À l’occasion de ses 50 ans, Gestes Propres a tenu une conférence de presse en compagnie de ses partenaires. L’association de lutte contre les déchets dresse son bilan annuel et annonce ses actions pour 2022.

L’ONG Gestes Propres lutte contre les déchets abandonnés PHOTO : Affiche de campagne de Gestes Propres

Ce jeudi, l’association Gestes Propres tenait une conférence de presse à l’occasion de ses 50 ans. Pour relever les nouveaux défis des déchets sauvages et marins, l’ONG a annoncé une nouvelle gouvernance. Elle rassemblera ainsi les collectivités territoriales et les espaces naturels à ses décisions stratégiques. Forte de multiples partenaires, la problématique des déchets abandonnés fédère. Mais les Français ont “une faible conscience du danger”, rapporte une partenaire de l’association. 

Gestes Propres est le nom de la campagne nationale de prévention des déchets sauvages, menée par l’association Gestes Propres, créée en 1971. L’association rassemble une communauté d’acteurs : citoyens, entreprises, collectivités locales, associations. Soutenue par le Ministère de la Transition écologique, l’association promet d’agir concrètement sur la prévention des déchets sauvages et marins

Emballages, mégots, chewing-gums, mouchoirs en papier, restes de pique-nique… Les déchets deviennent déchets sauvages dès lors qu’ils sont abandonnés par le citoyen dans la nature. Ils se trouvent ainsi en dehors de tout circuit de collecte et de récupération. Les trois gestes à adopter sont simples : jeter dans la poubelle, trier les emballages recyclables et ramasser les déchets abandonnés

100 tours Eiffel de déchets abandonnés

Cette année, Gestes Propres a poursuivi ses programmes phares comme “Je Navigue, je Trie”, qui a permis cet été de sensibiliser plus de 366 000 plaisanciers dans 72 ports. L’ONG était aussi engagée lors du célèbre Tour de France, au festival d’Avignon, et lors d’opérations de nettoyage de la nature.

La déléguée générale de Gestes Propres, Carole Carpentier, rappelle l’importance d’évaluer les déchets sauvages. L’association estime à un million de tonnes par an la quantité de déchets abandonnés. Une estimation qui se base notamment sur la méthode de l’Ademe. L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie rapporte 21,4 kg de déchets par an et par habitant, soit 1,4 millions de tonnes.

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“C’est l’équivalent de 100 tours Eiffel”, déplore Carole Carpentier. En comparaison, en 2018, l’ONG estimait à environ 520 000 tonnes de déchets sauvages jetés, l’équivalent de 52 Tours Eiffel. Par ailleurs, la déléguée générale cite “77 000 tonnes de déchets sur le total des routes”, soit 193 kg par km. 

Jean-François Molle, président de Gestes Propres, relève un apparent paradoxe. En 2021, l’ONF, office national des forêts, rejoint Gestes Propres en même temps que Pepsico. “Ce qui reflète bien la collégialité et la transversalité de nos actions”, se félicite le président de l’association. Jean-François Molle promet l’évolution de la gouvernance de Gestes Propres. “Notamment grâce aux collectivités locales qui entrent en conseil d’administration”, a-t-il annoncé.

Une lutte fédératrice

À l’AMF, association des maires de France, “les élus ont des soucis avec la propreté de leurs communes”, rapporte Florence Presson, adjointe au maire de la ville de Sceaux. Ainsi, dès 2022, une expérience pilote de trois ans sera menée par l’AMF et l’association Rudologia. Cinq communes, dont Sceaux, vont tester un plan d’action intégré sur-mesure et à 360° pour stopper la prolifération des déchets abandonnés sur leur territoire.

Le déchet abandonné va prendre de plus en plus d’importance dans les entreprises. C’est en tout cas ce que notifie Jean Hornain, directeur général de Citeo, l’éco-organisme en charge de financer le tri des emballages ménagers et des papiers graphiques. “La loi va demander aux entreprises de contribuer, de s’engager”, rapporte Jean Hornain. Citeo participe activement aux appels à manifestation d’intérêt, notamment auprès des élus. 

Autre déchet de (petite) taille : les mégots. Alcome, éco-organisme qui lutte contre les déchets du tabac, a également rejoint la lutte menée par Gestes Propres. Marie-Noëlle Duval, présidente d’Alcome, espère “sensibiliser les fumeurs aux bons gestes.” Sans surprise, les mégots sur les voies publiques nécessitent “un grand nettoyage”, rappelle-t-elle. Une des solutions que l’éco-organisme soutient : les cendriers de poche, que tous les fumeurs devraient posséder.

L’éboueur le plus connu de Paris était aussi présent en tant que parrain de la conférence. Ludovic Franceschet, agent de la propreté de Paris, est devenu ambassadeur de Gestes Propres. Pour Jean-François Molle, c’est “la marque d’une empreinte de collégialité de cette lutte, l’idée que tout le monde a un rôle à  jouer.” Sur son compte Tiktok à plus de 170 000 abonnés, Ludovic montre la réalité de son quotidien. “Je matraque tout le monde de tout jeter à la poubelle”, relate-t-il.

En France, “une faible conscience du danger”

Mais qu’en pensent les Français ? Stéphanie Foucard, directrice de la sensibilisation chez Citeo, rapporte les résultats d’un sondage mené en collaboration avec l’IFOP. Premier point essentiel : “90% jugent le consommateur responsable des déchets”, souligne Stéphanie Foucard. Pourtant, 27% des Français avouent avoir déjà abandonné un déchet, dont 19% pour cause d’absence de poubelle. Un comportement « qui a des conséquences catastrophiques », condamne Gestes Propres. 

Abandonner un déchet est d’abord une incivilité pour 51% des Français. Puis de la pollution (41%) et de l’irresponsabilité (34%). Les solutions qui viennent à l’esprit des Français relèvent davantage de la répréhension. 54% des Français plaident pour sanctionner l’auteur, essentiellement via des amendes. À la suite de cette enquête, Stéphanie Foucard rapporte le constat “d’une faible conscience du danger que représentent les déchets abandonnés. Qui passe bien derrière le réchauffement climatique.” 

Et si les mesures sanitaires liées au Covid ont limité la prolifération des déchets abandonnés dans certaines zones, elles ont également créé une nouvelle source de déchets sauvages avec, notamment, la multiplication des masques abandonnés.

Jeanne Guarato

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