La collecte sélective et les centres de tri font face à l’épidémie du Covid-19. Citeo, l’éco-organisme en charge de la collecte des emballages et des papiers, dresse le bilan de la situation nationale.

tri des déchets coronavirus
L’épidémie de coronavirus impacte fortement la collecte sélective, l’activité des centres de tri et du secteur du recyclage. PHOTO// Matthieu Combe, Natura-sciences.com

La France compte 176 centres de tri en métropole et en Outre-mer. Au 15 avril, Citeo avance la fermeture de 51 centres de tri en lien avec l’épidémie de coronavirus et de 3 centres pour travaux, indépendamment de la crise sanitaire. Au final, 122 centres de tri poursuivent leur activité, dont 39 déclarent une activité réduite. Cela représente 69 % du parc, mais 71 % des capacités de traitement théoriques. L’activité reprend peu à peu au fil des semaines depuis le début de la crise sanitaire. Au 31 mars, 57 % du parc était en activité, représentant 62 % des capacités de traitement théoriques.

Plusieurs raisons expliquent ces fermetures. Mais dans plus de ¾ des cas, elles se justifient par la mise en protection des salariés. « Des centres de tri ont fermé au début du confinement par précaution en attendant de disposer du matériel nécessaire et de s’organiser pour mettre en place les gestes barrières sur les chaînes de tri, partage Sophie Genier, directrice des services recyclage chez Citeo. D’autres centres de tri ont fermé, car il y a eu des cas de Covid-19 dans les équipes qui ont donc été arrêtées et mises en quarantaine. D’autres encore ont fermé car il y a eu un arrêt de la collecte sélective de la part des collectivités. » Certains centres de tri sont ainsi en train de rouvrir leurs portes. Un nouveau bilan est communiqué chaque fin de semaine.

L’Ile-de-France encore particulièrement touchée

La région la plus touchée reste l’Ile-de-France. Plus de la moitié des centres de tri y sont fermés. « Certaines collectivités ont maintenu la collecte sélective et font du stockage à l’entrée des centres de tri, mais cela ne peut durer qu’un temps car il y a des problématiques de place, partage Sophie Genier. D’autres collectivités ont malheureusement dû détourner les collectes vers de l’incinération pour faire de la valorisation énergétique. » À l’inverse, pour les régions PACA et Corse, la totalité des centres de tri fonctionnent, dont certains en capacités réduites.

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Répartition par région administrative des centres de tri ouverts et fermés. PHOTO//Citeo

Vu qu’il reste difficile de savoir pour les particuliers si leurs déchets continuent ou non d’être triés, le message général reste le même. « Le message est de maintenir le geste de tri pour continuer à trier et ne pas perdre cette habitude, prévient Sophie Genier. Tout le monde peut comprendre que temporairement, pour des raisons liées à l’épidémie et à son impact sanitaire, ce geste de tri est détourné dans certaines collectivités vers de la valorisation énergétique. » En période de crise, la priorité reste la salubrité publique et l’évacuation des ordures ménagères, quel que soit le mode de traitement.

La collecte reste majoritairement assurée dans les grandes villes

Pour évaluer la poursuite de la collecte des emballages ménagers (hors verre), Citeo sonde chaque semaine les cinq collectivités les plus importantes par région administrative. L’échantillon porte sur 88 collectivités représentant près de 35 millions d’habitants. Au total, 63 collectivités maintiennent la collecte et continuent de la trier, 4 collectivités demandent temporairement aux particuliers de garder leur poubelle de tri à domicile. Et 15 collectivités organisent une collecte partielle. « 7% des collectivités les plus importantes ont complètement arrêté leur collecte des emballages légers sur leurs territoires, calcule Citeo. L’arrêt de ces collectes est majoritairement issu de la fermeture des centres de tri. »

Collecte assurée ne signifie par pour autant que les déchets sont toujours recyclés. Parmi les 15 collectivités assurant une collecte partielle, 3 envoient les déchets en décharge et 7 à l’incinération. Au bout du compte, 11 % des collectivités les plus importantes maintiennent ainsi une collecte partielle des emballages séparément mais l’envoient dans une décharge ou un incinérateur.

De la même façon, Citeo a évalué l’évolution de la collecte du verre par les collectivités. L’échantillon porte sur 90 collectivités, représentant plus de 35 millions d’habitants, soit la moitié de la population française. Au total, 82 maintiennent la collecte du verre et 6 organisent une collecte partielle, majoritairement en point d’apport volontaire. Seulement deux ont totalement arrêté la collecte. Citeo ne communique pas d’information sur les collectivités plus petites.

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La situation est différente selon les matériaux

Dans les usines de recyclage, la plupart des approvisionnements proviennent des activités industrielles et commerciales. En effet, les déchets collectés par les entreprises du recyclage proviennent en moyenne à 70% d’entreprises et à 30% des ménages. Mais avec la fermeture d’un grand nombre de secteurs industriels et des magasins, ces approvisionnements chutent. « La diminution de la collecte sélective accentue le problème, donc il y a une tension forte sur les approvisionnements pour les recycleurs », conclut Sophie Genier.

Certaines usines de recyclage ont ainsi temporairement fermé leurs portes. Le dernier bilan de la fédération des entreprises du recyclage (Federec) date du 25 mars. Alors, 71% des entreprises du secteur du recyclage continuaient leur activité. Au global, 78% des établissements restaient ouverts. Toutefois, 94% de ces établissements fonctionnaient en mode dégradé. Les trois quarts des entreprises avaient ainsi recours au chômage partiel. Et la moitié des entreprises estimaient avoir perdu plus de 60% de leur activité. En mars, les adhérents évaluent la perte de leur chiffre d’affaires à 53%. Ils anticipent une perte de 65% pour le mois d’avril.

Auteur : Matthieu Combe, journaliste du magazine Natura Sciences


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