Du 31 octobre au 12 novembre, l’Union Européenne et 196 pays se réuniront à Glasgow à pour la COP26. En amont de ce rendez-vous, le ministère de la transition écologique a décrypté les enjeux et les objectifs à atteindre.

Stéphane Crouzat, Ambassadeur français chargé des négociations sur le changement climatique présente les objectifs de la France pour la COP26
Stéphane Crouzat, Ambassadeur français chargé des négociations sur le changement climatique, pour les énergies renouvelables et la prévention des risques climatiques et Kévin Magron, Conseiller diplomatique de Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique. // Ouns Hamdi

« L’urgence est de plus en plus avérée et il faut faire quelque chose. Le Giec a sorti le premier volume de son sixième rapport en août. Il nous indique que nous aurons atteint 1,5°C d’augmentation vraisemblablement d’ici le début des années 2030. Soit dix ans plus tôt que ce qui était anticipé », souligne le ministère de la transition écologique. Au regard de ces dernières données, les efforts doivent donc être intensifiés pour arriver à maintenir les objectifs. Pour aller dans ce sens, plusieurs axes de discussions ont été retenus pour la préparation de cette COP26. Entre autres : l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre, l’adaptation, le financement de la lutte contre le changement climatique et la mise en œuvre de l’Accord de Paris.

L’atténuation des émission de gaz à effet de serre, loin des objectifs

L’un des principaux leviers pour lutter contre le dérèglement climatique est l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre. Dans le cadre de l’Accord de Paris, chaque pays a donc dû remettre sa contribution déterminée au niveau national (CDN). Il s’agit de ses objectifs en termes de diminution des émissions. Or, pour l’instant, ces dernières restent encore bien trop élevées pour contenir le réchauffement de la planète à 1,5°C. C’est du moins ce que montre le rapport de synthèse de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Un document dont António Guterres, secrétaire général des Nations unies, avait qualifié d’« alerte rouge pour notre planète ». Pour lui, ce rapport « montre que les gouvernements sont loin d’avoir atteint le niveau d’ambition nécessaire pour limiter le changement climatique à 1,5°C et atteindre les objectifs de l’Accord de Paris ».

Un constat partagé en France par le ministère de la Transition écologique. « Le secrétariat de la CCNUCC a pris l’ensemble des contributions déterminées au niveau national, a fait ses petits calculs. Il est arrivé à la conclusion que si tout le monde respecte ses engagements, nous arriverons à une augmentation des émissions en 2030 par rapport à 2010. Or, le Giec nous dit que sur la même période, nous devrions réduire nos émissions de 45%. On est très très loin du compte ».

Quelques bonnes nouvelles

Une autre nouvelle vient tout de même éclaircir ce rapport alarmant de la CCNUCC. « Ils ont pris les 113 Parties qui ont proposé une nouvelle CDN. Ils ont vu que ces 113 Parties qui ont rempli leurs obligations au titre de l’Accord de Paris, arrivaient à une réduction de leurs émissions de l’ordre de 12% sur la période 2010-2030. Nous sommes donc loin du compte, mais c’est un peu moins mauvais », tempère le ministère de la transition écologique.

Si les gouvernements sont encore loin des objectifs, quelques bonnes nouvelles sont à relever d’après le ministère. « Le G7 s’est mis en ordre de bataille, avec toutes les annonces qui ont été faites au printemps. Il y a eu aussi de nouveaux signaux qui vont dans le bon sens. Notamment avec la ratification de l’Accord de Paris par la Turquie et son annonce pour atteindre une neutralité carbone d’ici 2053. On a aussi l’Afrique du Sud qui a déposé une CDN très ambitieuse », rappelle le ministère de la transition écologique. Plusieurs autres pays semblent prendre le pas. A l’exemple des Émirats Arabes Unis qui se sont donné un objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050. La Corée du Sud devrait quant à elle déposer prochainement une CDN avec un objectif de moins 40% par rapport à 2018 d’ici 2030. De son côté, le président chinois a annoncé mettre fin à la construction de centrales à charbon.

Encore beaucoup de progrès possibles

« Malgré ces bonnes nouvelles, on est encore loin du compte », admet le ministère. « Le G20 est en première ligne, avec 80% des émissions dues à ses pays membres. Là-dessus, malgré le fait que tous les pays du G20 se sont engagés à remettre des CDN ambitieuses, nous avons toujours quelques pays comme la Chine, l’Arabie Saoudite et l’Inde qui n’ont toujours pas remis de CDN », précise-t-il. La Turquie n’a pas non plus annoncé sa contribution déterminée au niveau national. Elle devrait prochainement le faire, mais sans doute pas à temps pour le début de la COP26.

D’autres pays ont quant à eux remis leur CDN, mais elles sont toujours « notoirement insuffisantes », selon le ministère de la transition écologique. Parmi eux, citons : « la Russie, le Brésil, l’Indonésie, le Mexique ou l’Australie ». Autant de pays qui ont certes remis leur nouvelle contribution déterminée au niveau national, « mais qui ne relèvent pas l’ambition par rapport à leur première CDN de 2015 », déplore le ministère.

Le financement très en dessous des objectifs affichés

Un autre sujet qui est en discussion en vue de ce nouveau sommet est celui du financement. En 2009, les pays développés avaient promis le déblocage de 100 milliard de dollars par an, dès 2020. Des fonds en faveur des pays en développement pour financer leurs actions de lutte contre le changement climatique. Au moment où cet engagement a été pris, aucune méthodologie de comptabilisation de ces financements n’avait été agréée. Aucune ne l’est aujourd’hui. « L’OCDE a sorti les chiffres sur la finance climat. Pour 2019 nous sommes arrivés à 79,6 milliards de dollars, ce qui fait que l’objectif de 100 milliards de dollars est hors de portée en 2020 », admet le ministère de la transition écologique.

Un problème que les britanniques ont décidé de mettre sur la table en vue de la COP26. L’objectif est de voir quand et comment les pays développés pourront arriver à remplir cette promesse. « C’est pourquoi il y a eu une demande du président de la COP, adressée aux deux volontaires qui étaient l’Allemagne et le Canada, de faire un Delivery Plan sur l’atteinte de l’objectif des 100 milliards, et sur ce qu’on devrait faire entre maintenant et 2025 pour atteindre cet objectif », explique le ministère. Ce plan devrait être dévoilé dans les prochains jours. « A la COP26 sera également discuté le post-2025. Il s’agira de savoir comment on peut cadrer le débat. Pendant la COP26, il ne s’agira pas de définir le montant, mais de parler du cadre dans lequel il pourra être défini. Le montant sera déterminé au niveau politique en 2024. Ce qu’on espère obtenir à la COP26, c’est une décision qui permette d’engager de manière sereine la discussion pour la suite. Pas plus », souligne-t-il.

Efforts de quelques pays et maintien des objectifs français

De leur côté, les États-Unis semblent plus volontaristes en matière de lutte contre le changement climatique. « Ils ont annoncé une augmentation très significative de leur finance climat. 11,4 milliards de dollars à partir de 2024. C’est un doublement par rapport au doublement du second mandat de Barack Obama, c’est très significatif », selon le ministère de la transition écologique. D’autres augmentations de financements devraient provenir de pays tels que la Suède ou l’Italie d’ici la COP.

La France affiche quant à elle 6 milliards d’euros par an pour la finance climat entre 2021 et 2025. Un tiers ce ce montant sera dédié à l’adaptation. « C’est en augmentation par rapport à l’objectif précédemment assigné à la France par le président Hollande en 2015, qui était de 5 milliards par an. En 2019 nous avions sur-performé, puisque nous avions atteint les 6 milliards. En 2020 nous avions atteint l’objectif de 5 milliard comme prévu. Nous prévoyons bien de remonter en 2021 pour être à 6 milliards et de rester sur ce chiffre tous les ans jusqu’en 2025″, affirme le ministère.

Une demande d’augmentation pour l’adaptation

« Beaucoup de pays demandent une augmentation de l’adaptation. Le secrétaire général des Nations Unies également, pour consacrer 50% à l’atténuation des émissions de gaz à effets de serre, et 50% à l’adaptation. En France, nous nous sommes engagés à monter à un tiers. Ce qui est une augmentation considérable par rapport aux dernières années. Un quadruplement par rapport à l’époque de l’Accord de Paris », selon le ministère.

« Plusieurs sujets de négociations sur la finalisation des règles de l’Accord de Paris sont sur la table », d’après le ministère. C’est notamment ce sur quoi vont travailler les négociateurs durant les 15 jours à Glasgow. « On espère pouvoir les régler à la COP26 ». La question de la temporalité, et de la durée des CDN doit également être abordée. « Nous avons, là aussi, des positions qui sont très diverses, certains pensent qu’elles doivent couvrir cinq ans, d’autres dix ans. Nous, l’Union Européenne, avons décidé que cinq ans serait meilleur », rapporte le ministère de la transition écologique.

Vers un succès de la COP26?

Si la COP21 avait été qualifiée de succès, le même constat n’est pas assuré cinq ans plus tard à Glasgow. Pour le ministère de la transition écologique, « il est difficile de dire si on arrivera à un grand succès avec la COP26 ». « Nous allons y travailler un maximum. Mais il est assez clair que l’environnement géopolitique et les équilibres entre les grandes puissances ont un impact sur les négociations. Une grande partie de l’attention porte notamment sur la Chine. Un pays qui est déterminant pour atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés », précise-t-il.

Par ailleurs, à la COP21, l’objectif était de trouver un accord pour fixer le cadre pour lutter contre le dérèglement climatique. « La COP26 sera un peu différente sur ce plan-là. Il y aura plusieurs volets et plusieurs décisions qui seront prises, comme à chaque COP. Mais il n’y aura pas de nouvel accord de Glasgow », souligne le ministère de la transition écologique. Pour savoir si ce nouveau sommet sera un succès, une question majeur se pose. « Est-ce que les chefs d’états et de gouvernements feront des annonces suffisamment ambitieuses pour des trajectoires compatibles avec 1,5°C? Après les calculs, si on se retrouve à 1,7°C par exemple, on pourra considérer que ça aura été un succès. Si on est à 2,1°C, on pourra dire que c’est un bon début, mais qu’il reste fort à faire. Si on est à 2,5°C on pourra commencer à dire que c’est un échec », avertit ministère de la transition écologique.

Ouns Hamdi

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