C’est une nage bien insolite qui se prépare en Antarctique. Lewis Pugh, nageur d’endurance et parrain de l’ONU pour les océans, s’apprête à nager dans un lac supraglaciaire. Face à l’urgence climatique, il veut ainsi convaincre les décideurs russes et chinois à soutenir le projet d’aires marines protégées autour de l’Antarctique.

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Lewis Pugh s’entraîne en Antarctique avant sa traversée d’un lac supraglaciaire sur un kilomètre. PHOTO//Kelvin Trautman

« Nous avons eu de bonnes conditions jusqu’à aujourd’hui, mais au cours des deux derniers jours, les conditions se sont aggravées, avec des vents forts qui rendent la natation très difficile car ils abaissent considérablement la température de l’air, partage Lewis Pugh, par liaison satellite. Quelques heures avant de s’élancer dans un lac supraglaciaire équipé d’un simple maillot de bain,de lunettes de piscine et d’un bonnet, Lewis Pugh rappelle l’urgence. « Le continent fond, tandis que le reste du monde brûle, de l’Australie à la Sibérie en passant par la Californie. Il s’agit d’une urgence climatique.»

Nager dans un lac supraglaciaire

Lewis Pugh s’apprête à traverser à la nage un lac supra-glaciaire sur 1 km dans l’Antarctique oriental ce jeudi 23 janvier. Lewis Pugh nagera ainsi dans des conditions extrêmes sans combinaison. Il affrontera une eau juste au-dessus de 0°C, soumise à un fort refroidissement éolien. Et rien ne lui garantit que le lac ne se videra pas soudainement par une fissure dans la calotte glaciaire…

Les lacs supraglaciaires sont des lacs qui se forment à la surface des glaciers. Leur nombre se multiplie à mesure que les températures augmentent. D’après une étude parue en septembre 2019 dans la revue Scientific Reports, 65 000 lacs supraglaciaires se trouvent sur l’inlandsis de l’Antactique oriental où nagera Lewis Pugh. Ils peuvent atteindre plusieurs kilomètres de diamètre, plusieurs mètres de profondeur. Éphémères, ils peuvent persister plusieurs années ou se vider en quelques heures.

Pour un réseau d’aires marines protégées autour de l’Antarctique

« Je voulais nager ici en Antarctique de l’Est pour promouvoir l’appel à une zone de protection marine de l’Antarctique de l’Est », insiste Lewis Pugh. Au sein de la Convention sur la conservation de la faune et la flore marines de l’Antarctique (CCAMLR), la France et l’Australie ont proposé en 2011 la création d’une aire marine protégée dans l’Antarctique oriental. Cette zone couvre d’importantes ressources pour les populations de mammifères et d’oiseaux de l’Antarctique. Elle comprend aussi la biodiversité des fonds marins de l’Antarctique, comme le krill, ciblé par la pêche. Mais la Russie et la Chine bloquent ce projet international d’aires marines protégées. Ce projet comprend trois propositions d’aires marines protégées.

« Cette année marque le 200e anniversaire de la découverte de l’Antarctique par l’amiral russe von Bellingshausen », rappelle Lewis Pugh. Il se rendra donc à Moscou pour convaincre les dirigeants politiques de soutenir la mise en place de ce réseau de zones marines protégées dans l’océan Austral. « Je raconterai ma baignade en Russie, où ils commémoreront ce bicentenaire et j’espère les convaincre que la protection de ce dernier grand désert serait le meilleur moyen possible d’honorer cet héritage », complète-t-il.

Lewis Pugh nage dans les écosystèmes les plus vulnérables de la Terre. Rien ne lui résiste : Pôle Nord, lacs de glaciers, Mont Everest… Il a nagé 560 km le long de la Manche. Et il a nagé sur de longues distances dans tous les océans du monde. Grâce à ses exploits, le parrain de l’ONU pour les océans a déjà participé à la protection de plus de 2,2 millions de km2 d’océans. Soit une superficie plus grande que l’Europe occidentale. En particulier, il a contribué à la première aire marine protégée dans la mer de Ross. Au large de l’Antarctique, elle s’étend sur 1,5 million de km2. Et il s’agit de la plus grande zone protégée au monde à ce jour. Il travaille à la protection complète d’au moins 30 % des océans du monde d’ici 2030. Dans ce cadre, il annonce prévoir d’ores et déjà plusieurs autres nages stratégiques.

Auteur : Matthieu Combe, journaliste du magazine Natura-sciences.com


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