Ce jeudi 8 avril, de jeunes militants menés par Camille Étienne ont assuré eux-mêmes la navette parlementaire pour la loi Climat. Et en courant ! Reportage.

Jeunes militants assemblée nationale
Camille Étienne et le sénateur Thomas Dossus devant le Sénat. // PHOTO @tomdoss

Camille Étienne (@graine_de_possible) a donné rendez-vous aux parlementaires ce jeudi 8 avril à 13h devant le Sénat. L’objectif de cet appel lancé sur les réseaux sociaux ? Engager la conversation sur la loi Climat qu’elle juge vidée de sa substance par Emmanuel Macron. Car si le président avait retenu 146 des propositions faites par la Convention citoyenne pour le climat, ses membres ont finalement sorti le stylo rouge. Les 150 citoyens ont accordé une moyenne de 3,3 sur 10 au gouvernement concernant la reprise de leurs propositions. Le projet de loi est désormais âprement discuté dans l’hémicycle depuis le 29 mars.

Le préfet de Paris a interdit leur présence sur la Place du Président-Édouard-Herriot pour des raisons sanitaires ? Qu’à cela ne tienne, Camille Étienne, Agathe Daniel, Hugo Viel, Stacy Algrain, Julie Pasquiet, Lou Garcia jouent avec les règles de ce troisième confinement. Ils invitent les politiques à venir partager une séance de sport avec eux.

Première étape : au Sénat, avec les sénateurs écologistes

À 13h, les jeunes militants arrivent au lieu de rendez-vous et s’installent derrière le kiosque de la place Pierre-Dux. Une dizaine de jeunes sont au rendez-vous et certains sont même venus de Lille ou de Strasbourg. “J’ai été scandalisé par le fait qu’ils aient été verbalisés, s’indigne un étudiant de l’ISAE venu soutenir le mouvement. Je suis venu pour aider le mieux possible.”

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Les militants sont remontés à bloc. “Finalement, on a peut-être plus d’impact que ce qu’on aurait espéré, analyse Stacy Algrain, étudiante en politique environnementale et fondatrice du média Penser l’après. Même si on ne change pas le monde, on montre que le débat doit continuer. On redonne de la force aux décideurs politiques qui y vont avec leurs tripes et leurs valeurs et qui ne suivent pas forcément les demandes des groupes politiques.”

On a bon espoir que notre message continue à secouer le pouvoir”, complète Lou Garcia, le sourire au coin des yeux. “Ils ne s’attendaient pas à ce que des députés fassent le déplacement, qu’ils commencent à nous prendre au sérieux et que même des membres de la majorité commencent à venir débattre avec nous.”

Loi Climat : PAC, avion, publicité et engrais azotés

Les sénateurs arrivent justement peu de temps après et des petits groupes de parole se composent. Thomas Dossu, Daniel Salmon et Guillaume Gontard, députés du groupe écologiste, abordent avec les citoyens les sujets de la politique agricole commune, des trajets en avion, de la publicité pour les produits polluants et des engrais azotés.

Je pense qu’il y a un problème de prise de conscience de l’urgence du moment, expose Thomas Dossus, sénateur écologiste du Rhône. Je pense que certains élus pensent qu’on a encore le temps de trouver un équilibre économique. Fin mai, début juin, ici au Sénat, on aura besoin d’une pression citoyenne pour faire comprendre aux sénateurs et aux sénatrices l’urgence du moment.”

Quant aux propositions qui auraient des chances de pouvoir passer, le sénateur se dit très pessimiste. “Je ne sais pas s’il y aura beaucoup d’amendements qui auront des chances. Par contre, je sais ceux qui sont urgents : ceux sur les engrais azotés. Il faut montrer leur nocivité et l’impact qu’ils ont sur le climat. Je sais que sur la publicité on peut avancer aussi. Je pense que certains élus sont prêts donc il faut les pousser là-dessus.

Étirements et débat politique devant le siège d’Air France

À 14 heures, Camille Étienne donne le top départ vers le siège d’Air France, à proximité de l’Assemblée nationale. Après avoir pris la pose, tout le monde part en courant, même les plus récalcitrants finissent par s’y mettre.

Sur place, d’autres citoyens se joignent au mouvement, agrandissant le groupe. Après un court repos, les étirements, squats et rondades commencent sur la pelouse verte. La police passe sur le boulevard à plusieurs reprises en allumant les gyrophares et les sirènes. Camille Étienne répartit alors tout le monde en petits groupes de six personnes. Mais la formation éclate quand arrivent Cyril Dion, réalisateur du film Demain et garant de la Convention citoyenne pour le climat, ainsi que Mathilde Imer, membre du comité de gouvernance. Dans sa prise de parole, Cyril Dion revient sur le rôle qu’il a joué dans la mise en place de la convention citoyenne et appelle à “prendre le pouvoir par les élections”.

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On voit bien aujourd’hui qu’on a pu faire avancer le gouvernement jusque là où on en est aujourd’hui mais ce n’est pas suffisant. Si on veut aller plus loin, ça vaut certainement le coup d’élire des personnes qui comprennent ce qui est en train de se produire et qui sont prêts à mettre en œuvre des mesures beaucoup plus ambitieuses.

Jean-Charles Colas-Roy débat sans filtre

Lucie Lucas, l’actrice engagée qui joue dans la série Clem fait un passage éclair au siège d’Air France. Pendant ce temps, Camille Etienne et Hugo Viel discutent avec Jean-Charles Colas-Roy, député LREM de l’Isère. Les jeunes activistes tentent alors de convaincre l’élu que “les petits pas ça ne suffit pas”. “Une loi Climat, on n’en aura pas d’autre avant plusieurs années“, explique Hugo Viel.

Il ne faut pas non plus tout voir en noir, se défend Jean-Charles Colas-Roy. Quand on entend l’opposition, on dirait presque qu’on ne fait rien. On peut aussi essayer d’avoir une approche lucide et dire qu’il y a des choses qui sont bien. Quand on regarde les débats, de temps en temps, il y a une alchimie qui se crée autour de la conviction.”

L’élu isérois regrette également le court temps de travail parlementaire. “On a six ou huit semaines de travail pour les parlementaires. J’aurais souhaité qu’on ait plus de temps pour faire des auditions dans la commission, plus de temps pour débattre en commission. Ce que je regrette, c’est que ça ne donne pas de temps aux non-inscrits qui portent aussi des convictions.

L’ironie de parler aérien et train devant le siège d’Air France

Les militants, regroupés autour du député, abordent les questions des vols intérieurs et des véhicules électriques. Ils s’attardent longuement sur la difficulté de faire promulguer des lois. Le député défend 100 amendements à l’Assemblée nationale. L’un d’eux prône le retour des petites lignes de train. Mais il se montre tout de même frileux sur les vols intérieurs, arguant que la France a besoin d’un constructeur et d’une compagnie aérienne pour maintenir le lien entre la Métropole et les DOM-TOM.

Mais à l’intérieur du territoire métropolitain, “est-ce qu’on est pas capable de faire 4 h 30 de trajet en train ?”, demande alors Camille Étienne. “Moi je suis pour qu’on soit plus volontaristes, mais il ne faut pas non plus que les mesures, braquent des secteurs parce que ça peut être contre-productif, on l’a vu sur la taxe carbone”, répond Jean-Charles Colas-Roy.

Une réponse qui ne satisfait pas les militants. Si la taxe carbone a fait flop, c’est parce qu’elle pénalise avant tout les mauvaises personnes, celles qui n’ont pas assez d’argent pour prendre l’avion, rappelle Camille Étienne. Le débat se poursuit encore un peu avant le départ de l’élu isérois. Si les jeunes gens n’ont pas forcément réussi à le rallier à leur cause, ils sont heureux d’avoir pu mener un véritable échange démocratique.

Ils se sont encore mobilisés ce vendredi, en vélo cette fois-ci. Ils reviendront la semaine prochaine devant l’Assemblée nationale. Ils attendent d’ailleurs toujours le groupe Les Républicains.

Fanny Bouchaud

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