continuent d’agir. Alors que certains s’engagent en politique, d’autres mettent leurs nouvelles connaissances écologiques au profit de la société civile.

Les membres de la Convention citoyenne pour le climat continuent d'agir en parallèle du projet de loi.
Grégoire Fraty, Mélanie Cosnier, Sylvain Busquier et William Aucant ont choisi de s’engager pour agir plus efficacement que le gouvernement en faveur de la réduction des émissions de gaz à effet de serre. // Photos : DR // Montage C. Godeme

Lobbying, engagement associatif, manifestations, ou encore candidature aux élections : la Convention citoyenne pour le climat (CCC) continue d’agir. Déçus par la mise en œuvre de leurs propositions, des membres de la CCC cherchent comment faire avancer autrement la cause de l’environnement. Pendant plusieurs mois, 150 citoyens tirés au sort se sont livrés à un exercice inédit de démocratie participative. En octobre 2019, Emmanuel Macron leur avait demandé de trouver des solutions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Leur mission s’est terminée fin février 2021, et le bilan était mitigé. Bien qu’ils gardent généralement d’agréables souvenirs de cette expérience, beaucoup d’entre eux sont désappointés. D’ailleurs, les citoyens ont jugé très sévèrement la réponse de l’exécutif à leurs 149 propositions. Ces derniers ont affublé le projet de loi climat censé reprendre leurs propositions d’un maigre 3,3/10.

La Convention citoyenne prend une “claque”

Mais voulant contrer leur amertume, plusieurs de ces citoyens refusent aujourd’hui d’abandonner leur combat pour le climat. Nombre d’entre eux ont concédé avoir pris une “claque” lorsque les experts leur ont exposé l’ampleur de la crise climatique. Via leur association, “Les 150“, ils ont décidé d’interpeller leurs concitoyens, appelés à s’engager sur un “serment pour le climat“. Celui-ci est destiné à “porter, appliquer ou transmettre” leurs propositions. “Même si je suis très insatisfait, le projet de la Convention j’y crois encore. On peut le transmettre au plus grand nombre”, explique William Aucant, membre de la CCC à l’origine de l’idée.

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Beaucoup de citoyens ont par ailleurs soutenu l’appel à manifester dimanche prochain pour “une vraie loi climat”. À l’initiative d’associations, d’ONG et de syndicats plusieurs rassemblements auront lieu partout en France ce 28 mars. Les manifestants réclameront un renforcement du projet de loi Climat et Résilience, jugé bien trop timide. “Nous, en quelque sorte on a fini notre travail. Aux associations, à la société civile de prendre le relais”, estime Isabelle Robichon. De son propre aveu, cette citoyenne n’était pas dupe. Elle déclarait même être “sans illusions” sur la volonté de l’exécutif d’appliquer les propositions de la CCC.

“Lobbying citoyen” de la Convention citoyenne pour la loi climat

Certains avaient misé sur un “lobbying citoyen” pour voir traduites “sans filtre” leurs mesures. Ils voulaient alors rencontrer des parlementaires pour les convaincre “d’améliorer” ce texte. “Mais on a bien compris qu’ils ont envie de faire leur boulot sans qu’on marche sur leurs plates-bandes”, constate Sylvain Burquier, l’un des 150. “Nos propositions sont posées, maintenant il faut laisser les parlementaires faire leur travail”, juge un autre, Grégoire Fraty. Les résultats ont en tout cas été maigres. “Tous les amendements pour renforcer le texte sont refusés”, résume Mélanie Cosnier, qui se dit “démoralisée”.

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Cette ancienne auxiliaire de vie originaire de la Sarthe a d’ailleurs fait le choix d’un engagement différent. Pour elle, c’est une suite logique à ce qu’elle a entrepris avec la CCC. L’an dernier, en pleine convention, elle a été élue maire de son village. “Je me suis dit que c’était la bonne échelle pour faire des choses. Si le gouvernement ne fait rien, on peut agir à ce niveau là“, explique-t-elle. Pour les élections régionales en Pays de la Loire, elle sera tête de liste de son département pour Matthieu Orphelin. Le député du Maine-et-Loire, proche de Nicolas Hulot, est un ancien LREM en rupture avec la majorité présidentielle.

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Matthieu Orphelin, très engagé auprès de la CCC, aura également William Aucant sur ses listes. “Pendant la convention, on a appris que l’action locale est primordiale. Il y a énormément de chantiers à mener et de mesures à mettre en œuvre”, explique l’urbaniste nantais. Jusqu’à son intégration dans la CCC, il éprouvait du “désintérêt” pour la politique. Mais aujourd’hui, il dit avoir “envie de participer à ce débat là”. À l’instar de Grégoire Fraty en Normandie, d’autres citoyens réfléchissent encore à “l’idée de pouvoir peser” en se présentant. Lui juge que les citoyens “ont des choses à apporter sur le plan climatique et démocratique”. Il se félicite également “d’avoir été démarché par plusieurs partis”.

“Mettre à profit ce que j’ai appris”

D’autres encore envisagent de continuer leur combat climatique en dehors de la sphère politique. “L’engagement ça peut prendre plein de formes”, estime Sylvain Burquier. “Moi qui fais de la pub et du marketing, je fais évoluer ma pratique. J’essaie de faire bouger les choses, mettre à profit ce que j’ai appris.” Ce cadre dans la com’ s’est ainsi investi dans les discussions sur les “chartes” pour la publicité lancées dans la foulée de la CCC, qui prônait la régulation du secteur.

Pour Agnès Catoire, le changement est très personnel. Gestionnaire de paie en région parisienne, elle a perdu son emploi pendant la convention. Désormais, elle souhaite valoriser les compétences qu’elle y a acquises pour travailler dans le secteur environnemental. “Je ne me vois plus faire autre chose”, assure-t-elle. Car si elle juge le résultat “hyper décevant”, elle “ne pense pas que ça n’a servi à rien”. Elle défend les 149 propositions “dès que possible”, notamment avec des associations. “Si tout le monde a la même information que nous, ça peut changer la donne. Le plus important c’est de partager ce qu’on a appris.”

Chaymaa Deb avec AFP

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