Plastic Odyssey est une aventure hors norme. Durant trois ans, son bateau carburant aux plastiques non recyclables fera escale sur les côtes des pays en développement. Son objectif : y créer des filières locales de valorisation des plastiques pour qu’ils ne finissent plus dans les océans. Départ prévu en mars 2021.

plastic odyssey expedition
Plastic Odyssey veut faire recycler le plastique plutôt que de le retrouver dans les océans. PHOTO//Raphaël Barriol

Simon Bernard est de ces jeunes entrepreneurs qui veulent changer la face du monde. Co-fondateur du projet Plastic Odyssey, il souhaite participer au développement du recyclage mondial des plastiques. « J’ai travaillé pendant deux ans sur le projet Nomade des mers, se rappelle-t-il. Pendant deux semaines sur le bateau à Dakar, j’ai vu qu’il y avait du plastique partout. À côté de cela, plein de gens venaient nous voir pour qu’on leur donne des petits boulots. J’ai compris qu’on pouvait mettre à leur disposition des machines open-source pour qu’ils puissent monter leur petite entreprise. » Grâce à ces nouvelles entreprises, des centaines de personnes vivront de la collecte des déchets tout en nettoyant les côtes.

Une expédition maritime contre la pollution plastique

« Une expédition maritime est l’idéal pour être confronté à la réalité du terrain », présage cet ingénieur de l’École Nationale Supérieure Maritime (ENSM), officier de la marine marchande. Ainsi, Plastic Odyssey pourra adapter ses machines aux besoins locaux en Asie, en Amérique et en Afrique. Les aventuriers embarqueront sur un bateau propulsé en partie grâce à du plastique non recyclable. Pour ce faire, les déchets seront ramassés à terre lors de chaque escale à terre. Ils seront ensuite triés et transformés pour en faire des objets ou des matériaux utiles. Le reste non recyclable (emballages fins, sacs…) sera converti en carburant pour faire avancer le navire. Objectif : collecter les plastiques pour montrer qu’ils ont une vraie valeur économique afin qu’ils ne finissent plus dans les océans.

90 % du plastique entrant dans les océans provient d’Afrique, Amérique du Sud et d’Asie. Ce sont les trois continents où il faut agir. Ainsi, le bateau sillonnera les mers du monde et s’arrêtera sur les ports majeurs de ces continents pendant plus de trois ans, avec pour objectif de revenir en France pour les Jeux Olympiques de 2024. Les escales seront d’organiser des ateliers, des conférences et rencontrer des acteurs locaux.

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Créer des entreprises locales de recyclage

Les technologies à embarquer sont nombreuses. Elles trient le plastique, le broient, le lavent, le fondent, l’extrudent, le pressent… pour l’injecter dans des moules et fabriquer des objets. Au final, toutes ces solutions mises bout à bout permettraient de fabriquer des meubles, des briques de construction, de l’isolation, des tuiles, des tissus et de monter des petites entreprises locales.

Pour délivrer le message le plus complet possible et répondre à tous les besoins, le bateau se divise en deux parties distinctes. « L’arrière du bateau est nommé « cleanup the past » : c’est l’expérimentation sur le recyclage avec les machines, détaille Simon Bernard. L’avant s’appelle « build the future » avec une salle de conférence et une matériauthèque qui exposera les alternatives au plastique : nouveaux matériaux, nouveaux design, nouveaux usages… »

Transformer les plastiques en carburant

cofondateurs Plastic Odyssey
Alexandre Dechelotte (à gauche), Simon Bernard (au centre) et Bob Vrignaud (à droite), les trois co-fondateurs de Plastic Odyssey. PHOTO//DR

Un container embarqué à bord permettra de transformer les plastiques non recyclables en carburant. Le procédé ressemble à celui utilisé pour faire de l’alcool. De façon simplifiée, il consiste à chauffer le plastique en absence d’oxygène. Cela permet de casser les molécules et de les convertir en essence et diesel.

« Un moteur dédié relié à un groupe électrogène servira de banc d’essai à partir du carburant de pyrolyse, partage Simon Bernard. L’idée est d’injecter ce carburant dans les moteurs après les tests et après autorisations des assurances des affaires maritimes pour arriver à faire une traversée 100% au fuel de pyrolyse d’ici 1 an ou 2.  » Le système sera ensuite adapté avant d’être répliqué et proposé à des acteurs locaux. La solution pourrait ainsi produire du carburant pour les petits bateaux de pêche, les mobylettes ou les générateurs diesel utilisés dans les zones rurales.

Auteur : Matthieu Combe, journaliste de Natura Sciences


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