Quatre candidats s’affronteront lors de la primaire des écologistes en septembre prochain. Des personnalités aux profils et positionnements variés, que Natura Sciences vous présente.

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En haut, Yannick Jadot à gauche et Delphine Batho à droite. En bas, Sandrine Rousseau à gauche et Eric Piolle à droite. // PHOTO: Matthieu Combe / Natura Sciences

Les candidatures ont été validées dans la nuit de dimanche à lundi.  L’ancienne ministre de l’Ecologie Delphine Batho, l’ex numéro 2 d’Europe Ecologie Les Verts (EELV) Sandrine Rousseau,  le maire de Grenoble Eric Piolle et l’eurodéputé Yannick Jadot sont tous officiellement lancés dans la course à l’investiture pour la primaire des écologistes.

Cette primaire doit permettre de désigner un candidat à l’élection présidentielle issu d’une coalition baptisée “Pôle écologiste”. Ses membres sont les partis EELV, Génération.s, Génération Écologie, le Mouvement des progressistes et l’Alliance écologiste indépendante (AEI). Les cinq organisations ont mandaté 219 parrains et marraines qui ont pu voter pour sept candidatures déclarées.

Cette primaire se déroulera en deux tours : un premier entre les 16 et 19 septembre puis un second entre les 25 et 28 septembre. Toute personne de plus de 16 ans aura la possibilité de voter. Mais il faudra pour cela s’inscrire avant le 12 septembre, signer la charte de la primaire et payer 2 euros. On connaîtra le gagnant le 29 septembre.

D’ici là, les prétendants défendront un programme commun défini par EELV. Un programme présenté aux adhérents lors des journées d’été d’EELV à Poitiers, du 19 au 21 août. Pourtant, les candidats se distinguent déjà par leurs profils et positionnements variés. Natura Sciences vous les présente. 

Sandrine Rousseau 

Son parcours : L’ex numéro 2 d’EELV a été la première à déclarer sa candidature pour la primaire, en octobre 2020. La vice-présidente de l’université de Lille est également économiste de l’environnement depuis 20 ans. Cette discipline traite des relations économiques entre nos sociétés et l’environnement. Par exemple, un économiste de l’environnement peut évaluer le coût du changement climatique et recommander les meilleurs politiques à adopter.

En 2017, Sandrine Rousseau a déposé un recours contre l’Etat pour inaction sur la pollution. La cause : une série de pics de pollution dans le Nord de la France, contre lesquels aucune mesure n’avait été prise. Le tribunal administratif a reconnu la carence fautive de l’Etat sans toutefois le condamner. C’était la première fois dans la justice française que la gestion de la pollution par l’Etat dans une ville était reconnue comme fautive.

L’enseignante chercheuse se réclame de “l’écoféminisme“. Elle a quitté EELV en 2017, suite au classement sans suite de sa plainte contre l’ancien député écologiste Denis Baupin, accusé de harcèlement et d’agressions sexuelles par plusieurs femmes (l’affaire était prescrite). Elle a retrouvé les rangs du parti seulement quelques semaines avant sa candidature.

Ses propositions : La candidate de 49 ans prône une “radicalité environnementale” et se définit comme “écologiste de rupture“. La mère de trois enfants défend ainsi une “refonte totale de notre mode de consommation et de production“. Elle entend reprendre “sans filtre” les propositions de la Convention Citoyenne sur le climat.

Parmi les mesures qu’elle voudrait mettre en place : une comptabilité et des quotas carbone pour les entreprises et les ménages. Sandrine Rousseau souhaite également mettre un terme aux subventions aux industries polluantes pour miser sur des filières plus durables. La candidate prône également un “changement radical” de nos institutions. Elle souhaite convoquer une convention citoyenne pour une VIème République. Enfin, l’économiste plaide aussi pour un revenu d’existence versé à toutes les personnes majeures, dont les contours sont encore à préciser.

Eric Piolle 

Son parcours : Maire de Grenoble et ingénieur de formation, Eric Piolle a été le second à se lancer dans la course à la primaire, le 29 juin. L’homme, qui a travaillé 18 ans dans l’industrie, a été licencié en 2011 de son poste de cadre informatique au sein d’Hewlett-Packard. Il avait refusé à l’époque l’entrée en vigueur d’un plan de délocalisation. Celui qui a rejoint EELV en 2009 est entré tôt en politique. Il a été candidat aux élections législatives dès l’âge de 24 ans.

Conseiller régional de Rhône-Alpes de 2010 à 2014, l’ancien cadre de 48 ans est devenu maire de Grenoble (Isère) en 2014. Il a mené une alliance entre des forces de gauche pour accéder à la mairie. Lors du second tour des élections municipales en juin 2020, les Grenoblois ont réélu Eric Piolle avec 53% des voix. 

Durant son premier mandat, il a obtenu plusieurs victoires écologiques. Ainsi, 60% des cantines grenobloises utilisent aujourd’hui des produits issus de l’alimentation biologique. En ville, la construction d’une autoroute à vélo, malgré les critiques, a modifié profondément la circulation. Grenoble compte ainsi près de 16% de ses actifs qui vont au travail à vélo. Enfin, d’ici 2022, l’énergie renouvelable devrait couvrir les besoins de l’ensemble des ménages grenoblois.

Un épisode récent est cependant venu ternir l’image d’Eric Piolle. Le 1er juin, l’édile a été placé pendant une journée en garde à vue. Cette garde à vue s’est faite dans le cadre d’une enquête pour des soupçons de favoritisme dans l’attribution de marchés publics. Les faits remontent au début de son premier mandat. Pour l’instant, aucune décision n’est connue sur d’éventuelles poursuites judiciaires.  

Ses propositions : S’appuyant sur l’alliance qui lui a permis de devenir maire de Grenoble, Eric Piolle veut fédérer les forces de gauche autour d’un “arc humaniste“. Il défend un référendum peu après l’élection présidentielle, en vue de “moderniser et démocratiser” la Ve République. L’élu qui se définit comme un “écologiste radical et pragmatique” est favorable à l’introduction de la proportionnelle aux élections législatives.

Le maire de Grenoble souhaite également introduire le climat dans la Constitution, un projet récemment abandonné par le gouvernement. Il défend par ailleurs la mise en place d’un impôt sur la fortune climatique, défendu par Greenpeace.

Yannick Jadot 

Son parcours : L’ancien directeur de Greenpeace France Yannick Jadot n’en est pas à son premier essai pour l’élection présidentielle. L’élu a déjà remporté la primaire écologiste en 2016. Il s’était ensuite retiré de la course en janvier 2017, au profit de Benoît Hamon. Le député européen a officialisé sa candidature au lendemain de celle d’Eric Piolle, le 30 juin.

Adhérent des Verts depuis 1999 et député européen EELV depuis 2009, l’élu a notamment dénoncé le traité Ceta entre l’Europe et le Canada. Il a critiqué l’ancien président du Conseil européen Donald Tusk, qui prônait selon lui un modèle européen “de circulation sans entraves des biens, des marchandises, des investissements, mais des barbelés, des camps et des murs pour les personnes“.

Régulièrement testé dans les sondages en vue de l’élection présidentielle, il obtient autour de 6% à 8% d’intentions de vote, et apparaît comme le candidat à la plus forte notoriété. Pour autant, son profil centriste et ses positions plus libérales sur l’économie pourront lui être défavorables lors du vote des adhérents. En mai dernier, sa participation lors d’une manifestation de policiers avait également suscité les critiques des écologistes.

Ses propositions : L’élu européen veut “mettre l’écologie au cœur du pouvoir“. Il défend une “taxe carbone” qui “ne doit pas coûter un euro aux familles les plus vulnérables“. Le candidat de 53 ans propose d’utiliser les revenus de cette taxe pour rénover des logements, aider à l’achat de véhicules moins polluants et améliorer le pouvoir d’achat.

L’homme a également annoncé un investissement de 50 milliards d’euros par an, pendant 5 ans. Il financerait pour moitié “la reconstruction verte de l’économie” et pour l’autre la “réparation de la société“. L’eurodéputé entend développer les énergies renouvelables et “relocaliser certaines industries” comme la sidérurgie, le silicium ou encore l’automobile. Il est par ailleurs partisan d’un “revenu citoyen” autour de 660 euros par mois.  

Delphine Batho 

Son parcours : L’ancienne ministre de l’Ecologie a été la dernière à annoncer sa candidature à la primaire, le 5 juillet. En 2018, Delphine Batho a quitté le Parti socialiste (PS) pour prendre la présidence de Génération écologie. Elle était membre du PS depuis 1994. Aujourd’hui, elle est député des Deux-Sèvres, présidente de Génération Écologie.

Delphine Batho a déjà été députée dans les Deux-Sèvres en 2007, à l’époque sous l’étiquette socialiste. Cinq ans plus tard, François Hollande la nomme ministre déléguée à la Justice. Au cours de son mandat, elle est épinglée pour un appartement de 108m2 loué 1524 euros par mois auprès de la ville de Paris. La femme politique rejoint en juin 2012 le ministère de l’Ecologie. Elle est contrainte de le quitter un peu plus d’un an plus tard. Delphine Batho venait à l’époque de dénoncer le “mauvais” budget 2014 pour son ministère.

Elle était à l’origine de la loi interdisant l’utilisation des néonicotinoïdes, en 2016. Depuis novembre dernier, les producteurs de betteraves à sucre sont autorisés à utiliser ces insecticides tueurs d’abeilles jusqu’en 2023. Delphine Batho fait partie des 84 députés qui ont saisi le Conseil constitutionnel sur ce sujet, au nom de la “préservation de l’environnement“.

Ses propositions : La candidate de 48 ans a la particularité de refuser une candidature d’union de la gauche. En cas de victoire, elle dit vouloir “garantir” qu’il y aura “un bulletin de vote écologiste au premier tour“. Delphine Batho assume “d’être pour la décroissance” et explique être “pour la régulation écologique de l’économie de marché“. La présidente de Génération écologie estime que protéger les Français du changement climatique et de ses impacts sur la nature est “une question de sécurité nationale“.

Parmi les mesures de la candidate : la multiplication par 2 ou 3 du nombre d’emplois dans le secteur agricole, ou encore l’interdiction du démarchage téléphonique. L’ancienne ministre de l’Ecologie entend par ailleurs mettre en avant le circuit-court. Elle revendique la sortie d’une société trop consumériste et cite en exemple le succès du site de revente en ligne de produits d’occasion Le Bon Coin. Sur le sujet des énergies, Delphine Batho souhaite aller vers la sortie du nucléaire “pour des raisons de risques, de sécurité et de sûreté“.

Une candidature avortée

Jusqu’au 7 juillet dernier, un cinquième candidat était aussi dans la course. Il s’agissait du conseiller municipal de Nice Jean-Marc Governatori, président de l’Alliance écologiste indépendante (AIE). Grâce au soutien du parti Cap21 de Corinne Lepage, il avait obtenu les 28 parrainages nécessaires à sa candidature.

Mais le “Pôle écologiste” a exclu le parti de l’ancienne ministre de l’Environnement, en raison de désaccords avec les organisateurs de la primaire. Corinne Lepage ne souhaitait notamment pas s’engager par avance sur le soutien inconditionnel à tout candidat désigné par la primaire. Jean-Marc Governatori n’est finalement pas parvenu à réunir les parrainages nécessaires à sa candidature, et devra continuer son projet présidentiel sans les écologistes.

Jérémy Hernando

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